Annuario statit>tico italiiuio, 189"J, p
périlleux pour l'état mental d"un peuple que de pàtir de ses vertus. Ils perdirent, dans cette catastrophe, quelque chose de plus que le bien-être; ils perdirent le courage. La négligence causerait-elle de plus graves dommages que n'en avait causé le travail? Voilà la question qu'ils se posaient; et la soulever, c'est déjà s'abandonner. De la Capitanate, le désarroi gagna les régions plus méridionales, La Chambre "de Commerce de Bari, assez légitimement découragée, passa plusieurs années sans publier aucun rapport; et c'est une activité exotique, l'activité d'un homme du Nord, M. Luigi Gambarini, qui, grâce à la fondation de 1' « Association industrielle et commerciale », a maintenu l'esprit d'entreprise dans l'agglomération de Bari'. L'àpreté
1. Associazione commerciale ed indmtriale in Bari, fondata nel 1888: Statuto sociale (Bari, Avellino, 1892). — On doit à M. Luigi Gambarini plusieurs écrits qui ont fort utilement maintenu les droits de l'esprit d'initiative dans la province de Bari, spécialement: VAssociazione commerciale ed industriale in Bari neyli anni 1888-1893 (Bari, tipogr. del Monitore commerciale, 1894); Per la reforma délia tassa camerale sui nolegi/i iiella provincia di Bari.
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des souffrances, la vivacité des rancunes contre le sort et contre l'Etat, furent surtout aggravées par certains publicistes qui rejetaient sur les Fouilles la responsabilité de leur misère en les taxant d'imprudence : outre que le reproche était peu justifié, il semblait méconnaître un des traits de caractère auxquels l'homme des Fouilles est le plus attaché, cette lenteur pondérée, un peu timide, presque lourde, que M. Pavoncelli avait eu le mérite d'ébranler.
(c Qu'on se garde bien, s'écriait, il n'y a pas longtemps, un député des provinces méridionales, d'attribuer les dommages subis, comme parfois on le fait, à l'imprévoyance de la Fouille. Nous faisons allusion à ceux qui ont dénoncé, comme la cause du mal, la fougue deces hommes d'initiativequi,grâceau crédit des banques commerciales, créèrent les nouveaux vignobles des Fouilles, ne réfléchissant pas qu'un moment la France pourrait fermer
(FUiri, AvcUino, 189:5 el, tipogr. del Monitore commerciale^ 1894).
ses frontières. Eh bien! nous devons hautement déplorer, une fois au moins, que des jugements si injustes, et presque si cruels, aient été prononcés par des Italiens. On s'est souvent lamenté, on se lamente encore, de la négligence qu'on mettait et qu'on met à pourvoir à Tavenir du pays par la transformation des cultures, et on voudrait condamner les hommes courageux qui ont accompli des miracles, on voudrait faire le procès des méthodes et des moyens employés'»! En fait, c'est la rupture avec la France qui était la cause de tout le mal : la Fouille le sentait, et tout d'abord, ayant on ne sait quel secret désir de venger sur la France les erreurs de l'Italie, elle se proposa, non sans fracas, de faire concurrence k l'industrie du cognac français. La Chambre de Commerce de Bari demanda solennellement, en 1891, l'institution de magasins généraux où l'eau-de-vie,
i. Giusso, Délia convcnienza per l'Italia di fitipulare con la Francia un trattato di comrncrcio, p. 7 ^Naples, Ferrante,
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destinée à être transformée en cognac, vieillirait gratuitement sans être soumise dès Tabord à aucune taxe de fabrication'. Il faut reconnaître que la situation financière du royaume ne permettait pas au pouvoir central d'accorder aux alcools toutes les immunités ([ue réclamait la Chambre de Commerce de Bari ; et cette façon de cartel jeté à nos cognacs ne fut qu'une parole en l'air, sans efficacité.
L'affaissement des regrets succédait aux tentatives de prises d'armes. « Si des raisons politiques et des erreurs économiques, affirmait M. Boggiano, président de la Chambre de Commerce de Bari, ne nous avaient pas fermé le marché de la France, nous, pourvoyeurs de la matière première, nous nous serions enrichis. » Et il ajoutait en 1892 : « Sans aucune aide, par la simple force de
1. Camcra di commcrcio ed avli dclla provincia di Bari: voto al R. Governo pcv l'impianto dei inanazzini ijcnerali da deatinard alV iiireccfiiainonlo dcIT acquavite fIJari, I.opnre, 1891).
Tépargne, à la suenr de son front, ce noble peuple transforme une vaste lande inculte en un immense jardin. Mais, en quatre longues années d'atroces souffrances, il a désormais épuisé toutes ses ressources. Il a vu diminuer le prix des denrées ; la terre ne lui a plus rien rendu, non par manque de fécondité, mais parce qued'immensesrécoltes sont restées inutiles, encombrantes; il a vu s'accumuler une suite d'aventures ; et tandis qu'hier encore il était riche et heureux, aujourd'hui il n'est qu'un peuple de déclassés * » .
1. Boggiano, Provrcdimenti per facilitarc la distillaziohe dei vini, passim (Bari, 1891); — et Relazione al comitato provinciale di Bari pcr la pronta appHcazione délia clausola del trattato con UAustria Ungheria, del Cav. Ulî. Giacomo Boggiano, p. 4 (Bari, tipogr. del Carrière dellc Piiglie, 1892).
Sujette d'un pouvoir lointain dont la politique la ruinait, la région du Sud-Est devait, en outre, se laisser surtaxerpour permettre à ce pouvoir de continuer cette politique. Il ne suffisait pas qu'au fur et à mesure elle en payât les dégâts éventuels? Elle devait aussi, pour sa part, en solder les frais annuels. L'Italie, suivant une originale expression de -M. le député Giusso, «- agissait comme ce propriétaire qui ne soigne pas sa vigne ou son olivier, et qui fait des dettes pour se fabriquer une splendide maison et pour vivre avec faste' », et elle demandait aux Pouilles d'ac-
1. Discorso pronunziaLo dal piesidcnto dcH' associazione dei proprietarii ed agricoltori di Napoli alT inaugurazione délia filiale in Fotjijia il 20 niaizo 1800, p. li (Naples, (iianuini, 1890).
quitter une fraction de ses dettes. Un homme politique de la Capitanale, honoré depuis de la confiance royale, me donnait à cetégard des renseignements mathématiques. La Pouille, en 1895, payait à l'État 59.476.254 francs d'impôts (non compris 26.286.533 francs de dépenses communales et provinciales) ; or, la valeur de la production de la terre, pour l'ensemble des trois provinces, était de 221.294.623 francs, en calculant les prix du vin à 15 francs l'hectolitre, le prix de l'huile à 90 francs le quintal, le prix de la laine à 2 francs le kilo. (Confrontez ces deux chiffres : sur une récolte annuelle de 221 millions, Rome capitale en exigeait 59, c'est-àdire plus du quart, sous la rubrique « impôts» ... Or, on estime là-bas que le revenu net d'une terre atteint àpeine le cinquième de cequ'elle produit : Rome capitale absorbait donc tout le revenu net des Fouilles, et requérait même un surcroît '. On a calculé qu'en Capitanate,
1. M. Cosimo de Giorgi, La Vwjlia c il siio disscsto cconomico, p. 16, nous fait l'honneur de reproduire ce bilan:
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si Ton i'a|)prochait le chitlVe des travailleurs actifs et le total des impôts, à chaque travailleur actif correspondrait une somme de ISOfrancs d'impôts, soit la valeur de plus de cent journées de travail'; et M. le député Fortunalo a pu (Hablir. par des statistiques
((Tableau désulant, mais vi'Tidiquc », ajoult'-t-il; et il constate que deux éronomistes distinguas de Tltalie méridionale, MM. Nitti et Talamo, ont, récemment, soutenu des conclusions analogues aux niUres. — Certains optimistes objecteront, par exemple, que l'impôt foncier, dans la province de Foggia, ne dépasse pas 2^,30 par hectare, alors que, dans les provinces lombardes, il atteint de :)f,:{6 cà [\^,-i[ par hectare; mais M. Colajanni fait remarquer que cette différence, singulièrement justifiée par la fécondité du sol lombard, n'empêche pas que l'impôt foncier soit encore trop lourd pour la province de Foggia, puisqu'en 1804, on dut y faire deux cent cinquante-trois ventes par autorité de justice pour non-i)aiement d'impôts, alors que dans la pi^ovince de Milan, on n'en avait que treize à faire, et deux seulement dans celle de Crémone (Rivista popolare, 15 juillet 1807, p. 8i.
Et d'autre pari, si l'on considère qu'en ce qui regarde les i m [lots de consommation, l'ELat ne tire pas plus de i:i millinns des « communes ouvertes » et pas moins de 30 millions et demi des « communes fermées >-, et que dans le Midi les communes de cette catégorie sont les plus nombreuses, on voit qu'à cet égard le Midi est singulièrement plus obéré que le Nord (Colajanni, Hivisla popolare, ['.'> juin 1807, p. iiSi.