ACTE III, SCÈNE IX
MARGUERITE
Que dis-tu? On t'enlève tout cela?
LÉO
Non, je m'en dépouille !... Un jour encore, et j'aurai arraché de mes épaules cette robe de Nessus qui me dévorait! . . . Marguerite ! nous reverrons notre petite maison; Marguerite! nous nous y retrouverons seuls, et, je l'espère, tu oublieras ce que tu as souffert pendent le temps où nous l'avons quittée.
Yois-tu , Léo, je ne crois pas à ce que tu me dis, et il me semble que je rêve... Si cela était... tu ne me parlerais pas avec une voix si triste et des yeux si abattus.
LÉO
C'est qu'entre aujourd'hui et demain , Marguerite... il y a un abîme... un abîme où je puis tomber en essayant de le franchir.
MARGUERITE
Que me dis-tu, Léo?... As-tu quelque chose à craindre? Cours-tu quelque danger?... Mon Dieu, mon Dieu , parle , réponds-moi !
LÉO
Ah! j'aurais dû me taire... j'aurais dû avoir la
m lM BURCKART.
force de te quitter sans me plaindre ; mais je suis tellement abattu, tellement accablé,.. Ah! j'en ai honte, vraiment ! . . .
MARGUERITE
Me quitter? tu vas me quitter encore !
LÉO
Embrasse-moi.
MARGUERITE
Écoute; tu me fais peur; parle.
LÉO
Non , Marguerite , non , il n'y a rien à craindre ; je suis fou de m'abandonner ainsi , sois tranquille ; songe que si je réussis cette nuit ? demain nous sommes libres et heureux.
MARGUERITE
Un danger , un danger. . . tout le monde me parle de danger!...
LÉO
«Pavais besoin de revenir à toi , de te presser sur mon cœur ; il y avait si longtemps que nous n'avions eu entre nous une heure pareille.
MARGUERITE
Tu es bien coupable , Léo ! . . . Ah ! sais-tu que j'ai cru un instant que tu avais cessé de m'aimer ; saistu que j'ai espéré que je ne t'aimais plus î