INTRODUCTION
Pendant un stage de quelques mois, trop courts à notre gré, à la Clinique dermatologique de M le Prof, agrégé W. Dubreuilh, il s’est présenté deux malades atteints d’une mélanodermie assez singulière. Il s’agissait de taches mélaniques déjà anciennes ayant évolué, après une marche lente et progressive, en tumeurs d’apparence fort maligne. Les cas de ce genre sont assez rares ; M. le Prof. W. Dubreuilh, qui en avait déjà recueilli quelques-uns, attira de suite notre attention sur cette forme de mélanose et nous confia tout spécialement la surveillance de ces deux sujets. Il nous fit abandon en même temps de plusieurs observations originales, nous fournissant ainsi une foule de documents pour notre thèse inaugurale. Nous lui en garderons une profonde reconnaissance.
Ce que nous avons surtout voulu mettre en lumière, c’est l’allure tout à fait spéciale de ces taches noires qui, sans constituer peut-être une entité morbide absolue, méritent cependant une description clinique à côté des autres groupes de tumeurs mélaniques.
Nous avons commencé par énumérer sommairement les auteurs qui ont étudié cette question et, après un rapide aperçu étiologique, nous nous sommes surtout appliqué à l’étude des deux ordres de lésions présentées par nos malades et à mettre en relief leurs caractères originaux.
Nous avons fait suivre cette description des observations sur lesquelles elle s’appuie.
En dehors des documents déjà cités, nos recherches biblio-
graphiques nous ont permis de grouper un certain nombre de faits intéressants en rapport avec le sujet qui nous occupe. Enfin, nous avons différencié cette affection de plusieurs dermatoses pigmentaires qui ont quelques points communs avec elle.
Nous avons dit un mot, en terminant, de son pronostic et du traitement qu’elle comporte à son début et à sa période terminale.
Et maintenant, il nous reste à signaler aux maîtres éminents qui jugeront ce travail et à tous ceux qui nous feront l’honneur de le lire que l’un des buts que nous nous proposions n’a pas été atteint.
Cette dénomination de « lentigo malin des vieillards » nous avait paru défectueuse, et nous aurions voulu lui substituer un terme plus heureux et plus exact. Cette affection, en effet, peut avoir certains points communs avec le lentigo ordinaire, mais les vulgaires taches de rousseur en sont cependant bien distinctes.
Malheureusement, ce terme, qui devait exprimer la réalité d’une façon parfaite, nous ne l’avons pas trouvé, ou du moins ceux que nous lui aurions substitué auraient eu le désavantage, en étant aussi impropres, d’être absolument inconnus. Et, somme toute, puisque Hutchinson la décrit sous ce nom dans ses Archives de chirurgie , après l’avoir appelé lentigo infectieux, et que le terme a été adopté depuis cette époque en France et à l’étranger, même dans les ouvrages classiques, nous avons cru pouvoir le maintenir en faisant quelques réserves et en signalant ses imperfections.
La question de terminologie n’est-elle pas d'ailleurs un peu secondaire?