ACTE 111, SCÈNE VI
jours parlé haut et parlé devant tous; j'ai fait comprendre aux députés des petits états qu'il leur importait de s'unir enfin pour faire équilibre aux grandes puissances. Le traité d'alliance et de commerce que j'ai proposé passe, vous le savez, à la majorité de neuf voix sur dix-sept; mais à une condition...
LE PRINCE
Celle de mon mariage...
LEO
Non, monseigneur, nous y reviendrons ensuite ; à deux conditions, j'aurais dû dire : la première a été de maintenir la paix dans vos états , de réprimer cet esprit turbulent des universités qui les égare depuis quelque temps vers des utopies impossibles. J'ai accepté ce devoir avec tristesse 7 mais avec le sentiment d'une absolue nécessité ! Une conspiration était organisée par toute l'Allemagne ; notre accord Fa brisée dans tous ses anneaux à la fois. En arrivant ici, j'ai trouvé la révolution blessée, mais vivante. . . Les étudiants comptaient sur la landwerth , cette ancienne compagne de leur dévouement en \ 81 5. . . J'ai désarmé la landwerth... Il ne restait donc aux rebelles qu'eux-mêmes , et j'ai ordonné ce matin que les chefs des rebelles fussent arrêtés... A cette heure ils doivent l'être, monseigneur.
LE PRINCE
Eh bien!... vous vous trompez! Soit hasard soit prévoyance, les chefs sont libres... Vous avez rendu une ordonnance pour le désarmement de la landwer et l'arrestation des chefs... c'est vrai... vous l'avez rendue, monsieur; mais c'est moi qui l'ai signée. C'est à mon nom que va s'en prendre la haine de ces anciens soldats et de ces jeunes rebelles... A l'heure qu'il est, ceux qui vous ont échappé et dont vous ignorez la retraite... trop peu nombreux pour faire une révolution , vont tenter un assassinat! Contre qui? contre moi, monsieur. En venant ici, j'ai probablement été suivi... en sortant, je serai assassiné peut-être.
LÉO
Assassiné ! . . .
LE PRINCE
Eh ! mon Dieu ! c'est possible. Vous voyez , au reste, de quelle manière j'en parle... Au jeu que nous jouons tous les deux, vous tenez les cartes... et c'est moi qui perds ou qui gagne. Ce que je vous dis , monsieur, est donc à titre d'observations que vous êtes libre de ne pas écouter.