‹ Léo (volume 2)Chapitre 2 sur 174 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

foyer de son hôte , que tel traité de commerce unirait le Gange à la Baltique, que tel monarque était détrôné.

Une image tyrannique hantait encore incessamment son imagination, mais déjà comme le fantôme qui s'obstine à errer dans les lieux froids et dévastés. Il avait été touché de la destinée d'Eve ; il avait rendu justice à son repentir, il avait établi une part équitable entre la démence de la jeune fille et cette corruption de sang -froid, cette immonde impudeur qui avait servi de conseiller à sa perte. Mais l'audace qu'Eve ellemême avait montré à leur première entrevue, depuis qu'elle était devenue Comtesse, les accommodemens qu'elle avait proposés entre le monde et sa passion, entre l'instinct de son cœur et la conservation de son rang , avaient conduit le jeune homme de la colère à la pitié , puis de cette pitié à un sentiment plus amer. Il croyait la mépriser. Or, le mépris et Tamour sont-ils conciliables? Quel homme a jamais persisté dans ses attache-

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mens sous une telle et si mortelle condition ? Tout est possible au cœur épris , excepté cette contradiction. La haine même et la vengeance peuvent entrer dans l'amour, le mépris jamais. Quand vous nous retirez votre cœur, quand la mobilité d'esprit vous déprave , que vous jouez la paix et peut-être la vie de l'être qui vous appartient contre Tentrainement d'un jour, femmes, faites-vous regretter encore. Faites-vous haïr même et laissez-nous la poésie d'un deuil éternel ; que votre souvenir soit consacré , s'il le faut, par du sang et des larmes, mais ne souffrez jamais que le mépris nous console.

Ce sentiment , Arnold croyait l'éprouver, parce qu'il avait le droit de l'avoir. Le besoin d'affection qui tourmentait son ame , demeurait peut-être le même , mais il semblait avoir changé d'objet. Tant d'amour avait divergé. Aussi long-temps que l'inanité des recherches et l'ardeur des poursuites lui avaient ôté le sommeil et presque la raison, il avait idolâtré son insaisissable maîtresse. Depuis son appro-

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