CHAPITRE IX
7 février.
Je souffre et je vais mourii".
Pour être suspendue un moment, celte douleur ne peut me laisser prendre le change. La nature que j'ai trahie en dépouillant le père de son enfant , se vengera sur moi : je vais mourir.
Arnold, ne m'entends-tu pas? Ah! qui m'aidera , me soutiendra dans cette crise. J'ai besoin de ta pitié , à toi , de ton pardon : viens ! Il me faut voir reflétée sur un visage aimé la souffrance qui m'accable pour que je puisse la supporter. Il faut que tu souffres de me voir souffrir, afin que je me console ; il faut mêler tes cris aux miens pour les apaiser.
Allez-vous-en tous ! — ■ Et vous , ma mère , aussi. Je ne veux rien de vous. Mon enfant en se séparant de moi tout à l'heure, morte ou vivante , doit tomber dans les bras d'Arnold.
Le lendemain
Eh bien! cette dernière douleur? ce cri, si affreux qu'il semble devoir terminer la vie de celle qui le fait entendre, il s'y mêle donc un autre cri , faible , inarticulé , mais que la mère saisit avec ravissement et qui lui ôte lout à coup la mémoire de ce qu'elle vient d'endurer? Il lui semble tout à coup qu'elle n'est plus elle , et qu'elle ne vit plus que de l'autre vie qui commence.
Quels délicieux étonnemens à examiner cette fragile créature! elle est si bien conformée : ces petits pieds , ces mains qui se meuvent, ces ongles roses qui ressemblent à des feuilles poussées d'hier !