ACTE IV, SCÈNE I
ROLLER
Les princes ont tenu un congrès à Carlsbad ; nous tenons le nôtre à Wurtzbourg ! Ces vieilles ruines s'étonnent de servir d'asile à la liberté , après avoir été si longtemps le repaire des oppresseurs !
Ne médisons pas de nos aïeux , Roller ; pour les juger, il faudrait mieux savoir l'histoire que nous ne la savons , pauvres étudiants que nous sommes !
ROLLER
Mais n'est-ce pas ici même que se tenaient les séances du tribunal secret?... Les cachots sont par là, tiens; la porte est faite d'un seul bloc de pierre, et il faut trois hommes seulement pour la faire tourner sur ses gonds. Ici, les nobles seigneurs s'asseyaient en nombre impair; voici leurs sièges de rocher. Les condamnés tombés en leur pouvoir entraient par cette porte. Il en était d'autres que les juges ne pouvaient atteindre qu'avec la pointe d'un poignard ; ceux-là mouraient plus vite et souffraient moins.
FLAMJNG.
Eh bien ! étudie mieux tes livres , et tu verras que ces terribles seigneurs étaient, comme nous, des ennemis de la tyrannie ; qu'ils frappaient Toppres-
seur étranger ou le prince félon que la loi ne pouvait atteindre; et que ce tribunal de sang ne versait que le mauvais sang.
ROLLER
Oh ! toi 9 l'on te connaît : quand il s'agit de noblesse y tu es prêt toujours à contrarier toutes nos idées. Ce n'étaient pas des manants, à coup sûr, qui jugeaient les tyrans dans de si belles salles ornées de statues et d'armures?... les manants n'ont jamais fait construire de châteaux.
FLAMING
Qui te dit le contraire?... mais ce fut la noblesse qui comprit toujours le mieux l'indépendance.
Pour elle-même , soit.
FLAMING
Et pour le peuple aussi; mais la bourgeoisie est l'humble servante des princes; et c'est la bourgeoisie armée qui nous a contenus hier.
w ALDECK , se mêlant à leur conversation.
Pour moi, nobles ou princes, je n'en fais pas de différence. Tenez, messieurs... tenez, frères, veuxje dire , je suis venu à vous de moi-même , et me