‹ Léo BurckartChapitre 32 sur 179 · PROLOGUE, SCÈNE X. il · texte numérisé non relu

PROLOGUE, SCÈNE X. il

toute la légitimité de vos espérances ; et pourtant vous avez mis en danger la sûreté d'un grand pays. . . Vous philosophe , vous écrivain , vous avez ouvert une porte à la guerre et une autre à la révolte... qui les fermera maintenant ?

LÉO

Que dites-vous , monseigneur? ai-je donc un tel pouvoir , et cela est-il en effet?

LE PRINCE

Ne faites pas de fausse modestie ; vous savez qu'il y a des paroles qui tuent, et que, grâce à la presse, l'intelligence marche aujourd'hui sur la terre, comme ce héros antique qui semait les dents du dragon ! Or vous avez laissé tomber la parole sur une terre fertile ; si bien qu'elle perce le sol de tous côtés, et qu'elle va nous amener une terrible récolte , si celui qui l'a semée n'est point là pour la recueillir.

LÉO

Qu' est-il donc arrivé déjà ?

LE PRINCE

Une émeute a éclaté à la suite de la condamnation du journal auquel vous adressiez vos articles. Elle a été comprimée aussitôt ; mais mon frère Léo-

m LÉO BURCKART.

pold, ce prince faible , qui m'avait exilé , comme il vous avait banni, s'est retiré dans un couvent aux premiers instants de trouble , et n'en a plus voulu sortir ensuite. C'est sur moi qu'il rejette cette lourde couronne que vous avez imprudemment ébranlée. Voilà pourquoi je viens à vous, monsieur.

LÉO

Votre altesse voudrait. . .

LE PR'NCE.

Ecoutez : nous n'avons pas un instant à perdre ; convenons de tout. Il y a dans les pouvoirs une hiérarchie qu'il faut respecter. Dès à présent vous serez conseiller intime; dans un mois député à la Diète, un mois après ministre.

Page 1