INTRODUCTION
Les hémorragies liées aux maladies du gros intestin sont habituellement discrètes et mêlées à tout un cortège de signes cliniques qui facilitent à la fois le diagnostic de leur point de départ et de leur cause. Il est plus rare qu'elles soïent abondantes. Mais alors elles sont graves. Ce sont, en effet, des hémorragies itératives, responsables d’un impressionnant état d’anémie chronique, parfois même mortelles et qui, trop souvent, compliquent des affections de pronostic fâcheux.
Ces hémorragies abondantes et graves sont bien connues. Merzcer, Savy et Derorr les ont rencontrées au cours des cancers des colons, BENSAUDE et ses collaborateurs au cours des rectocolites. Kusrer, EwaLzp, Tur- FIER en rapportent qui furent secondaires à des angiomes, AUGIER à la polypose, CarrAay, Lomon et War aux dolichocolons. Enfin, récemment, BoNArÉ a signalé le début, par grande hémorragie, de la tuberculose colique.
Pourtant l'hémorragie profuse d’origine colique peut avoir une physionomie et un pronostic tout différents, comme nous l'avons observé à plusieurs reprises dans le service de notre Maître, M. le Docteur André Cain.
Ï1 s'agissait d'adultes en apparente bonne santé, indemnes de troubles digestifs importants, qui présentaïent soudain une entérorragie de sang rutilant, assez
abondante pour provoquer un état dramatique de shock et d’anémie aiguë. Les jours suivants, il n'y avait pas de melœna et la guérison survenait rapidement. En même temps, les conclusions de l'enquête étiologique étaient doublement surprenantes : D’une part, aucune des causes habituelles, duodénales ou recto-anales, ne faisait sa preuve. Il s'agissait au contraire d’une hémorragie colique. D'autre part, ce n’était pas une lésion organique grave du gros intestin qui en était responsable, mais une affection minime. Enfin, et c'est un caractère évolutif à souligner, la surveillance prolongée de nos malades ne permettait pas, sauf rares exceptions, d'observer d’entérorragies nouvelles ou de troubles digestifs consécutifs. —
En résumé, tout se passait comme si cette hémorragie cataclysmique, d’origine colique, constituait moins une complication qu'une véritable maladie sans antécédents ni lendemain et de pronostic toujours favorable.
Ces traits communs ont été retrouvés à trop de reprises pour que l'on puisse songer, croyons-nous, à une coïncidence fortuite. L'analogie de nos observations nous permet au contraire de soupçonner l’existence d’un syndrome que nous appellerions volontiers le syndrome des entérorragies solitaires d’origine colique. On en saisit les marques différentielles avec les colorrhagies abondantes signalées plus haut : absence à la base des lésions organiques habituellement rencontrées, extrême rareté des récidives, pronostictoujours favorable. On en saisit aussi les difficultés du diagnostic : À la phase dramatique on pense invinciblement à l’une des classiques entérorragies profuses, à celle de l’ulcère duodénal surtout. Les jours suivants, une singularité évolutive, l'absence de melœna doit faire soupçonner le syndrome. Mais les constatations de l’endoscopie ou celles de l'examen radiologique peuvent seules emporter la conviction.
Insistons enfin sur le fait que, malgré son apparente gravité, ce syndrome comporte toujours un pronostic optimiste. Chaque fois le drame tourne court et le malade se rétablit avec une étonnante rapidité. Par définition aussi, c’est un accident qui, dans la majorité des cas, reste sans récidives. Lorsqu'il a été identifié avec certitude, on peut donc rassurer sur ses suites le malade et son entourage.
À part une obServation de R. BENSAUDE et quelques cas de BONAFÉ — encore que l’origine colique de ces derniers ne soit pas absolument démontrée — nous n'avons pas relevé dans la littérature de faits rappelant avec précision ceux dont nous vénons de parler. Pourtant, la physionomie de -ce syndrome est assez frappante et il n'est pas exceptionnel puisque nous en rapportons 29 cas échelonnés sur quelques années. Il nous paraît donc mériter de prendre place dans la nosologie et c’est pourquoi nous entreprenons d'en donner la description.
Ce travail nous a été inspiré par notre Maître, M. ! Docteur André Cain. Il a bien voulu nous communiquer les observations qui en sont le point de départ et nous aider de ses précieux conseils. Qu'il nous permette de lui renouveler l'expression de notre profonde gratitude et de notre respectueux attachement.
: CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES