‹ Léo (volume 2)Chapitre 1 sur 174 · Léo · texte numérisé non relu

Léo

Prenez garde à l'indiscrétion des roseaux. Méfiezvous du souffle de l'air ; et surtout n'abandonnez rien à l'écho : un espion qui le cache dans les rochers.

SHAKISrZ^RC.

Arnold continua son voyage. Il ne pouvait pas ignorer qu'il fût poursuivi ; mais la force du droit naturel qu'il exerçait, en reprenant son enfant , lui donnait une si intime sécurité, que la chance de se voir enlever son unique bien et d'être arrêté lui-même n'était pas sa préoccupation habituelle. Il marchait

à pied et le plus souvent la tête inclinée vers les gazons de la route , sans y voir les gracieux détails qui attiraient le plus ordinairement ses regards , même quand son front était abattu par le chagrin. Il n'admirait guère ni la goutte de rosée dans l'urne des liserons, ni au bord du champ l'épi doré penchant sa tête pleine, et lourde de blé. La réflexion , chez lui , devenait plus exercée que les yeux. L'amertume de ses souvenirs triomphait de l'attrait des objets extérieurs. Hélas ! c'est qu'il avait déjà écrasé sous ses pieds la moitié des vers luisans qu'on appelle illusions. Il était loin de ce temps où la couleur du ciel , l'état de la température composaient le matin, au sortir de l'auberge, sa plus importante et presque sa seule pensée. Alors le soleil ou l'ombre , les vents ou la pluie , un bel arbre à dessiner, de piquans effets du couchant sur les vitraux enflammés de la lointaine église , étaient les événemens de sa vie; et il regardait comme l'accessoire de l'existence humaine d'apprendre le soir, au

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