ACTE II, SCÈNE III
Si la triste Léocadie A mérité les maux dont elle est poursuivie ?
( La musique cesse peu à peu. ) PHILIPPE.
Parle, je t'écoute!...
Oui... toi seul peux m'entendre et nous venger... 11 y a quatre ans , tu partis pour l'armée ; tu nous laissas, près d'ici , dans le petit village de Riélos , dont le château avait appartenu à nos ancêtres. Un soir... funeste souvenir ! c'était la veille du jour où ma tante me fut ravie... tremblante pour elle , privée de tout secours , je ne pensai ni à l'éloignement ni à l'obscurité de la nuit ; je m'enveloppai d'une mante ; et seule , à pied , je courus à la ville voisine. Déjà j'en approchais , j'étais dans la grande prairie , auprès de cette chapelle qae mon père avait fait élever pour remercier le ciel de notre naissance , lorsque j'entends les pas d'une nombreuse cavalcade : c'étaient de jeunes seigneurs qui sortaient de la ville ; leur désordre , leurs bruyans éclats de \ oix , tout me fit présumer qu'ils n'avaient plus leur raison. Je retournai sur mes pas , afin de les éviter; mais en vain. Ils m'avaient aperçue, car ils s'écrient : C'est elle , c'est la fugitive... Ils courent sur mes traces , m'entourent ; l'un d'eux me saisit , m'enlève dans ses bras...
PHILIPPE
Les lâches !.,.
La frayeur , le désespoir , m'avaient ôté l'usage de mes sens... mais prête à quitter la vie , ma der-
nière pensée fut pour toi, mon frère, que j'appelai à mon secours...
I PHILIPPE
O fureur !.J^
Et toi aussi , mon père , j'invoquais ton nom., je te suppliais de me .protéger.... liéias.... tu ne m'entendis pas !!!...4Et quand je revins à moi.. 4 cette nuit qui m'environnait encore... cette maison, cet appartement inconnus, tout m'apprit que la mort était désormais mon seul espoir !.t à genoux, j'implorais le trépas... lorsque soucfein retentit à mon oreille un cri douloureux, un cri déchirant que je crois entendre encore : Dieu! ce n'est pas elle!., et l'on s'élance hors de Tappartement.
PHILIPPE
O ciel ! quel est ce nouveau mystère !...
Restée seule et dans l'obscurité... je lais quelques pas... je me trouve près d'une croisée... je l'ouvre , et une faible lueur vient éclairer les Heux où j'étais... je regarde... For et la soie étincelaient de toutes parts... Je tois encore ces tableaux, ces tapisseries... oui , je les vois , je les reconnaîtrais... A côté de la cheminée, brillait un médaillon attaché à une chaîne d'or... je ne sais quelle idée m'inspire , et me dit qu'un pareil indice peut un jour servir à nous venger... je m'en empare... je le cache dans mon sein , je cours a la croisée... des rideaux que j'y attache , m'offrent un moyen de fuite ; en ce moment j'entendais les pas de plusieurs personnes... je voyais briller des flambeaux -je m'élance... éperdue....