CHAPITRE Xt
feu, que j'avais élevé et dressé pour lui. Oh! quels transports de joie ! sa figure rayonna de bonheur dès qu'il me reconnut sur la route; en un clin d'oeil il avait embrassé sa mère pour prendre congé d'elle, et s'était élancé de la voiture. Il m'avait embrassé aussi, et aussi son beau fusil. — Je veux chasser, dit-il. — Mais il fait froid , la bise déra.cine les arbres. — Quel beau temps! mon ami.
Nous ne rapportâmes le soir qu'un pigeon démonté ; mais il avait forcé à la course un lièvre, qui s'était allé perdre dans les étangs, et il avait été si occupé le reste du temps à me parler de ses ennuis studieux, de mauvais dîners et de pédans qui le mettaient aux arrêts pendant les récréations , qu'il ne s'était point aperçu du chemin que nous avions fait. — Dieu ! que je souperai fièrement ! disait-il en approchant du château.
Mais quand on se mit à table , il était si lâtigué , que l'appétit lui fit défaut. Il s'endormit sur son assiette. J'allai le coucher dans sa petite chambre , la même où nous voilà ,
340 LA TBRRB NATALE.
Monsieur ; il la regarda un mument avec amour , reconnut ses meubles , toucha ses premiers livres et me dit :
— Adieu , mon vieux : je n'entendrai donc . pas demain la cloche ! je pourrai reposer, rêver tout mon soûl; je veux me griser de sommeil , me venger des réveille-matin. Je veux m'en donner comme le désira toute sa vie le dormeur La Fontaine. Ami , laisse-moi ouvrir les yeux naturellement, et tout seul. Tu ne me réveilleras pas demain matin.
Quand il fut grand , et qu'il eût perdu sa mère, il essaya beaucoup d'idées : il voulut , comme on dit, prendre un état, malgré les avantages de sa fortune. M. Stanislas entra d'abord dans les gardes du corps du comte d'Artois ; il espérait bien qu'on aurait la guerre , et il m'avait promis de m'emmener contre les Prussiens et les Russes; mais dès ce temps-là. Monsieur, c'était comme à présent, à qui ne tirerait pas le canon de peur de faire trembler la terre, et le roi de France aimait déjà mieux avaler des couleuvres que