CHAPITRE XI. 34 I
îa fumée de la poudre. Je m'abrutissais dans leurs garnisons , le lieutenant ne s'y amusait guère, et je lui persuadai un beau matin de donner sa démission pour monter en grade. Il revint se faire faire ici capitaine de louveterie , du moins avons-nous trouvé là de bons vieux loups à poils gris, et des sangliers féroces à qui parler. Et puis il s'ennuya des bois , du serpolet , des pâturages , et aussi de traîner ses guêtres de cuir à travers tant de buissons épineux. Il me montra un soir sur un vieux livre deux ou trois mots que j'ai retenus par cœur : « La solitude est une belle chose; mais encore faut-il quelqu'un à qui l'on puisse dire : la solitude est une belle chose! » Je soupçonnai qu'il voulait être amoureux : ça ne pouvait me regarder, et je le laissai partir tout seul pour Paris. Alors il fit connaissance avec des hommes d'esprit, des artistes, avec vous peut-être, Monsieur...
Arnold fit le signe affirmatif.
Et il se mit à vouloir composer des pièces de théâtre. On dit qu'il ne prit pas d'associés
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et que ses émules lui en voulurent, qu'il n'acheta pas le parterre tout entier , et que les cabaleurs se révoltèrent ; car si on allait se passer d'eux , que deviendrait l'art ? On m'a assuré aussi qu'il avait la manie de mettre dans ses pièces des scènes entières, et des paroles qui ne se trouvaient pas déjà dans d'autres pièces, et les connaisseurs étaient déconcertés. Alors il se mit à ne plus rien faire , mais il ne pouvait s'exempter de s'engager quelquefois dans des actions si bonnes , qu'il trouva moyen, malgré sa sauvagerie, de se faire quelques amis véritables.
Oh! je vois déjà que ce portrait ressemblera !
Enfin , ce que j'avais prévu , Monsieur, et désiré, arriva. Il découvrit une femme à sa guise, une petite veuve tout fraîchement libre, et il nous l'amena pour l'épouser. Ne l'avezvous point connue ?
• — Je ne le pense pas.
Elle vint ici sous la foi des traités finir son deuil avec une confiance et un abandon