‹ LéoChapitre 2 sur 157 · CHAPITRE I. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. S

marche assez capricieusement divergente. Il errait pour dissiper sa colère et pour faire évaporer son ennui.

L'imprévoyant jeune homme ne paraissait pas, sur les premiers symptômes de cette indépendance toute sauvage , destiné à faire jamais mentir le proverbe qui prédit la mauvaise fortune aux artistes. Du reste , il était doué de dispositions précieuses et rares. Le masque chez lui était noble, la taille élevée; et si son chapeau porté un peu trop en arrière avec de larges bords, si ses cheveux dispersés comme par une tempête laissaient découvrir un front soucieux , si son œil penseur tenait à la fois de la mélancolie et de la conspiration , entre ses moustaches brunes, près de son collier de barbe touffue , il éclatait parfois un rire blanc , plein de franchise et de candeur. Toute cette ligure était intelligente et forte. Elle n'annonçait pas un de ces enfans du siècle , caducs avant d'avoir vécu , fanfarons de désillusions et d'amour de l'or : les uns, prétendus génies, désireux de réussir beau-

4 X,A PIROGTTE.

coup plus que de bien faire ; les autres, doctes impuissans qui jugent au lieu de produire. L'émulation de ces derniers, c'est l'envie : leur goût, c'est le dégotit. Le naïf me'content était une de ces plantes nées sous un ciel de province, élevées dans la solitude et qui viennent fleurir aux premiers rayons de l'émulation parisienne. Celles-là s'épanouissent au milieu d'un monde , peut - être corrompu , mais qui du moins les comprend : car les esprits qui ressentent l'enthousiasme sont propres seuls à l'inspirer.

A vingt-deux ans , Arnold Ferrier restait jeune encore. Susceptible d'excitations toujours désintéressées, il conservait la généreuse faculté de pouvoir être dupe. Jusqu'à ce jour, il n'avait profané sa vie dans aucune antichambre ni dans aucune académie. Il s'était promis de suivre son naturel en toutes choses.. Il ne savait pas , il ne devait jamais savoir comment dans le monde on excuse le vice , pourquoi on pardonne à la bassesse. Plein du sentiment d'une équité rigoureuse, il s'était

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