Bourroux, édon de la Monadologie, p
6. CI. Prar,éd9n citée, p. 79, qui ajoute : «(Deplus, cette hiérarchie n’est pas statique, comme on l’a cru si longtemps; elle est en progrès continu ». Passages soulignés par l’auteur. Sur les rapports de l’état dynamique et du progrès, v. LITTRÉ, p. 4417-20.
7. « Nisr beatitudo in progressu consisteret, stuperent beati». Lettre à Chr. Welf, 9 novembre 1705. EdOn citée, p. 43. « La tranquillité est un degré pour avancer vers la stupidité..….. Il faut touiours trouver quelque chose à faire, penser, projeter, s’interesser, pour le publig et pour le particulier, mais cela d’une manière qui nous réjouisse, si nos souhaits sont accomplis et ne nous chagrine point en cas qu’ils manquent ». Lettre à Louise de Zollern, noyembre 1705. Feper, p. 476-7. « Hæc ipsa est lætitiæ lex, ut æquabili tenore voluptas non procedat, fastidium enim hæc parit et stupentes fecit, non gaudentes ». De rerum ortginatione radicali. Geur., t. VII, p. 307.
améliore de plus en plus l'univers : il s’y révèle par l'extension graduelle de la civilisation, qui se fait d’une manière constante, en dépit des apparences, de sorte que le mal y soit toujours pour le plus grand bien; mais l’univers est si étendu et son organisation si compliquée que jamais on n’arrivera au terme de la perfection (1).
Ce progrès permet de réaliser le monde le meilleur (2).Des deux hypothèses, que le monde est toujours aussi parfait ou qu'il peut le devenir de plus en plus, hypothèses que Leibniz parait avoir trouvées également plausibles (3), c’est, semble-t-il, vers la seconde qu’il penche finalement en vertu même de l'idée de progrès (4). C’est toujours, en effet, dans l’avenir et jamais dans le passé que Leibniz voit le meilleur (5). Déjà, dans un passage
1. «In cumulum etiam pulchritudinis perfectionisque universalis operum divinorum, progressus quidam perpetuus liberrimusque totius universi cognoscendus, ita ut majorem semper cultum provideat. Quemadmodum nunc magna pars terræ nostræ culturam recepit et recepiet magis magisque. Et licet verum sit, interdum quædam rursus silvescere aut rursus destrui deprimique, hoc tamen accipiendum est, ut paulo ante afflictionem interpretati sumus, nempe hanc ipsam destructionem depressionemque prodesse ad consequendum aliquid majus, ita ut ipso quodammodo damno luerensur. Et quod objeci potest : ita oportere ut mundus dudum factus fuerit Paradisius, responsio esto:etsi multæjam sententiæ ad magnam perfectionem pervéniunt, ob divisibilitatem tamen continui in infinitum, semper in abysso rerum superest partes sopitas adhuc excitandas et ad majus meliusque et, ut verbo dicam, ad meliorem cultum provideas. Nec proinde unquam ad terminum progressus perveniri. » Zd., p. 308. ;
2. « On pourrait dire que toute la suite des choses à l'infini peut être la meilleure qui soit possible, quoique ce qui existe par tout l’univers dans chaque partie de l’univers allât toujours de mieux en mieux, si telle était la nature des choses, qu'il ne fût point permis d’atteindre au meilleur d'un seul coup. » Théodicée, $ 202. Gexr., t. VI, p. 237.
3. « On peut former deux hypothèses, l’une que la nature est toujours également parfaite, l’autre qu’elle croit toujours en perfections. » Lettre à Bourguet, 5 août 1715. Ip., t. III, p. 582 (Durens, t. Il, p. 332). Cf. ZELLER, p. 164 et Bourroux, Monadolog., p. 109-10.
&. « Vous avez raison, Monsieur de dire, que nôtre globe devrait être une, sorte de Paradis, et j'ajoute que si cela est, il pourroit bien encore le devenir, et avoir reculé pour mieux sauter. » Lettre au même. Genr., t. III, p. 578 (DuTens, p. 329). « Quoyque l'Univers fut toujours également parfait, il ne sera jamais souverainement parfait; car il change toujours et gagne de nouvelles perfections, quoi qu’il en perde d’anciennes ». Lettre à Bourguet, s. d. (24 février 1716 d’après les mss. des bibliothèques de Leyde et de Rouen). Ip., t. III, p. 529 (Durens, t. II, p. 334).
5. « Si pergit humanum genus, quo cepit gradus, mirabitur aliquando non expectatas opes. » Lettre à Bierling, 7 juillet 1711. In., t.VII, p.497 (Konru.,
fameux où il dégageait la notion d'humanité, Pascal avait montré le progrès réalisé dans les sciences et le domaine des idées depuis l’antiquité jusqu’à nos jours (1); Fontenelle devait reprendre et dégager cette notion féconde (2). Leibniz, étant non seulement un savant, mais un historien, n’a eu garde d'ignorer le progrès de l'humanité dans les sciences et dans l’histoire. Il a souvent parlé du « progrès de la science humaine » dans le passé et dans l'avenir, des moyens de l’obtenir plus rapidement (3) et a essayé d'y contribuer par lui-même, non seulement par ses découvertes, mais encore par la fondation des Académies (4). Il a noté les progrès qu'avaient faits de son tempslesmathématiques, l’astronomie et la physique (5), par les démonstrations et les expériences (6), comme dans les sciences naturelles et tous les autres genres d’études(7).I1 en est de
t. IV, p.39; Durens, t.V, p.370).Cf. lettre à la duchesse d'Orléans du16 décembre 1715, à propos des découvertes de son temps : « il y a donc lieu d’esperer qu’avec le temps la race humaine fera bien plus de progrès encore. » JxGzé, t. III, p. 160. — Sur le progrès en général chez Leibniz, v. BaArRuzr, p. 1388-40.
1. Fragment de traité sur le Vide. Pensées, 3e éd H. Haver, 1881, t. IT, p.271 (éd BrunscHwice, p. 81). — Déjà Bodin avait eu l’idée de progrès. Passage cité par BRUNETIÈRE, Reo. des Deux- Mondes, 1°" mars 1907, p. 31; cf. H. Bau- DRILLART, Jean -Bodin et son temps, Paris, 1853, p 158-68; de même Bacon, Revo. ciée, 15 oct. 1892, p. 882.
2. Non seulement dans la Digression sur les Anciens et les Modernes, citée par Haver, p. 275 (Brunscnwice, p. 80-81, note), mais d’une facon générale. BRUNETIÈRE, art. cité, p. 891, 912-9. Perrault lui avait frayé la voie. Zd., p. 886-7; cf. Doumic, même Revue, 5 janvier 1907, p. 454.
3. V. en particulier les lettres à la duchesse d'Orléans du 13 septembre 1745 ets. d. (après le 26). Trad” Jæcrt, p.136 et 141-2. « Sed tamen aliquando humanum genus, refrena sectarum libidine, inoffenso pede non in Philosophia minùs quàäm in Mathesi ad ulteriora progrediatur. » Specimen dunamicum. À À. EE; de 1695 (Durens, t. ILE, p. 316).
LAON. plant, p. 684.
5. Lettre à Grimaldi, s. d. Feccer, p. 19-24 (Durens, t. V, p. 76-78).
6. Lettre à Bierling, 12 août 1711. Grun., t. VII, p. 500-1 (Korru., t. IV, p. 46-47; Durens, t. V, p. 373-4), où il conclut : « Etsi autem nondum satis hic profecerimus, nonideo tamen animus est despondendus, quum ipsæsaliun: figuræ ducant ad mechanismum. Eruimus interdum caussas interiores et invisibiles, sed non ideo intimas et omnes. Nec sola inductione, sed eliam ratiocinatione utimur. Hæc si tuis conferes, videbis, ni fallor, singulis satisfactum. Subjicis tamen, genus humanum nunquam ad perfectam naturæ Cognitionem perventurum. Sed quis unquam nos eo perventuros somniavit ? An ideo nullas habere possumus demonstrationes ? Est aliquid prodire tenus. Possumus ingredi in atrium, etsi in cubiculum aut sacrarium non admittatur ».
7, V. pl. haut, p. 348, n. 2, et pl. bas, à la fin de ce chapitre.
même dans les seiences morales : dans l’histoire de la philosophie, par exemple , il démêle nettement quelque progrès dans les connaissances, depuis les temps les plus anciens jusqu’à l’époque moderne (1). C’est ce qu'il a montré dans l’'historiographie (2) et dans le développement général de l'humanité (3). En somme, il eroit fermement au progrès indéfini du genre humain (4), tout en paraissant admettre qu'il se ralentisse par moments (5).
__ Telles sont les grandes idées philosophiques dont on trouve l'écho dans les œuvres historiques de Leibniz: on y peut en outre, étudier le rôle respectif qu’il accorde chez l’homme aux facteurs psychologiques et matériels et , dans le monde, à d’autres facteurs, comme le moment et les grands hommes.
La place qu'occupent dans son histoire la psychologie et les individus explique l'importance que Leibniz donnait aux facteurs psychologiques, Bien qu’il n’y ait pas chez lui de classification des facultés de l’âme (6), Leibniz met les
1. « Si j’en avois le loisir, je comparerois mes dogmes avec ceux des Anciens et d’autres habiles hommes, La vérité est plus répandue qu’on ne pense ; mais elle est très-souvent fardée, et très-souvent aussi enveloppée, et même affoiblie, mutilée, corrompue par des additions qui la gâtent ou la rendent moins utile. En faisant remarquer ces traces de la vérité dans les Anciens, ou, pour parler plus généralement dans les antérieurs, on tireroit l’or de la boue, le diamant de sa mine, et la lumière des ténébres, et ce seroit en effet perennis quædam Philosophia». Lettre à Remond, 26 août 1714. Durens, t. V, p. 13. Cf. Bourroux, Monadolos., p. 28-29.