ACTE ï, SCÈNE IV. i
LÉOGADIE , avec émotion.
Oui., oui , mon ami...
CRESPO , parcourant les papiers.
Qu'est-ce que je vois doue là dans votre acte de naissance... le... le comte de Dénia.
, . PHILIPPE , froidement.
C'était mon grand-père !
CRESPO, étonné.
Hein... et le chevalier de Léiras.
PHILIPPE , de même.
C'était mon père.
CRESPO , ôtant son chapeau.
Il serait possible !... votre propre père... à vous,
Philippe ?
PHILIPP3E
Et pourquoi pas? Qu'j-a-t-il d'étonnant?
Dans ces temps de troubles et de révolutions , attaché à un parti malheureux , il est mort dans i'exil et dépouillé de ses biens. Je suis resté , à quinze ans, sans appui, sans ressources^ protecteur de ma sœur et d'une vieille tante, notre seule parente ; que pouvais-je faire ? Mendier des secours en parlant de mes ayeux ?... Non ! mon père m'avait laissé son épée ; c'était son seul héritage; je m'en suis montré digne. Je me suis fait soldat ; j'ai servi mon pays... je crois du moins que ce n'est pas déroger!
SANCHETTE, sautant de joie.
Quoi? VOUS êtes noble! ah! que je suis contente!
PHILIPPE
Eh ! qu'est-ce que cela te fait ? Qu'est-ce qu'il t'en reviendra? Quand on est sans fortune, quand on n'a rien pour soutenir son nom , il vaut mieux
i4 LÉOGADÎE.
ne pas s'en parer ; et c'est ce que j ai fait. Nourri dans les caimps , éievé au milieu des armes, jje ne serai jamais qu'un soldai ; c'est mon lot. Eh bien! j'en suis fier et content... je ne demande pas autre chose. Je m'alhg à celle que j'aime , à une famille vrhoîînétes gens ; et pourvu que ma sœur Léocadie soit aussi heureuse que moi , rien ne manquera à mon bonheur.
CRESPO
Mon cher ami L.. mon cher neveu! Et, ditesmoi... Monseigneur en est-il instruit ?
PHILIPPE
De ce matin seulement ; car il a fallu aussi lui confier une partie de ces papiers, et je ne reviens pas encore de sa surprise et de sa joie. « Quoi ! » Philippe , s'est-il écrié , toi et ta sœur vous avez » de la naissance ! vous êtes d'une famille noble ! )) si tu savais quel plaisir me fait cette nou- » velie... » Et en effet, il avait un air rayonnant... Je vous demande ce que ça peut lui faire ? car , d'ordinaire il n'y tient pas. Au régiment , il traite tous ses soldats en camarades ; et au feu , il est toujours à côté d'eux , quand toutefois il n'est pas en avant.
CRESPO
C'est égal... Monseigneur a raison ; et je suis de son avis. Ce cher Philippe... je suis ravi de cette alliance... Par exemple , vous me permettrez de mettre dans dans le contrat... Philippe de Léiras... c'est de rigueur ; et puis : Philippe de Léiras , neveu d'un alcade... ces deux phrases là vont bien ensemble !