ACTE 1, SCENE îî
DIEGO
Donc , il y a huit jours, Sa Majesté Max Ier, roi des Renards., tyran des Pinsons et protecteur des associations provinciales , passait avec ton serviteur devant la porte d'un boucher. Le chien royal (tu sais que tout étudiant a un chien ) se crut en droit de prélever un impôt sur l'étalage du marchand. Le boucher , au lieu de s'en prendre à nous } lance sur le caniche un dogue corse, qui ne lui a donné qu'un coup de dent il est vrai, mais qui lui a cassé les reins de ce coup-là.
LE CHEVALIER
Eh bien!
DIEGO
Eh bien! tu ne comprends pas?... Nous avons rossé le boucher et ses garçons au moyen des cannes ferrées dont tu vois un échantillon... Les bourgeois sont sortis avec des fusils, des épées... Quelques camarades qui passaient se sont rangés derrière nous. . . Une bataille superbe ! Deux chiens et trois marchands un peu éreintés, un peu tués!.. Yoilà toute la ville en révolution... On nous arrête... L'Université sort en bon ordre , et nous délivre en démolissant la prison où nous étions , à n'en pas laisser une pierre sur l'autre... L'affaire va devant les juges ; on nous condamne ; et nous , nous condamnons la
ville! nous l'abandonnons. La ville ne vit presque que de notre séjour , de notre dépense. .. nous la prenons par la famine... nous nous retirons sur le Mont-Sacré, comme le peuple romain.
LE CHEVALIER
Cela peut aller loin...
DIEGO
N'est-ce pas ?. .. et le tout pour un chien estropié; mais c'était un beau chien !
LE CHEVALIER
Ah çà , je ne vous vois là encore que six ou sept.
DIEGO
Va regarder un peu sur la route, la vallée est toute noire d'étudiants en marche. Dans une demiheure ils se seront abattus sur ce village comme une nuée de sauterelles. Tiens, les Renomistes en tête... ensuite les Renards , les Pinsons; après , les voitures de bagages , les chiens , les femmes. . . et les créanciers qui ne nous perdent pas de vue. Pauvres gens ! qui sait où nous les conduirons ?
LE CHEVALIER
Ce ne sera pas à la fortune !
DIEGO
Adieu. Nous allons rejoindre le gros de l'armée...