‹ Léon Bloy (volume 2)Chapitre 6 sur 18 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

supposer que les milieux intellectuels pourraient fournir, sinon à son âme, du moins à son esprit, une sorte de refuge ou de délassement, il y entra hardiment pour s'enfuir tout aussitôt non sans avoir laissé paraître un mépris que beaucoup ne lui ont jamais pardonné.

Dès lors, il a des ennemis, la dernière phrase de la dédicace citée plus haut s'explique, il croit à la nécessiué de se forger des armes offensives et défensives. Le pamphlet devient pour Léon Bloy la seule forme sous laquelle se puisse concevoir le journalisme.

Il y montre des qualités inconnues avant lui, une verve d'une incomparable puissance, une manière de rapetisser l'adversaire lequel apparaît incapable d'une réplique, situé désormais dans une posture ridicule et dangereuse.

L'ensemble de ces articles, parus presque tous au Chat Noir, forme deux volumes : Les Propos d'un entrepreneur de démolitions, et Belluaires et Porchers, auxquels il faut ajouter une petite revue, Le Pal, qui n'eut que quatre numéros (1885).

Le premier des deux volumes fut publié en 1884, immédiatement après Le Révélateur du Globe, et le second beaucoup plus tard, en 1905.

L'auteur était, à l'époque de ses premiers livres, admiré de quelques lettrés seulement, mais admiré avec passion. Il se dit que le pamphlet lui avait en partie réussi et qu'avec un redoublement de force et d'énergie il atteindrait peut-être à un succès moins restreint. Et il introduisit le pamphlet dans le roman avec Le Désespéré.

Ce livre, dans dix ans, ne paraîtra sans doute pas aussi terrible qu'il nous paraît aujourd'hui et surtout qu'il parut à ses premiers lecteurs :

(( Ce n'est, m'a dit Léon Bloy, qu'un paquet de broussailles enflammées. »

Quoi qu'il en soit, Le Désespéré est encore le plus connu des livres de l'auteur, qui s'y montra pour la première fois avec ses qualités particulières d'écrivain catholique.

C'est avec cette autobiographie qu'il commence, selon sa parole, à jouer de son âme comme d'un violon surnaturel et jamais on n'avait entendu musique aussi douloureuse.

A la souffrance du poète va s'ajouter une autre souffrance. Léon Bloy ne voit plus que les âmes : son âme et les âmes des autres hommes. Sa colère devient, selon sa propre expression, l'effervescence de sa pitié et il va manifester par des livres qui seront des actes ce qu'il sait être sa mission.

Dans une lettre inédite, écrite il y a six ans, je copie ceci :

On t'a sans doute parlé de la Communion des Saints, mais sans t' expliquer qu'appartenant à Jésus-Christ comme un membre essentiel de son Corps divin, étant dès lors non seulement participant mais identifié, c'est-à-dire Dieu lui-même en cette manière et Dieu rédempteur, il y a des créatures humaines en nombre inconnu qui dépendent de toi, devant être secourues et sauvées par toi.

La Communion des Saints, antidote ou contrepartie de la Dispersion de Babel, atteste une solidarité humaine si divine, si merveilleuse, qu'il est impossible à un être humain de ne pas répondre de tous les autres, en quelque temps qu'ils vivent, qu'ils aient vécu ou qu'ils aient à vivre...

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