PROLOGUE, SCÈNE IV
et je vous jure que je me serais fort amusé à cet opéra.
MARGUERITE
Vous ne dites pas ce que vous pensez : d'abord vous ne comprenez rien à la musique italienne , et vous trouvez que les chanteurs jouent mal ! . . .
Léo prend un journal sur la table.
Je vous prie de laisser là votre journal , et de causer un peu avec nous ; donnez-le à mon père, si vous voulez, c'est de son âge. Vous êtes rentrés si tard + messieurs , que nous n'avons pu vous présenter un des anciens élèves de mon père, revenu depuis deux jours d'Italie; et dont nous vous avons parlé souvent , Léo ?
LE PROFESSEUR
Frantz Lewald ! et vous ne l'avez pas retenu , ce pauvre enfant. Voyez ce que le temps peut sur les amitiés : depuis deux jours il était à Francfort , sans que nous en eussions des nouvelles !
On sert le thé , tous s'asseyent.
MARGUERITE
Ne parlez pas ainsi devant Diana , mon père ; il a fallu que je la rencontrasse à un bal pour qu'elle songeât enfin à venir visiter ses amis d'autrefois.
DIANA
Voilà qui est fort injuste. Je suis revenue d'An-
gleterre, comme vous le savez , avec le prince Frédéric-Auguste , dont mon frère est l'aide de camp. Le prince a voulu garder l'incognito les trois premiers jours de son arrivée , et vous comprenez que si je fusse venue , moi , pendant ce temps , rendre visite à la femme d'un écrivain, d'un journaliste... c'eût été fort peu diplomatique ; qu'en dites- vous , monsieur Burckart?
LÉO
Que vous m'honorez trop avec le titre d'écrivain : je suis un pauvre bourgeois ignoré, m'occupant beaucoup de jardinage, un peu de chasse, et si j'ai noirci quelquefois du papier en débarrassant mon cerveau de certaines idées qui le fatiguaient, je suis loin de me croire un homme politique, un philosophe, un écrivain!
DIANA
Orgueilleuse modestie! On parle beaucoup de vous, monsieur! pour un article de vous, tout un pays est en rumeur; pour un livre de vous, toute l'Allemagne s'agite!
LE PROFESSEUR
Et quand l'homme voudra se montrer... quand à l'écrit succéderont la parole et l'action...