PROLOGUE, SCÈNE IV
MARGUERITE
Mon père, que dites -vous là?...
LÉO , passant la main sur ses yeux.
Marguerite a raison; ces espérances ne vous conviennent pas, mon père, ni à moi cette vanité! Plus jeune, plus ardent et plus libre de cœur, j'ai pu songer à des folies... Maintenant de tout ce feu qui m'animait , il n'est rien resté que des cendres ) qu'on s'aveuglerait à souffler ï Je me suis fait à mon obscurité : peu à peu tous mes rêves d'avenir se sont évanouis dans mon bonheur présent ; l'homme se trompe souvent à sa destinée, il prend son désir pour une vocation , il se croit appelé à réformer le monde, il veut faire d'une plume le levier d'Archimède... tandis que Dieu Fa créé pour être fils respectueux , bon mari , honnête homme , et voilà tout; si, comme je crois aujourd'hui, c'est là le partage que Dieu m'a destiné, j'accomplirai cette vie obscure , en le remerciant de l'avoir faite si douce et si aimée.
LE DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur veut-il recevoir le chevalier Paulus?
LÉO , à sa femme.
ÎS'as-tu pas dit que nous ne voulions recevoir ce soir que des amis?
74 LEO BUKCKART.
MARGUERITE
Sans doute... Cette personne m'est inconnue, à moi.
LÉO
Priez-le de revenir demain matin. {Le domestique sort. A Diana.) Ainsi le prince , qui était en quelque sorte exilé à Londres par son frère ; rentre officiellement en Allemagne ?
DIANA
Du moins, il réside à Francfort pour quelques jours... Il attend des lettres , je crois. Peut-être ne vient-il que pour respirer de loin l'air bienfaisant de la patrie. Car son frère , qui règne , n'est pas près de s'entendre avec lui sur les affaires politiques , vous le savez.
LE DOMESTIQUE, rentrant.
M. le chevalier Paulus insiste , disant qu'il vient de loin pour une affaire très-grave !
LÉO
Faites entrer. (// se lève. ) Qu'est-ce que le chevalier Paulus ? Connaissez- vous cet homme, mon père?