‹ Léo (volume 2)Chapitre 110 sur 174 · CHAPITRE ZVZI · texte numérisé non relu

CHAPITRE ZVZI

et jouer ma vie à moitié. L'éclat est inutile et trop d'appareil ridicule.

— Vous êtes donc brave sans vanité ?

— Ne peut-on, sans faste en effet , disposer de si peu de chose que la vie? confier sa cause aux chances de ce hasard que Dieu dirige toujours un peu .

— Et comment?

— Mais , par exemple , s*en remettre au sort lui seul ; voir qui cessera de lui-même d'être un obstacle à la destinée de l'autre .

— Et vous connaissez , dit le comte , un moyen, une raison assez forte, un courage assez bête pour décider un être vivant h se passer au travers du corps un morceau d'acier par le motif unique qu'il n'aura pas rencontré la plus belle lettre sur la page d'un livre? Je vous écoute avec pitié .

— Qu'est-il besoin de cet enfantillage? continua Eve en souriant : et pourquoi engager cette lutte en effet entre notre valeur et le vil instinct de la conservation? Sans développer cette résolution un peu stoïque , je l'a-

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voue, je ferai avec vous , monsieur le Comte, le marché dont je parle, quand vous voudrez.

— Et je n'accepterai jamais .

— Vous croyez?

— Les Donquichottes femelles et les redresseurs de torts en jupons , sont particulièrement risibles.

— On pourrait changer l'inconvénient de cette gaieté-là, dit Eve, en des préoccupations plus graves. Monsieur. Opprimée comme je le suis par vos dénis de justice, contrainte sous l'absurdité du joug que je porte et l'éternelle menace de vos dénonciations, je puis user d'un droit de légitime défense.

— Et vous me forceriez à un combat en vous passant donc de mon consentement ?

— Si vous aviez accepté déjà !

— Sans le savoir?

— Eh , mon Dieu ! la mort n'a pas toujours un appareil formidable , Monsieur. Elle approche quelquefois sous des formes très bourgeoises , se glisse sous des apparences pacifiques.

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