CHAPITRE ZVII
son pouvoir légal jusqu'à la fatuité. S'agiraitil de recourir aux armes ? Est-ce que c'est un duel que vous me proposez?
— Pourquoi non ? C'est ce qu'on appelle , M. le Comte, le jugement de Dieu. Tout ce qui est désaccord finit par un combat. Les animaux pratiquent cet instinct . Ce qui distingue les hommes, c'est Téquité des chances à régler le procès. Eh! qu'est-ce donc que le mariage , si ce n'est un duel de toutes les heures ? Seulement ce combat est lâche , et la justice que je veux tenter d'obtenir a plus d'impartialité. Le mariage blesse, épuise, défigure les deux adversaires et les livre à mille étrangers qui agrandissent les blessures. C'est la faute de vos codes. L'épreuve que je propose termine tout , et cette lutte est plus humaine : car on veut bien mourir, n'est-ce pas? mais non subir les huées du cirque et l'ignoble coup de pied des moqueurs.
Le comte sourit encore avec supériorité.
— Pourquoi raillez-vous , Monsieur ? je
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parle ici de la plus noble et de la plus utile de vos institutions : celle qui domine vos lois, ajouta-t-elle avec une certaine emphase de discussion presque pédante. Elle est la garantie de l'honneur, elle rétablit l'égalité . Si elle n'eût été qu'un préjugé , elle tombait à cette époque de lumières : elle résiste. Cette institution est indéracinable.
— Épargnez-vous donc , Madame , les paradoxes de Rousseau et ne répétez pas tout ce qui a été dit après lui par les singes philosophes. Croyez-vous par hasard que je consentirais à mettre en question mes droits acquis?
— Vous ne pourriez peut-être vous y refuser, Monsieur ; et en dépit de vous-même. Il y aurait entre nous plus qu'égalité dans les chances . Mon enjeu vaut apparemment le vôtre. Vous êtes riche, poursuivit Eve qui voulait gagner du temps , et je suis jeune ; pair de France, et ils disent que je suis belle. A vous déjà la vie échappée assez ennuyeuse et laide ; l'avenir tout entier est encore à moi» Si la partie vous semblait inégale , où le dés-