Conunissione po' i contratti agrari e per il contralto
qui, sous l'apparence de nouveautés révolutionnaires, ne seraient, à vrai dire, qu'un retour vers l'esprit des siècles passés. M.Salvatore d'Amelio, avocat fiscal à Catanzaro, i-eclierchait récemment, dans les publications d'archives, les anciennes conditions de la propriété ecclésiastique dans l'Italie méridionale'; il établissait, d'après les documents, que la plupart des contrats ecclésiastiques du moyen âge, stipulant le paiement de la redevance en nature et non point en argent, excluaient la clause inhumaine de la « renonciation aux cas fortuits », que le (^ contrat d'amélioration », dans sa forme archaïque, n'imposait que de très modestes redevances au paysan et parfois même lui concédait à l'avance, en pleine propriété, la moitié du domaine d'église amélioré par son travail, qu'enfin les innombrables arrange-
di lavoro : verbali délie adiinanzc. Parte I : contratti agrari (Rome, Bertero, 1893).
1. Salvatore d'Amelio, Sid contratti ayrari medievall, Rome, tipografia Poliglotta, 1897.
ments qui régissaient les rapports entre l'Eglise et ses colons prévoyaient et stipulaient le recours à des arbitres {boni honiines) pour la solution des difficultés éventuelles.
Ce n'est point seulement la liberté de l'homme à l'endroit de ses semblables; c'est la liberté de l'homme à l'endroit de sa terre, à l'endroit de ses biens, qui, dans l'Italie contemporaine, commence d'être contestée, — ainsi qu'elle le fut, à toute époque, dans les anciens Etats romains, où les papes menaçaient de mesures de rigueur, voire même de spoliation partielle, les propriétaires négligents ^ Dans un livre fort pondéré sur les Forces économiques de la province de Catanzaro^ je relevais plusieurs attaques contre « ces millionnaires et archimillionnaires qui, endormis sur leurs trésors, ne sentent pas l'aiguillon de l'activité et du travail », ces
\ . Voir Millella, I Papi e Vngricoltura nei domini delhi S. Scde (Rome, Pallotta, 1880), et Gabriel Ardant, PapcN et Paijsiins, -l" édlLion iParis, Rondelet, 1806).
LA PROPRIKTE DANS LKS CALABRES 175
« très nombreux propriétaires qui, ayant pour eux le présent et l'avenir, se sentent dispensés du travail et de la recherche des améliorations, soit dans les pratiques agricoles, soit dans l'élevage », ces « privilégiés dont toute l'activité consiste à accumuler les épargnes considérables qu'ils font sur leurs revenus, pour acquérir des terres ou des titres de rente, sans autre peine que de percevoir les loyers ou de détacher à chaque semestre leurs coupons* ». Ces invectives, qu'on inclinerait, à croij'e d'un pamphlétaire, sont signées de M. le baron Marincola, le secrétaire de la Chambre de commerce de Catanzaro. 11 m'advint un jour, fourvoyé dans une petite gare calabraise par l'attrait de quelques ruines toutes prochaines, d'entendre un indigène s'excuser auprès de moi pour le mauvais état de la route qui m'y devait conduire ; il m'expliquait, avec vivacité, que les propriétaires d'alentour négligeaient de l'améliorer
1. Marincola s.Floro, Le forze economiche délia provinciadi Catanzaro, p. 38 et 47 (Catanzaro, Castoli, <896.)
et décourageaient ainsi la curiosité des voyageurs : Canaglia questi ricchi! s'exclama le pauvre homme. J'étais loin de trouver, sur ces lèvres ardentes, les vestiges de « bon esprit » que rencontrait encore il y a quinze ans, parmi les populations rurales des Calabres, M. le député Branca, rapporteur de l'enquête agraire. Mais ma surprise tomba bientôt : mon franc parleur me raconta, quelques instants après, qu'il avait naguère servi sur le zinc, à Ménilmontant; il avait a])pris la souffrance en Calabre et désappris la résignation à Paris. Son interjection, d'où qu'elle vînt, m'illustra les réflexions de M. le baron Marincola.
Voici surgir d'autres échos : « En fac€ de cette misère, dit une voix, en face de ce lamentable état des classes qui produisent, en face du désordre économique et moral qui en dérive, et qui pousse aux délits, je me demande : Doit-on permettre au caprice des grands propriétaires fonciers de laisser incultes d'immenses étendues de terre, comme
ils font en Calabro, diminiuml ainsi la production, de telle sorte qu'elle tombe au-dessous des besoins de la population? Le droit de propriété doit-il être si absolu, qu'il exclue toute interdiction aux propriétaires du sol de négliger et de tenir secrètes les richesses naturelles qui sont en même temps richesse publique?... C'est le devoir suprême de la société d'exiger que le droit à la propriété soit respecté; mais il faut que ce droit soit réduit à ses limites raisonnables et discipliné par de sages lois d'un caractère sociale »
Nous empruntons ces citations, — el nous les pourrions singulièrement prolonger, — à deux discours prononcés en 1894 et 1895 par M. Dominique Ruiz, procureur du roi, devant les tribunaux de Castrovillari et de Catanzaro. On peut dire que ces deux discours
i. Relazioiic stnfistica dei lavori compiuti nel circondario del Iribunale di Castrovillari nelTanno 1893, par Domi'iiico Huiz. (('.astrovillari, Palitucci, 1894). P. 26-27. — Donienico Ruiz. Tribunale civile c pénale diCalanzaro : discorso inaïKjurale per ranmxjiiidiziario 1895 (Catanzaro, Asturi, 1896). P. 21-31.
exposent la théorie et la pratique d'une réforme sociale complète : l'idée de la liberté du contrat y est amendée par un vœu très formel, tendant à Finstitution de collèges arbitraux, intermédiaires sérieux et vraiment libres entre les propriétaires et les travailleurs; l'idée de propriété y est tout ensemble corrigée et justifiée par l'affirmation de la responsabilité sociale du propriétaire ; et cette dernière affirmation est à son tour sanctionnée par un appel à la sage et ferme intervention des pouvoirs publics, protecteurs naturels du sol national et garants du droit des citoyens à l'existence. Un autre magistrat de Catanzaro, M. le substitut Oliva, risquait à son tour, en 1896, un réquisitoire analogue : (( Par une loi fatale, déclarait-il, le gros capital dévore le petit; et, pour quelques-uns qui s'enrichissent, réunissant dans leurs mains toute l'opulence, il y a des centaines de milliers dont l'extrême indigence se tient audessous de toute description... Les riches doivent secouer leur ésoïsme et leur inertie,
en mettant en circulation leurs capitaux pour ramélioration de l'agriculture et pour le développement des trafics, s'ils veulent être sûrs de conserver les aises et les jouissances de la vie^ »
De telles réflexions empruntent un poids fort grave à la fonction des orateurs et à la solennité qui les leur inspira. C'est à l'occasion de la rentrée des tribunaux civils et criminels que ces magistrats philosophes, témoins assidus et autorisés de beaucoup de misères et de fautes, chargés d'épier et de punir les délits tentés contre l'ordre social, se piquent de remonter à la source et signalent, sans ambages, les injustices commises et maintenues, au détriment des futurs criminels, par les bénéficiaires mêmes de cet ordre social. « Les ti'availleurs de la terre dans l'Italie méridionale, déclare à la Chambre
1. (iiuseppe Oliva. Tribunale civile e pénale di Catanzaro : discorso inauf/ulare per Vanno (jiudiziario 1896 (Catanzaro, lipogr. deirorfanotrofio maschile, 1897), p. 14-17.
italienne M. Fortunato, se taisent jusqu'ici parce qu'ils se croient encore faibles, encore impuissants contre un ordre politique dont l'organisation fiscale ressemble à un régime de confiscation. Mais il y a dans l'air comme une sourde tempête de haines et de rancœurs ; et ceux qui, comme moi, abhorrent la lutte des classes, ne peuvent se défendre de craindre et de prévenir le péril', » « L'abrutissement des classes laborieuses, proclame M. Rui/, vient de ce qu'elles ne peuvent aspirer à se relever, par leurs propres forces et par un travail rémunérateur, de la misère qui les opprime : de là la facilité avec laquelle se développent, parmi elles, les tendances criminelles; de là la lutte antijuridique pour se soustraire à ce qu'on appelle l'injustice du sort et à ce qui est, plutôt, l'injustice des hommes-. » Et que dans les Calabres, fraî-
1. L'Ordinainento dcWEsercito : discoiso del deputalo Fortunato pronunziato alla Caméra nella tornata del 4 maggio i897. Roma, Tipogr. délia Caméra, 1897, p. 45.