ACTE III, SCÈNE IX
je ne suis plus habituée à ces douces paroles ; je les avais presque oubliées*.. Oh! c'est maintenant un écho si lointain que je ne puis croire à la voix qui me les dit.
Oui, tu as raison; et, crois-moi, le moment est bien choisi pour me faire ce reproche. . . Plains-moi , Marguerite, plains-moi \ car j'ai bien souffert, et je souffre bien encore. . . J'ai la tète brûlante et le cœur brisé !
MARGUERITE
Ah ! mon ami.
LÉO
Autrefois, mon Dieu! quand j'étais fatigué par des rêves ? au lieu d'être écrasé comme je le suis aujourd'hui par la réalité... je n'avais qu'à m'approcher de toi , Marguerite ; à poser ma tête sur ton épaule ; comme si ton haleine avait le pouvoir céleste de chasser toute triste pensée et tout fatal souvenir !
MARGUERITE
Ah ! Léo! pourquoi m'as-tu oubliée si longtemps? Pourquoi reviens-tu si tard?.. . Comment n'as-tu pas vu combien je souffrais ?... Que tu m'aurais épargné de larmes, Léo, . . (à part) et de remords peut-être. . .
LÉO
As-tu regretté quelquefois notre petite maison de Francfort, le temps où nous étions pauvres, inconnus, où notre amour était notre richesse et notre lumière ?
MARGUERITE
Tu le demandes, Léo! Ah! Dieu m'en est témoin, combien de fois, seule dans mon oratoire...
Elle hésite , en pensant au rendez-vous de Frantz.
Eh bien?
Ah!
LÉO
MARGUERITE
LEO
Achève donc ?. . .
MARGUERITE , se remettant.
J'ai demandé, les genoux sur le marbre, le front dans la poussière, j'ai demandé au Ciel, pardonne-le moi , Léo , qu'il t'enlevât ton rang , tes honneurs , ton génie même... pour que nous nous retrouvions seuls à seuls avec notre amour.
LÉO
Eh bien! Marguerite, Dieu t'a exaucée!