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OBSERVATIONS BIOLOGIQUES ET MEDITATIONS MÉTAPHYSIQUES

Inédits, XXXVII, Nachtrligo.

L'éternité à venir réservée à toutes les âmes, ou plutôt à tout ce qui est animé, est un vaste champ pour donner, mais par degrés, la plus grande perfection possible à l'Univers. Ainsi, par les degrés des observations physiques, nous parvenons aux plus sublimes et plus importantes connaissances de la métaphysic|ue ou de la théologie naturelle.

Impossibilité du Chaos Incdita^ Théologie^ XX.

F» aoG.

Le rapport général et exact de toutes choses entre elles prouve cjuc toutes les parties de la matière

LES INTUITIONS DE l'uNIVERS 29/

sont pleines d'organisme. Car chaque partie de la matière devant exprimer les autres, et parmi les autres y ayant beaucoup d'orj^aniques, il est manifeste (ju'il faut qu'il y ait de l'organique dans ce qui représente rorguni([ue.

J'ajoute même ([uil n'y a point de chaos dans la nature, rien (jui ne soit travaillé artistement jusqu'aux parties quelque petites qu'elles puissent être. 11 est vrai que nous remarquons beaucoup de morceaux grossiers et sans art, en apparence, mais ce qui est travaillé est trop petit pour paraître et cependant il est partout. La sagesse de Dieu ne permet point qu'il y ait jamais un chaos véritable, ce serait un défaut de son art ; il s'ensuit qu'on ne saurait point assigner des parties qui n'aient rien d'organique, parce qu'une telle partie exprimant les autres (jui sont organicjues aura de l'organique, Aussi, contra /ii/pothesin.

Extrait d'une lettre à un inconnu {\)

ifi octol)re 1707.

...Je pense donc avoir de bonnes raisons pour croire que toutes les différentes classes des Etres, dont l'assemblage forme l'Univers, ne sont dans les idées de Dieu, qui connaît distinctement leurs gradations essentielles, que comme autant d'Ordonnées d'une même Courbe, dont l'union ne souffre pas

(1) Publiée par Gphrauer, I, appendice, p. 32-33.

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qu'on en place d'autres entre deux, à cause fjue cela marquerait du désordre et de rimperfection. Les lïommes tiennent donc aux animaux, ceux-ci aux plantes, et celles-ci derechef aux fossiles, cjui se lieront à leur tour aux corps que les sens et l'imagination nous représentent comme parfaitement morts et informes. Or, puisque la loi de la continuité exige (pie, quand les (léforminaiions essentiellcs d'un Etre se rapprochent de celles d'un autre, qu'aussi en cnnse'quence toutes les propriétés du premier doivent s approcher (/raduelleinent de celles du dernier, il est nécessaire (pie tous les ordres des Etres naturels ne forment (ju'une seule chaîne, dans la(juelle les différentes classes, comme autant d'anneaux, tiennent si étroitement les unes aux autres, ([uil est impossible aux sens et à l'imagination de hxer précisément le point où cpiel- (pi'une commence ou Unit : toutes les espèces, (pii bordent ou rpii occupent, pour ainsi dire, les régions d'inflexion et de rebroussement devant être é(|uivoques et douées de caractères cjui peuvent se rapporter aux espèces voisines également. Ainsi l'existence de Zoophytes, par exemple, ou, comme Bwddeus les nomme, de Plant-Animaux, n'a rien de monstrueux, mais il est même convenable ;\ l'ordre de la Nature (pi'il y en ait. Et telle est la force du principe de continuité chez moi, (pie non seulement je ne serais point ('loiiné (ra[)|)rc'ndre (pi'on eût trouvé des Etres cpii par rapport à j)hisH'urs ])ropriéK's, par exenq)le ci'Mes de se nourrir ou de.se multiplier, puissent passer ])t)iir (K\h végétaux à aus&i l)(>n droit (pic j)our (^es anin\u\AX^ et

LES INTUITIONS OE l'uNIVESB 299

qui renversa.sst'nt les recèles communes, bâties sur la supposition dune séparation parfaite et absolue des dillerents ordres des Etres simultanés, qui remplissent l'univers : j'en serais si peu étonné, dis-je, (|ue même je suis convaincu qu'il doit y en avoir de tels, que l'Histoire naturelle parviendra peut-être à les connaître un jour, (|uand elle aura étudié davantage cette infinité d'Etres vivants, que leur petitesse dérobe aux observations comnmnes et ((ui se tx'ouvent cachés dans les entrailles de la terre et dans l'abîme des eaux. Nous n'observons (pie depuis hier, comment serons-nous fondés à nier à la raison ce que nous n'avons pas encoi'e eu occasion de voir? Le principe do continuité est donc hors de doute chez moi, et pourrait servir à établir plusieurs vérités inq)ortantes dans la véritable philosophie, laquelle, s'élevant audessus des sens et de l'imagination, cherche l'origine des phénomènes dans les régions intellectuelles. Je me tlatle d'en avoir (piel(|ues idées, niiiis ce siècle n'est point fait pour les recevoir...

JnéilUs, Théologie^ XX.

Fo JiS, Hcclo (i).

Ce que M. Pascal dit de la «louble infinité qui nous environne en aufçmentant et en diminuant,

(i) Voir clans Lcibni: et VOiujanisation rrliijietise de lu It-rre, pp. 2u'i-3a8, l'analyse de ce manuscrit et le fac-similc de la copie par Liciiiniz dçs deu:^ Infinis de Pascal,

300 LES INTUITIONS DE l'uNIVERS

lorsque dans ses Pensées. . . il parle de la connaissance générale de l'homme. n'est qu'une entrée dans mon système. Que n'aurait-il pas dit a^ec cette force d'é.oquence qu'il possédait, s'il était venu plus avant, s'il avait su que toute la matière est organique partout, ot que sa portion, quelque petite qu'on la prenne, contient représentativement, en vertu de la diminution actuelle à l'infini qu'elle enferme, l'aufçmentation actuelle à l'infini qui est hors d'elle dans l'Univers : c'est-à-dire que chaque petite portion contient duiu infinité de façons un miroir vivant, exprimant tout l'univers infini qui existe avec elle, en sorte qu'un assez ji^rand esprit, armé d'ime vue assez perçante, pourrait voir ici tout ce qui est partout. Mais il y a bien plus : il y pourrait lire encore tout le passr et même tout l'avenir infiniment infini, puisque cha(jue moment contient une infinité de choses dont chacune en enveloppe une infinité, et cpi'il y a une infinité de moments dans chaque heure ou autre partie du temps, et une infinité d'heures, d'années, de siècles, d'éons, dans toute l'éternité future. Quelle infinité d'infinités infiniment répliquée, (piel inonde, (juel univers... dans quelque corpuscule (ju'oii pourrait assigner !...

... Le premier /)re«yMe-nea/i^ (1) en montant du Hicn aux choses, puiscju'il en est la plus sim- })le ; comme il est aussi le dernier pres(/ue-/out ["2) en descendant de la multitude des choses vers le rien; et le seul pourtant (jui mente d'être appelé

(i) Souligne' |iar Loil)niz.

{^) SoMligné par Loibiiiz,

LBS INTUITIONS DE u'uNlVBRS 30 1

une substance après Dieu, jniisqu'une multitude n'est qu'un amas de plusieurs substances et non pas un être mais des êtres. C'est ce sujet simple et primitif des actions, cette source intérieure de ses propres changements qui est donc la seule manière de vrai être impérissable, puisqu'il est indissoluble et sans parties, toujours subsistant et qui ne périra jamais, non plus que Dieu et l'Univers qu'il doit toujours représenter... Et si cette monade est un esprit, c'est-à-dire une âme capable de réflexion et de science, elle sera en même temps infiniment moins ([u'un Dieu et incomparablement plus que le reste de l'univers des créatures... Ce sera une divinité diminutive et un univers de matière éminemment. Dieu eu ectype et cet univers en prototype... imitant Dieu et imité par l'univers par rapport à ses pensées distinctes. Sujet à Dieu en tout et dominateur des créatures autant qu'il est im imitateur de Dieu.

LE « PROGRÈS » DE l'uMVERS (1)

... Mes méditations fondamentales roulent sur deux choses, — savoir : sur l'unité et sur l'infini. Les ùmes sont des unités, et les corps sont des multitudes, mais infinies, tellement que le moindre grain de poussière contient un monde d'une infinité de créatures. Et les microscopes ont montré

(i) IvLOiT, VIII, i5-iG (Icllro à l'Elcct. Sopliic, 1G96).

302 LES INTUITIONS DE l'uniVERS

aux yeux mêmes plus d'un million danimàux vivants dans une goutte d'eau. Mais les unités, quoiqu'elles soient indivisibles et sans parties, n laissent de représenter les multitudes, à peu près coinme toutes les lignes de la circonférence se réunissent dans le centre. C'est dans cette réunion (jue consiste la nature admirable du sentiment. . . Comme donc toute àme représente fidèlement tout l'univers, et (jue tout esprit représente encore Dieu lui-même dans l'univers, il est aisé de juger que les esprits sont quelopie chose de plus grand qu'on ne pense . Car c'est une vérité certaine que chaque substance doit arriver à toute la perfection dont elle est capable, et qui .se trouve déjà <lans elle comme enveloppée. 11 est encore bon de considérer que . dans cette vie sensible nous vieillissons après être mûris, parce <jue nous approchons de la mort, qui n'e.st qu'un changement de théâtre ; mais la vie perpétuelle des âmes, étant exempte de mort, est aussi exempte de vieillesse. C'est pounpioi elles avancent et mûrissent continuellement, comme le mondé lui-même dont elles sont les images ; car rien n'étant hors de l'univers qui le puisse empêcher, il faut bien que l'univers avance continuellement et se développe. . .

On n vu dans Vlnlnrdnclion le sens spécial des nolions de nature et de f/râce dans le leibni/.ianisme. Parmi les textes nombreux où Leibniz a exprimé sa conception totale de rUnivei*s, j'ai choisi un exlrail du TenlHinen minçfogicnni, opuscule tout à fait original et qui marque Tort bien les rapports généraux, dans la philosophie leibni/ienne, de l'analyse infinitésimale et de l'analyse métaphysique. — Mais, comme fa notion de grâce est inséparable chez Leibniz de sa découverte de la vie inconsciente de l'esprit, un exlrail des Nouveaux Essais devenait indispenj^able. On trouvera ensuite un passage d'une lettre à Arnauld, et un extrait des « Principes de la nature et de la grâce fondés en raison ».

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