Lo \\e,Capitanata triste, p. (iO
détaillées, que les seuls impôts communaux, à riieure présente, dans l'Italie méridionale, dépassent de beaucoup Fensemble des contributions exigées parFEtat, parles provinces et par les communes avant 1860 ^ De là la difficulté singulière qu'à toujours rencontrée le Gouvernement italien lorsqu'il a voulu se rendre un compte exact de la situation économique et industrielle des Fouilles : Tinoffensif statisticien qui survient avec des allures d'enquêteur est parfois évincé, plus souvent dupé, comme un espion du fisc; elle premier mouvement du propriétaire ou du patron auquel on demande son chiffre d'affaires est un mouvement de défiance, qui expire en un murmure ou se termine en une bourrade.
Cependant les Fouilles se tournaient vers l'Etat et sollicitaient une rançon pour les sacrifices qu'il exigeait, un palliatif ))Our les
I. Il (lorcrc jjolitico, discorso del depulato Fortunalo, proniinziato il 9 ottobre del 1898, p. 19 et p. 37-40 (RoniP, Hertero, 1898).
misères qu'il imposait. Elles pouvaient observer, — et les impitoyables constatations de M. le député Colajanni venaient à la rescousse ' — que les dépenses prévues au budget national pour l'instruction, pour la guerre, pour la marine, pour les travaux publics, étaient réparties de telle sorte qu'elles profilaient aux provinces du Nord beaucoup plus qu'à celles du Midi. Et les Fouilles, saturées de résignation, demandaient h l'Etat des eaux abondantes, un air assaini, des chemins de fer.
« La Fouille est assoiffée d'eau et de jus-
1. En ce qui regarde la guerre, la majorité des officiers viennent des provinces du Nord; ce sont surfont ces provinces qui bénéficient des 40 millions prévus pour les pensions militaires (Colajanni, Rivistapopolarc, :iO août 1899, p. 66). En ce qui regarde la marine, on di'pensait, en 1897-1898, 140 millions pour l'arsenal de la Spozia, et 40 millions seulement pour le littoral du Midi (Id., ibid.). — En ce qui regarde les travaux publics, il y avait en 1860, au moment de la constitution du royaume, 2.038 kilomètres de chemin de fer, dont 2.021 pour les provinces du Nord, et 107 pour celles du Midi : le Midi paie les intérêts de ces premiers réseaux se[)lentrionaux (Id. Rivista popolarc , M juin 1899, p. 470). .Jusqu'en 1881, Te-xtrême Sud df lllulif ne fui relié à Rome par aucun cliemin de fer.
tice » ; ainsi parlait M. Imbriani dans Tune de ses dernières affiches électorales. On raconte que ce député, si cruellement arrêté par la maladie dans sa carrière de bravoure, écrivit dans sa jeunesse un pamphlet contre le vin, et que, dans ses ])ropriétés de Calabre, il n'a jamais voulu donner asile aux plants de la vigne : comment n'aurait-il pas rêvé de renouveler la face des Fouilles, non moins insolentes par leurs vignobles qu'insultées par la sécheresse? Mais cette sécheresse a jusqu'ici survécu aux élans des tribuns, comme aux plans des ingénieurs^; et pour obtenir l'introuvable breuvage, c'est dans les ânes, et dans eux seuls, que les Fouilles mettent leur confiance — petits ânes porteurs de petits tonneaux, qu'on voit, en beaucoup de localités des Fouilles, se faufiler, d'un pas sûr et discret, à travers les plus humbles rues, et ré-
1. Sur le projet d'aqueduc destiné à fournir aux Fouilles Teau qui leur nian(iue, voir un article de la Rasscyna Nazionalc du 4 6 décembre 1898.
partir entre les maisons une eau parcimonieuse et d'origine souvent lointaine.
On poursuit les requêtes à l'Etat, pour qu'il redresse la nature marâtre ; et le littoral des Fouilles, à défaut d'eau, lui demande du moins un air assaini. De çà, de là, sur cette côte, des marais pestilentiels subsistent, comme pour marquer les territoires dont l'Etat est propriétaire. « C'est une honte pour l'État, déclarait, en 1891, M. Maury, député de Foggia, de conserver le marais du Salpi. En fait, c'est une propriété du domaine ; et tandis que, partout alentour, à dix ou vingt kilomètres de dislance, l'initiative privée a assaini d'autres marais et transformé les terres en un vi-ai jardin en les couvrant de riches cultures, de vignobles et d'oliviers, il est bien douloureux de constater que le seul possesseur qui n'ait rien fait ni pour son intérêt, ni |)our l'intérêt général, est l'Etat '.» Les Bourbons avaient commencé d'agir, à
i. Cité dans Haiïai'le de Cosare, Ar/ro Romano e Tavoliere 'di Piujlia iNuova Antoloijia, l*''' mars 1897).
rinsligation du publiciste Afan de Rivera, run des bienfaiteurs de la Fouille ; mais lorsque la mort eut assourdi le bruit de ses écrits et que le Risorgimento eut fait émigrer les esprits vers des préoccupations nouvelles, les marais du Salpi s'étendirent avec une telle impunité, que l'on dut, à trois reprises, reconstruire la route de Cérignole à Manfredonia, abîmée par ces incursions paludéennes. Un syndicat de dix propriétaires, à partir de 18TG, inaugura des améliorations partielles, qui furent efficaces; les pouvoirs publics, successivement représentés par les divers ministres qui promenèrent en Fouille leurs attitudes de bienveillance, promirent une amélioration d'ensemble, qui ne vint jamais. A l'autre extrémité du littoral, aux alentours d'Otrante, la vallée del'ldro est un foyer de miasmes, où périclite la richesse publique non moins que la santé publique; les deux petits lacs Limini, faute d'entretien, se dépeuplent misérablement et ne fournissent plus à l'État qu'une pêche annuelle de
4.000 francs. Mais rKlaL paraU être sourd ot lentement les sources de prospérité dont abonde ce littoral vont une à une se tarissant. 11 y a sur la côte de Capitanate, près du petit village qui porte le nom protecteur de Margherita di Savoia, des salines qui rapportent au fisc un revenu net de 11 millions; les })auvres travailleurs agonisent de fièvre et de misère dans des appentis qui rappellent les tukuls abyssins ; et dans ces dernières années, un ministre s'est rencontré pour leur supprimer, sous prétexte d'économie, le modique privilège qu'ils possédaient de recevoir gratuitement chaque année quelques kilos de sel... 11 n'y a pas de petites économies, même aux dépens des grandes détresses. « 0 heureux pays! écrivait, en 1(S97, un député de la terre d'Otrante, M. de Cesare. Heureux pays où tout cela peut arriver, où trente-sept ans de vie nouvelle n'ont pas laissé la marque d'une civilisation durable, et où un ministre du royaume d'Italie peut encore être accueilli avec le plus chaud enthousiasme méridio-
liai, comme y fut accueilli M. PrinettiM » On réclame de rÉtat, enfin, des voies de communication et des facilités de transport, et ce fut, en 1897, Tune des raisons de ce voyage ministériel... « L'unité italienne est faite, écrit M. le professeur Lo Re; mais l'unité de la Capitanate est encore à faire';» et l'on observe que toute la région du mont Gargan, peuplée d'environ 100.000 âmes et féconde en oranges, demeure isolée du reste du royaume en dépit du projet de voie ferrée qu'avait ingénieusement proposé M. Pic-
1. RafTaele de Cêsaie, Agro liomuno e TavoUere di PiiçiUa {Sitùia Antolofjia du l'='" niai's 1897). C'est à cet article que nous sommes redevables de la plupart de nos renseignements sur Tétranue négligence de l'Etat. — Comparer les plaintes de M. Cosimo de Giorgi contre le gouvernement royal à jiropos du dt'-boisement : <( Voilà ce qui arrive, s'écrie-t-il, dans le bienheureux royaume d'Italie, alors qu'un ministre de l'Instruction publique a établi dans toutes les écoles hi festa dcgii alberi, et alors que les ministres de l'Agriculture, qui se sont succédés en grand nombre dans l'espace de trente ans, ont préparé tant de projets pour le reboisement des montagnes italiennes et des terrains soustraits au paludisme! (La Puyiia e il suo disse^io economico, p. lu).