CHAPITRE ZVII
était trop exagérée ; son faible estomac a rejeté tant d'affreux poison. Nous la sauverons peut-être ; mais je n'espère pas que son tempérament puisse résister long-temps à cette secousse : elle a dû ébranler et détruire cette délicate existence.
— ^ Il y aura , dit l'autre , désorganisation de l'estomac , de nombreuses érosions auront dû marquer l'action produite par la substance vénéneuse, et l'estomac doit être cautérisé comme par un fer incandescent . Mais il flotte encore dans son sang du poison absorbé , il faudrait ouvrir la veine.
— Je n'ai pu réussir à la décider, dit tristement Per ricault . ; i i
Le soir, le dévoué docteur qui était décidé à veiller la mourante , parcourait au pied de son lit la longue liste des visiteurs qui s'étaient fait inscrire à la porte de l'hôtel . Arnold, errant dans Paris pour les intérêts d'Hélène et d'Avenel, avait su le premier que la comtesse d'Hacmon était en péril et il avait trouvé moyen de venir glisser son
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nom sur le registre . Perricault le montra du doigt à la rebelle à la faveur d'une lampe qui reposait sur le somno . Eve ne put comprimer une larme , et tendit son beau bras nu au vieux chirurgien .
Le pair de France s'était mis au lit de luimême en même temps qu'on y portait la comtesse . Il se croyait plus souffrant qu'elle et peut-être n'était-il pas loin d'avoir raison . La peur est aussi une maladie , et au point où elle grandissait et montait en lui depuis son danger passé , elle pouvait devenir une crise alarmante pour sa vie. D'ailleurs il n'y a pas de maux imaginaires ; on a le mal qu'on croit avoir et l'esprit est le siège de toutes les infirmités qui triomphent enfin de nos forces. Loin d'imiter la bizarre coutume de ces sauvages de Tartarie qui se font soigner pour leurs femmes, s'alitent quand elles sont en mal d'enfant et boivent pour elles les potions fortifiantes , le comte d'Hacmon était en
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proie à une véritable fièvre avec ses frissons et ses redoublemens.
— Concevez-vous , disait-il à son médecin particulier, lequel n'était pas celui de la comtesse , que j'aie été si près de ma fin ! que j'aie, à mon insu , couru de pareilles chances ! Enfin je n'étais séparé du trépas que par l'épaisseur d'un cheveu. Que j'eusse pris la tasse à droite au lieu de choisir la tasse à gauche, c'en était fait de moi et de mon nom ! Il y a de quoi faire dresser les cheveux sur la tête rien qu'en revenant par le souvenir sur les traces où j'ai passé . Quelle chance ! Que de grâces à rendre à mon étoile et à mon adresse ! Mais , croyez- vous , docteur, que les émanations de cette substance n'aient pas pu corrompre l'air que j'ai respiré pendant deux heures ? que cette liqueur qui a touché presque celle que j'ai bue n'ait pas pu traverser l'épaisseur du vase voisin? la porcelaine est transparente et poreuse ! D'où viennent donc les coliques dont je me sens de temps à autre traverser les intestins comme par des éclairs?
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— Eh pardieu ! de votre émotion, dit l'Hippocrate. 11 faut vous calmer ; car je ne répondrais pas des conséquences de cette panique si vous ne la réprimez bientôt. Et l'on m'a dit que vous aviez besoin de votre santé, de vos jambes, de votre tête pour vous rendre mardi prochain à la chambre haute?
— C'est vrai ! dit le plaintif dignitaire en se laissant aller sur lui-même à un profond attendrissement . Trouvez-moi donc une habile garde-malade : car la présence de mes gens , au lieu de me distraire , me rappelle tous les périls que j'ai courus depuis trois mois. Une figure nouvelle conjurera les spectres qui m'entourent . Je ne veux pas êfM^ laissé seul la nuit en présence de ces abominables cauchemars .
— Je vous enverrai une sœur de charité , dit le docteur.
— On a sans doute donné du contre-poison à cette malheureuse ? j'en voudrais avoir également. Ne pensez-vous pas qu'il serait prudent de m'en administrer une dose?