‹ Léon Bloy (volume 2)Chapitre 7 sur 18 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

A ceux qui passent dans la vie, satisfaits et la conscience vacante, il crie :

Misérable, ne sais-tu pas que tu as une âme immortelle, et que cette âme même contient un abîme de mystère!

Chacun a son gouffre qu'il ignore, qu'il ne peut pas connaître (i)...

Le désir d'atteindre les âmes avec ses livres devint pour Léon Bloy comme le but unique de sa vocation. Dans la Femme pauvre, parue en 1897, il se montra artiste génial et alla jusqu'à écrire :

... Je ne suis pas un artiste... Je suis pèlerin du Saint Tombeau. — Les deux inimaginables n'ont pas d'autre emploi que de marquer la place d'une vieille pierre où Jésus a dormi trois jours.

Né pour ma désolation indicible dans un fantôme de siècle où cette notion rudimentaire est totalement oubliée, pouvais-] e mieux faire que de ramasser le bâton des vieux voyageurs qui crurent à l'accomplissement de la Parole de Dieu (2) ?

Les gens du siècle n'entendirent pas le vociférateur qui redoubla de violence.

Voulant briser toutes les idoles, il attaqua toutes les réputations. On se vengea de lui en continuant de l'affamer : il devint pauvre.

A partir de ce moment, la comparaison avec les autres poètes, avec Baudelaire, par exemple, n'est plus possible.

Léon Bloy est un dandy à rebours qui se

(1) Lettre inédite.

(2) La Femme pauvre, p. 225.

glorifie de ses habits en guenille. Il connaît la volupté de la sonffrance acceptée pour l'amour de Dieu : « Tout ce qui arrive est adorable, écrit-il, et je suis brûlé de larmes ! »

Il est décidément déclaré impossible, incompréhensible et de plus il insulte de son attitude non seulement les indifférents ou les triomphateurs, mais leur seul et véritable dieu, la richesse.

On le détesta.

La pauvreté devint pour Léon Bloy la misère, une misère affreuse qui le força à mendier.

Son Journal, qui comprend sept volumes, est fait de l'histoire de ses tribulations infinies. Dans ses notes au jour le jour, l'écrivain ne perd rien de ses qualités. Chose curieuse, ce seront ces pages avec lesquelles le gros public viendra à lui, celles qui lui ont procuré les quelques milliers de lecteurs qu'il avait depuis dix ans.

Car il faut le dire, si sa misère fut réelle, sa déréliction ne fut pas absolue. Aux cris qu'il poussa devant la foule, quelques êtres s'arrêtèrent pour l'écouter.

En 1890, il avait épousé la fille du poète danois Christian Molbech et non seulement cette chrétienne admirable sut partager et atténuer ses souffrances, mais elle comprit l'œuvre de Léon Bloy et donna à celui-ci cette admiration exclusive et exempte de restrictions dont il avait soif.

Aux quelques fidèles qui vinrent se joindre à sa femme et à ses filles pour mettre leur âme à l'ombre de son âme, Léon Bloy parla plus particulièrement du mystère :

Pénétré, hanté, possédé de la certitude que tout est mystérieux, hommes et choses, parce que

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