INTRODUCTION
Léon Bloy est né à Périgueux, le 1 1 juillet 1846. Ce que fut son enfance, lui seul aurait pu nous l'apprendre, mais c'était un sujet dont il n'entretenait pas volontiers ses amis. Il était encore tout enfant, lorsque ses parents durent s'étonner de ses violences et de ses larmes. Car il pleurait souvent de terreur à la seule idée qu'il avait des condisciples et des maîtres, de ravissement à la vue du soleil d'avril et des pommiers en fleurs et aussi sans cause, simplement parce qu'il était doué de profondeur et de mélancolie. Son père était libre-penseur. L'enfant, quoiqu'il fût d'un naturel peu sentimental, trouvait auprès de sa mère, très chrétienne, un réconfort à sa tristesse et les pratiques religieuses avaient pour lui de l'attrait.
Ce futur champion du catholicisme fut catholique dès son enfance et, si, un peu après sa vingtième année, l'admiration qu'il avait pour Barbey d'Aurevilly le fit s'éprendre davantage de piété et de prosélytisme, il n'y eut point là de conversion, mais le simple développement de principes qui avaient toujours été les siens.
« Je n'ai pas eu de succès auprès des catholiques, disait-il, parce que n'étais pas un converti ! »
Au lycée de Périgueux, ce furent d'inconcevables batailles. Léon Bloy revenait chaque jour couvert de sang, quand on ne le rapportait pas aux trois quarts assommé.
Son père, homme rigide et très épris des théories de son époque concernant l'éducation, dut le retirer dès la quatrième, se demandant avec une inquiétude grandissante ce qu'il adviendrait d'un fils auquel tout contact social semblait impossible et qui, d'ailleurs, ne faisait aucun progrès, incapable de s'assujettir à des travaux réguliers.
A dix-huit ans, Léon Bloy déclara qu'il voulait être peintre et manifesta des dons étonnants qui eussent dû être révélateurs de son génie et n'inspirèrent que la méfiance et la désolation.
La maison paternelle, appelée Le Fenétreau, était située dans un faubourg de Périgueux, le faubourg Saint-Georges, où serpente une petite rivière, l'Isle; les premiers dessins de Bloy sont la reproduction de vieux saules qui bordent l'Isle; la plupart de ces dessins sont remarquables et contiennent, très apparentes, les qualités qui seront celles de l'écrivain. Après bien des hésitations, on consentit à ce que le jeune homme entrât chez un architecte qui collaborait alors à la construction de la gare d'Austerlitz. C'était une manière de concilier la culture pratique et les goûts artistiques de Léon Bloy. On lui permit même d'entrer à l'atelier de Pils où les scènes du lycée de Périgueux faillirent se renouveler tragiquement, Bloy ayant décidé de se défendre des brimeurs un couteau à la main.
Au bout d'un an, il avait quitté le bureau de l'architecte et l'atelier du peintre. Il entra alors chez un avoué.