INTRODUCTION XIII
Il s'ennuyait, ne se laissait séduire par aucune des distractions parisiennes, profitait d'une forte réduction accordée par la Compagnie d'Orléans à ses employés pour aller à Périgueux tous les dimanches, embrasser ses parents, s'imposant deux nuits de trajet en chemin de fer.
Ses idées étaient souvent en contradiction avec celles de son père. Cet homme méticuleux ne lui ménageait pas les conseils. Il lui écrivait, à la date du 20 juin 1864, la lettre suivante. On y devinera aisément l'esprit tatillon dont Bloy, artiste sans nuances, ne pouvait guère s'accommoder :
Mon cher Léon,
Je ne veux pas tarder à répondre à ta lettre.
Nous attendions de tes nouvelles avec une impatience dont tu ne peux te faire une idée exacte. M. P... m'a bien dit qu'il t'avait vu deux fois, mais cela ne nous avançait guère.
Je suis bien heureux de tes bons rapports avec M. Leroux. Ils deviendront meilleurs encore lorsque tu feras mieux que tu ne peux faire. N'oublie donc aucune de ses recommandations, écris-les même, fais attention à ce qui se passe autour de toi et fais-en ton profit ; sois complaisant, attentionné pour tous ceux qui travaillent avec toi.
S'ils sont gais et te raillent, ris plus fort qu'eux, mais ne riposte qu'à armes courtoises. S'il y en a quelqu'un qui te soit peu sympathique, assure-toi si tu n'as pas quelque tort, même involontaire, si cet éloignement est motivé. Borne-toi à être réservé avec lui, dans tes complaisances, mais reste toujours poli à son égard. Tu mettras ainsi tout le monde de ton côté et le plus souvent
même, ce petit ennui reviendra à résipiscence. Tu tiens ton journal, sans doute. Tiens-moi au courant de tes progrès de toute nature et dis-moi même les éloges et les réprimandes qui te sont faits. Ma parfaite connaissance d'un détail facilitera les observations que je pourrai te faire et mes conseils sur ce que tu as à faire pour te perfectionner.
Je n'ai pas le temps d'écrire à Mme L..., dont je désire que tu sois connu, mais au premier loisir, j'écrirai à cette bonne et excellente dame dont tu te souviens, je pense.
Il n'y a rien de nouveau dans ma position. Je viens de voir M. Krantz qui te blâme de ne l'avoir pas abordé. Ta mère est ici et toujours souffrante. Je n'ai pas encore reçu des nouvelles de Paul. Je pense que tu lui as écrit. Georges croit toujours qu'il entrera à l'école d'Angers. Ta tante, Marc, Henri, Jules sont tels que tu les as quittés.
Dis-moi comment est divisé ton temps à l'école, ce que tu y fais, avec détails. Dis-moi ce que tu fais au bureau, les difficultés que tu as rencontrées.... etc.
Tu as à t'occuper prochainement de ton mobilier. Songes-y à t 'avance et prends le plus vite possible possession de ton logement. Achète d'abord et par ordre l'indispensable et, une fois installé, complète-le suivant le nécessaire, puis le confort qui est nécessaire aussi pour qu'on puisse aimer le nid qu'on a choisi.
Adieu, mon cher enfant, je m'arrête car ta mère s'est réservé une demi-feuille. Souhaite le bonjour de ma part à M. Renaud et si, comme je le pense, tu fais bientôt une visite à Mme Renaud, présente-lui mes respects.