PROLOGUE, SCÈNE XL
nera l'expérience de toutes ces épreuves, ou plutôt la confiance de m'en passer? Ah ! si je pensais être autre chose ici qu'un instrument dans les mains de la Providence, j'aurais peur à présent... je fuirais comme un lâche avant le combat ; je m'échapperais d'ici sans détourner la tête : car le mal que j'ai fait est grand , si je n'ai pas la force de mieux faire1. . . . Mais il me l'a bien dit , lui , je n'ai pas le droit de refuser I Dieu peut me demander compte de l'idée qu'il a mise en moi, comme il a demandé compte au figuier stérile des fruits qu'il aurait dû produire ! . . . Si, comme un homme de peu de foi, je recule devant un fantôme ; si par ma faute, à mon refus, un autre vient prendre ma place, et détournant la pensée divine de la route qu'elle allait suivre, conduit à l'esclavage ceux-là que j'aurais dû guider dans les voies lumineuses de la liberté 1 qu'aurai-je à dire un jour en paraissant devant le juge éternel, quand des milliers de voix s'élèveront contre moi , criant : Malheur à celui qui pouvait et qui n'a pas osé ! Malheur à l'égoïste ! malheur à l'infâme ! . . . Oh! non, non; Dieu n'a pas mis en moi cette flamme pour que je l'éteigne... (Entre Marguerite.) Que me veut-on?...