INTRODUCTION XXVII
Allemands tels qu'ils étaient et tels qu'ils sont, abjects et épouvantables. Pourquoi ce volume, réimprimé récemment, n'est-il pas dans toutes les mains françaises ?
Je parlerai plus loin des livres écrits depuis notre rencontre en 1901.
A cette époque, avait déjà paru le meilleur de cette œuvre énorme, variée, pittoresque, pleine de cris de révolte ou d'enthousiasme, faite d'ingénuité et de profondeur, inspirée par la souffrance et pourtant saine d'un inaltérable et sublime optimisme.
On l'a déclarée inclassable. Au seul point de vue littéraire, il n'est pourtant pas impossible de la situer.
Léon Bloy, en effet, appartient à la génération qui suivit immédiatement le romantisme et il est lui-même un romantique comme le sont tous les écrivains ayant, à la même époque, une certaine valeur. Il est romantique comme le furent Barbey d'Aurevilly, Baudelaire, puis Villiers.
Il a, comme eux, la recherche constante des images et, Remy de Gourmont l'a remarqué il y a longtemps (1), personne n'en a trouvé aussi abondamment que lui.
Quand la poésie devint toute intérieure et que s'éteignit le lyrisme, on n'admit pas que l'on pût dire, comme il a fait dans Le Fils de Louis XVI : Les yeux bleus de la monarchie française.
En revanche, J.-K. Huysmans, à la recherche d'épithètes californiennes, frémissait de joie devant cette phrase écrite par Bloy, à propos d'A rebours:
(1) Le Livre des Masques: Léon Bloy.
(( ... Son expression, toujours armée et jetant le défi ne supporte jamais de contrainte, pas même celle de l'Image qu'elle outrage à la moindre velléité de tyrannie et quelle traîne continuellement par les cheveux ou par les pieds, dans l'escalier vermoulu de la Syntaxe épouvantée.
On dit que Huymans, plusieurs heures après avoir lu cette phrase, s'en allait répétant : (( ... l'escalier ver-mou-lu de la syntaxe épouvan-tée... »
Dans les livres de début de Léon Bloy, les quelques défauts de goût que l'on rencontre, et qu'il a d'ailleurs sentis, sont des défauts romantiques ; il y a au commencement du Désespéré toute une histoire d'enfant perdu et aussi l'épisode de Véronique se faisant arracher les dents, purement mélodramatiques. Enfin certaines Histoires désobligeantes sont également entachées d'inventions à effet que la beauté du langage rend d'autant plus apparentes.
L'auteur sut se défaire vite et complètement de ces abus romantiques. On n'en trouve plus dans La Femme pauvre que Léon Bloy jugeait avec raison comme étant bien supérieur aux deux livres précédemment nommés.
Il aimait le lyrisme pourvu que le sujet du poème ne fût point sentimental. Des poètes qu'il avait lus je ne lui ai jamais entendu citer que Baudelaire et Hugo.
Il méprisait profondément Alfred de Musset.
Un jour que je lui disais de s'entraîner par la pensée, avant qu'il partît pour un voyage qui lui semblait devoir être extrêmement pénible, il se mit à dire, très doucement :