LA PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE
Leibniz n’a jamais recherché, comme devaient le faire quelques-uns de ses disciples (1), l’enchaînement des causes et des effets en histoire ni tenté de dégager Les lois générales que régissent les phénomènes historiques. Il n’en a pas moins un système de vues bien liées sur le développement de l’humanité et l’on peut tirer de son système philosophique et de son œuvre historique une véritable philosophie de l’histoire (2). Cette philosophie peut être envisagée à deux points de vue, a priori ou a posteriori, suivant qu'on étudie les idées philosophiques qui dominent son œuvre historique ou les idées générales qui se dégagent de ses ouvrages d'histoire. L’examen de ces idées permet de distinguer chez Leibniz l'influence de la philosophie sur l'histoire et d’entrevoir celle de l’histoire sur sa philosophie. De ces deux études, seule la première: a été déjà tentée parce qu’elle relève de l’histoire de la philosophie (3).
Dans la considération de l’univers, Leibniz distingue au point de vue logique les vérités naturelles et morales, dont
1. P. ox. Lessing et Herder. V. WeceLs, p. 856-68; Ed. ZeLLER, Geschichte der deutschen Philosophie seit Leibniz, Munich, 1878, p. 349 ss., 530 s: et surtout FLINT, o. c.
2. Cf. V. DezBos, Essai sur la formation de la philosophie pratique de Kant. Thèse, Paris, 1903, p. 264-5.
3. Elle estexposée notamment par FLinr, p. 19-22. — Ce chapitre étant essentiellement philosophique, toutes les citations de GEHRARD, sauf indication
contraire, se rapporteront aux Œuvres philosophiques. \
chacune est régie par un principe différent; mais ce n’est là qu'une apparence, puisque ces deux ordres de vérités ne Sont pas irréductibles pour Dieu (1). D'autre part, au point de vue métaphysique, Leïbniz, considérant à la fois la diversité et l’uniformité des choses et des êtres, suit aussi déux principes opposés, déjà connus de la philosophie scolastique (2), le principe d’individuation et le principe d’analogie, qu'il exprime par les deux formules françaises : « l’indi-
vidualité enveloppe l'infini» et « e”est tout commeici» (3);
mais ce n’est là encore qu’une apparence. Cherchant toujours à concilier les contraires, il réunit ces deux points de vue dans « la conception d’un développement à la fois Spontané et régulier des êves (4) » par la considération