‹ Léo (volume 2)Chapitre 86 sur 174 · CHAPITRE ZVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE ZVI

cepte votre sort , je demande à le partager ; ne me repoussez pas... je suis seule au monde !

Arnold qui se souvint de l'abbaye , fit un geste où n'entrait aucune pitié'.

Eve chercha des yeux un siège et s'y laissa tomber près du lit : elle venait de reconnaître la gracieuse rondeur que formait un corps sous la couverture.

— Que j'ai souffert ! murmura-t-elle.

Arnold recula encore.

— Mais je n'ai point , Monsieur, de prétentions orgueilleuses : je ne veux être ni votre maîtresse, ni même si vous ne le voulez pas, la mère de cet enfant : laissez-vous aimer, laissez-moi tous deux vous servir.

— Vos gens et votre carrosse vous attendent.

— Ah ! ne me rejetez point. Emmenez-moi avec lui dans un pays lointain. J'irai à pied. Je suis à vous seul , moi, et à lui. Quand j'aurai gagné mon pardon, eh bien ! vous lui rapprendrez mon nom , Monsieur. Vous lui direz de m' aimer et que je suis sa mère.

— Vous ne l'êtes point , Madame. Si vous

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voulez donner un héritier à un noble pair afin de servir son ambition et la vôtre , le premier enfant vous est bon , cherchez ailleurs . Votre époux déjà à moitié mort et qui veut revivre en lui , qu'il le réobtienne par un facile miracle. Mais moi , j'ai mon bien, mon vrai bien, exclusif et sacré : je saurai le conserver pour moi seul.

— Oui ! conservez-le , dit-elle ; mais veillons sur lui ensemble . Il est à chaque instant menacé , poursuivi , vous le savez ! soignonsle tous deux. Que nos yeux se rencontrent sur lui : ne me regardez pas, moi, si je vous fais horreur, mais regardez-le pendant que je le contemple. Regardez-le , et pardonnezmoi.

Arnold ne répondit pas.

La comtesse s'approcha alors comme pour ressaisir Léo. Un geste du père comprima cet espoir, et Eve devant cette silencieuse résistance jeta un cri déchirant.

— Voyez ! dit le peintre avec amertume , vous avez réveillé cette créature . Vous êtes

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