‹ Léo (volume 2)Chapitre 113 sur 174 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Le comte porta vivement et par un geste instinctif la main sur sa poitrine ; il toussa fortement , courut interroger sa figure dans un miroir : il se trouva les yeux fixes . Le bord de ses paupières devint rouge , il s'attendrit sur lui-même, puis croyant enfin sentir une première atteinte...

— Au secours! cria-t-il. Du contre-poison!

— Pourquoi? dit Eve. Ce n'est pas la peine ; car... c'est moi... qui suis désignée par la justice du ciel . Je le sens.

— Vous! Madame?

— Oui. Je crois... je brûle , je souffre ! Le vieillard s'arrêta, les yeux ouverts démesurément par une affreuse joie.

— Ah ! . soupira-t-il avec un râlement prolongé de son souffle, qui signifiait : Dieu soit loué !

Il regardait avec espoir la pâleur de sa femme, car il la savait capable d'avoir exécuté ce dessein . Puis , par une réflexion toute subite , il ajouta :

— Laissez-moi , laissez-moi appeler du secours !

346 LE DUBL.

— Non , Monsieur, un seul de nous doit sortir d'ici, et je suis décidée à mourir.

— Eh ! qu'importe !

— Nul ne peut me retenir... Il ne m'aime pas , Monsieur !

— Il s'agit bien de cela ! dit le comte , et de vous sauver la vie. Il s'agit d'empêcher les soupçons de s'établir sur moi. Né pourrait-on pas m'accuser de votre suicide? Au secours ! au secours !

— J'ai fait mon testament , dit Eve : soyez donc tranquille , Monsieur. Nul ne vous inquiétera . Adieu . Ne faites point rejaillir aux yeux du monde une tache de plus sur la mère de Daniel .

Et elle tomba sur un fauteuil.

On accourut . On alla chercher le docteur Perricault. Il voulut pratiquer une saignée au premier moment ; Eve repoussa ce moyen efficace et aggrava ainsi sa position.

— Heureusement , dit le médecin à son habile confrère appelé en consultation , la dose

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