CHAPITRE XVI
même une fois la borne milliaire pour le frêle voyageur avec sa blouse de toile écrue et son petit chapeau de feutre gris. Enfin à la fenêtre du Cygne -de -la -Croix, elle avait aperçu ce qu'elle cherchait : près d'un chat endormi au soleil, une tête blonde et dorée qui s'avançait pour voir venir la calèche annoncée par le fouet des postillons.
La comtesse avait fait arrêter à l'instant même. Il s'était trouvé un autre gîte pour attendre la nuit. Puis sans avoir retiré même de la voiture le peu d'effets qui lui étaient indispensables , elle avait fait rebrousser chemin à ses gens : domestiques et chevaux étaient repartis. Mais le courage qui l'avait soutenue l'abandonnait au moment le plus décisif.
— Je veux... je viens, reprit-elle avec timidité , me joindre à vous , Arnold , et à lui pour toujours.
— Eh! Madame, regardez où nous sommes, dit l'artiste , cette demeure ressemble peu à vos riches hôtels, à vos splendides châteaux ! Notre asile est peu digne de l'hospitalière
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comtesse qui voyage apparemment pour son plaisir, et que le hasard n^a amené ici que pour s'y reposer un instant.
— Mon voyage est maintenant fini : ou s'il se prolonge , ce sera sur vos pas et ceux de mon fils. On ne nous séparera plus.
Elle avait prononcé ces paroles d'une voix altérée. Le peu de jour que jetait encore le sarment achevant de brûler dans l'âtre , permit à Arnold de voir qu'elle avait les lèvres violettes et qu'elle était tremblante. Il crut un instant la raison de cette grande dame égarée.
— Vous avez des liens, reprit-il alors avec quelque douceur : retournez à votre condition , achetée cher. Vous possédez un époux , un appui : obéissez à ses ordres et conformezvous aux exigences que votre illustre rang vous impose.
— Je n'en ai plus. La liberté que je n*ai pu me faire par un aveu , dit la comtesse , je la prends par la fuite. Je renonce à tout , grandeurs et fortune. Je ne rentrerai plus volontairement dans l'hôtel du comte : j'aC'