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I. Pavonrelli, llnazienâa rinaria in Capitaïuitti, p

toujours davantage. Ce duel de riiomme et du sol était d'autant plus acharné, que la plupart (les grands propriétaires, inintelligents des conditions agricoles, préoccupés exclusivement du lucre immédiat, justifiaient ce portrait peu flatteur que leur consacrait M. Raffaele Mariano, dans sa préface au livre de Gregorovius sur les Fouilles : « La vie de ces Messieurs, écrivait-il, se résume dans l'avidité de posséder. L'argent est leur dieu ; l'avarice est leur culte. L'amour de l'argent, chez eux, n'est pas cette aspiration toute naturelle et toute légitime, chez les individus comme chez les peuples, à disposer de moyens nombreux pour les fins de la civilisation. C'est l'amour de l'argent pour l'argent ^)) Déçus par cette divinité qui, depuis la mévente des blés, se faisait plus insaisissable, ils ne savaient plus où prendre leur revanche, lorsque l'exemple de la province de Bari, assez opulente en vignes, conduisit cer-

I. Gregorovius, Nclle Puylic, versione del teJesco di Ralîae Mariano, p. 31 (Florence, 1882).

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tains propriétaires à signifier au blé le même demi-congé qu'ils avaient, quinze ans auparavant, signifié au bétail, et à substituer à cette culture banqueroutière l'exploitation prospère du vignoble. Un archaïque blason, dont la Capitanate était fière, offrait l'image d'une montagne d'or, ceinte de quelques épis à sa base, et surplombée, tout en haut, par la fière apparition de l'archange saint Michel : sur la plaine dont le mont Gargaii ferme l'horizon, de larges brèches allaient être faites dans la circonvallation des épis.

C'est un grand propriétaire de Cerignole, M. Giuseppe Pavoncelli, — émergeant audessus de tous ses concitoyens comme un rare exemple d'initiative, — qui commença cette transformation, concurremment avec M. Maury, français d'origine, régisseur des grands domaines que possède en Fouille la famille La Rochefoucauld, et père du député actuel de Foggia. La royauté du commerce des blés, que M. Pavoncelli avait héritée de son père, devenait illusoire et sans valeur,

par Feffet de la crise des grains; mais il avait sur ses terres, depuis 1854, deux vignes de 30 hectares, Tune exploitée personnellement, Fautre affermée à un entrepreneur pour un loyer de 37 francs par hectare. Au moment de Tintroduction de ces plants, qui avait coïncidé avec l'épidémie de l'oïdium, un hectare de céréales se Jouait une fois et demi plus cher qu'un hectare de vigne; et la vigne n'avait longtemps été qu'une culture sacrifiée, suhalterne, une sorte déplante de luxe. M. Pavoncelli décida que la Capitanate, où le prix des blés était trop avili pour assurer aux paysans le pain quotidien, deviendrait un réservoir de vin ; il mit peu de temps à faire ce miracle. Dès 1877, il livrait à la vigne 294 hectares ; année par année, il la rendit toujours plus conquérante ; et les ceps de M. Pavoncelli, en 1891, occupaient 2.191 hectares. Près de 2.400.000 francs avaient été dépensés pour métamorphoser en un vignoble la blonde Capitanate \

i. Voir, pour les détails: l^avonceWi, Un aziendavina-

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Cette prise de possession des campagnes par une culture nouvelle avait une allure méthodique, nous dirions presque pédagogique : M. Pavoncelli, loin d'y procéder avec un despotisme égoïste et de ne voir en ses concitoyens que de simples instruments maniables à merci pour un tel travail, essayait de les y intéresser, d'y associer leurs intelligences en même temps que leurs bras, et rêvait que sa propriété fût plus et mieux qu'une exploitation personnelle, qu'elle devînt une école de viticulture. Ces innombrables hectares furent répartis en trois portions, dont la première était administrée par M. Pavoncelli lui-même d'une façon rationnelle et destinée à servir de modèle ; la seconde était livrée à des fermiers, avec faculté de sous-louer ; la troisième était répartie entre plus de mille familles de })etits paysans; ainsi, dès le début, on employait simultanément, pour la diffusion du vignoble, les

n'a in Capitauata Cf'ii!.'nola, tipogr. dello Scicnza e diletto, 1897).

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divers procédés d'exploitation des terres. C'est autour de iM. Pavoncelli — don Pippino, comme on l'appelait — que se concentrait et se resserrait, toujours plus étroitement, la vie économique de la région ; il en profita pour donner à ses concitoyens une leçon nouvelle. En un temps où beaucoup de communes rurales, rebelles au progrès, gaspillaient ou dépréciaient les produits des terres par la façon rudimentaire, trop souvent négligente, dont étaient manipulés ces produits, M. Pavoncelli révéla que la prospérité d'un pays ne repose pas seulement sur le bon aloi des cultures, mais sur le bon aloi des industries agricoles auxquelles ces cultures donnent naissance, et que ce n'est point assez de multiplier la vigne, qu'il faut s'initier à bien faire le vin, et qu'il faut apprendre à le bien conserver. Sept cantines, susceptibles d'abriter 85.000 hectolitres, sortirent rapidement de terre; certaines forêts de l'illyrie furent mises en coupe pour procurer les milliers de tonneaux qui s'alignaient dans les gigan-

tesques caves de M. r*avoncelli ; et plus de GOO.OOO francs furent affectés à cetle dépense '.

Don Pippino se dressait, dans cette région, comme le type inédit d'une féodalité nouvelle, ni exclusivement agricole, ni exclusivement industrielle; il tenait entre ses mains Texistence même de la région ; ses bureaux, chaque dimanche, étaient cernés par la masse des paysans environnants qui venaient toucher leurs salaires ; la discipline économique de cette immense exploitation semblait une assurance durable contre tous les revers; et don Pippino, qu'on n'était pas loin de considérer comme un thaumaturge puisqu'il jtroposait de nouveaux moyens de vivre cl puisqu'on en vivait, complétait les bienfaits de son hégémonie en s'asseyant, do temps à autre, sur son banc du Parlement, et en demandant aux pouvoirs publics de prêter

1. Lo Ko, Capitauata triste, p. 'jo etsiiiv. ; — et Pavoncelli, op. cit., passim.

aide aux Fouilles, qui commençaient de s'aider elles-mêmes.

Car le spectacle de M. Pavoncelli, secouant la torpeur coutumière, avait décidé beaucoup de petits marchands à se faire viticulteurs, beaucoup de petits paysans à affermer des terres avec la promesse de les transformer en vignes dans un proche délai et l'espérance de les exploiter ensuite, moyennant une redevance, durant une période de trente ans. Ils s'engageaient à faire tous les frais du travail, à payer la redevance dès la dixième année qui suivrait la signature de ce « contrat d'amélioration, » à abandonner la terre et à perdre, sans nulle indemnité, tout le fruit des améliorations apportées, s'ils se trouvaient, ne fût-ce qu'une fois, hors d'état d'acquitter cette redevance, enfin, au bout de trente ans, à restituer au propriétaire, sans aucune compensation, la terre transformée par leurs soins. On calculait, pourtant, que ces dépenses vilicoles, qui grèveraient le paysan, seraient de 2.000 à 4.000 francs par hec-

tare ; mais la force lui manquait pour résister au contrat usuraire qu'on lui présentait, même pour le discuter; il signait, grisé d'avance, si Ton ose ainsi dire, par les fumées du vin désiré'. « Ce n'est pas la Palestine qui est ma terre promise, ce sont les Fouilles, » disait autrefois l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, Six siècles plus tard, dans l'exode des Fouilles vers le bien-être, les raisins de M, Favoncelli exerçaient la même séduction que ceux de l'antique terre promise. On se ruait vers la culture de la vigne avec un enthousiasme servile, presque passif, qui paraissait d'autant mieux justifié que les années 1886 à 1888, années de sécheresse, compromirent singulièrement les exploitations de céréales.

1. Sur ces contrais, voir: I contratti agrarii in Italia, p. 585-589(Rome,Bertero, 1891 j; — rart.de M. Nitli dans VEeonondcal Rcview de juillet 1893, p. 386-387; — et les Comptes rendus de la Commissione per i contratti agrari (Home, Bertero, 1895;.

C'est sur ces en [refaites que l'État unitaire, après avoir permis à la Capitanate de développer son agriculture, lui enleva, tout d'un coup, le fruit de ce s])lendide labeur : la rupture des relations commerciales entre ritalie et la France, survenue en 1888, précipita cette province en d'inextricables difficultés. La France importait de Fouille, en 1887, 2.787.000 hectolitres de vin ; en 1889, elle n'en achetaitplusque 174.000; en 1890, le chiffre déchut à 23.000 *. De ses vins, la Fouille ne savait que faire; le prix en baissait à vue d'œil; l'hectolitre, qui valait 40francsàBarletta,en 1885,tombaà 27 francs,

1. yutizic c stiidi sulla 0(jricoltura: prochizionc c commercio del vino in Italia e aW ç^tcro, p. lix (Home, Bertero, 1892J.

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puis à 17, puis à 15, à la fin de 1891 ^; on donnait le vin, quasiment; et Ton ne trouvait personne pour l'accepter.

Du coup, toute l'économie locale fut bouleversée. Les petits commerçants qui avaient naguère abandonné leur négoce pour ]a culture de la vigne récoltèrent, avec plus de vin qu'ils n'avaient espéré, une ruine que jamais ils n'avaient redoutée. Les paysans qui avaient allègrement signé les contrais d'amélioration furent hors d'état de payer leurs fermages, par suite delà mévente de leurs vins: au nom même des contrats auxquels ils avaient souscrit, ils furent expulsés de ces terres pour lesquelles ils avaient dépensé leurs sueurs et leur argent. Les institutions de crédit qui, sous la pression delà force des choses, s'étaient imposées à l'inexpérience des hommes, sombrèrent tout de suite sous les premiers assauts de la bourrasque : la Banque d'Italie, la Banque de Naples, dont les petits cultivateurs

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