‹ Léo BurckartChapitre 108 sur 179 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

MARGUERITE , entrant et regardant de tous côtés

Il n'est pas de retour encore... il n'est pas même revenu ici... Ses papiers.,, ses livres... tout est à la même place , et comme il Fa laissé en partant... Oh ! je n'ai pas fermé l'œil de la nuit... ma tête est brûlante. . les heures se sont écoulées à l'attendre. . . et à craindre son retour. . . Étrange situation que la mienne! Qu'ai-je donc fait pour trembler ainsi... Frantz demande à me voir, à me dire adieu ! . . Frantz est un ami d'autrefois , le seul ami qui me soit resté ; et, d'après tout ce qu'il m'a dit, il me semble que je ne puis repousser sa demande... Lisons encore cette lettre... elle est écrite sur le papier même qui

lui assigne le rendez-vous fatal dont il me parlait... L'écriture est déchirée , mais il y reste un cachet funèbre... une tête de mort et des poignards en croix , puis des mots latins que je ne puis comprendre. . . Oh ! mon Dieu ! les voilà bien ces lignes tracées au crayon!

« Il y a une heure de chaque soirée où votre mari « se rend d'ordinaire au château. . . à cette heure-là , « je le sais, vous avez l'habitude de prier dans votre « oratoire, dont une porte donne sur le cloître des « Augustins. Laissez seulement une clef à cette porte, « ordinairement fermée : cela paraîtra, si l'on s'en « aperçoit, l'effet d'une négligence, et suffira pour « que je puisse parvenir auprès de vous , si vous (( prenez soin d'éloigner vos gens de cette partie de « la maison. Votre honneur sera-t-il rassuré par le <( choix que j'ai fait d'un tel lieu pour notre en- « trevue : c'est dans un oratoire , devant Dieu , que « je prendrai congé de vous , pour tout jamais peut- « être... ce sera la veille du \% octobre, et c'est ce « jour-là même qu'en \ 84 5 je me dévouais à la mort. . . »

Cette dernière ligne est leur devise à tous ! . . . Mon Dieu! ne suis-je pas appelée à détourner Frantz d'une résolution funeste à lui-même , funeste à mon mari? J'irai. . . Frantz ne demande aucune réponse. . . j'ai la clef... lorsque la nuit sera tombée, j'ouvrirai cette porte comme pour mieux entendre les chants

Page 1