‹ Leon drame en cinq actes et en proseChapitre 13 sur 52 · LE COMTE , M- DE LINIERES · texte numérisé non relu

LE COMTE , M- DE LINIERES

LE comte. C’est sans doute à M'"* de Linières?..

M DE LINIÈRES, saluant. Oui , monsieur le comte. ( A part, avec étonnement.) Il ne me reconnaît pas.

LE comte. Pardon , madame , si e me présente ainsi sans avoir l’honneur d’être conuu de vous.

table et une sonnette, A gsuchc de l’actcor.

lt“* DE LINIÈRES, à elle-même aoec amertume. Je suis donc bien changée !

Lecomte. Mon nom était mon passeport... Vous connaissez , de réputation au moins, les d’Ai maillé?

M" DE linières. Non , monsieur le comte.

LE comte. Vous n'avez pas de parensà la cour... au service ?

M m> DE LINIÈRES. Aucun.

lecomte. Alors, cela se conçoit... Vous êtes la tutrice d’une jeune demoiselle qu'on dit fort intéressante ?

M"* DE LINIÈRES, avec un peu d'ironie.

Et à laquelle vous faites un procès bien injuste ! ( A part. ) J 'ai peine à me soutenir.

LE COMTE , apercevant son embarras.

Qu'avez-rous donc , madame ? vous êtes pâle, agitée... seriez-vous souffrante?., je me reprocherais d'avoir choisi un moment qui me parait inopportun.

M" 1 ' DF. LINIÈRES, se remet ant. Ce n'esl rien... rien!., un souvenir pénible... qui m'a oppressée un instant!..

LE COMTE. Eh ! qui n’a pas eu dans sa vie quelques-uns de ces jours dont le souvenir cruel pèse sur toute l'existence ?

M* 1 ' DF. linières. Quoi! monsieur le comte, vous aussi ?..

LE comte. J’ai perdu une femme que j’aimais...

M“ c DE LINIÈRES , avec intérêt. Il y a long-temps ?

LECOMTE.il y a deux ans. .. ma femme., la princesse d’Adémar... alliée aux maisons souveraines de Naples et du Piémont... personne extrêmement distinguée par sa haute naissance...

de linières. El c’est laseulc perte?...

LE COMTE. La seule... Ali! madame!, vous voyez le plus malheureux des lioin-

LÉON

mes... La princesse m'avait donne trois fils... qui devaient continuer l'illustration de leur race, et transmettre mon nom à leur s descendons... je les ai perdus... ils sont morts I

M'"’ DE LIMÈRES. Morts!., tous trois!..

LE COMTE. Oui , madame : et dans quel moment ! au moment où j’avais obtenu de sa majesté que mon lils joindrait à mon nom celui de sa mère, et que le roi de Sardaigne lui conférerait la dignité de prince! ce sont là de ces mallieurs dont un père ne peut jamais se consoler.

M“* de LlMÈnES , à paît. C’est le prince et non le fils qu'il regrette!

LE comte, lit voilà comme les grandes maisons disparaissent... comme les noms historiques s'effacent.... Un homme du peuple se verra reuailre dans uue suite d’enfans qui perpétueront l'obscurité de son uoin jusqu'à la dixième génération !..

et nous autres !.. La Providence devrait y regarder à deux fois quand ses coups s'adressent à nous!.. Heureusement , il lue reste un neveu.

M m * de limèdes. Un neveu !

LE COMTE. Qui héritera de mes biens...

de mes titres. 11 est si cruel de voir s’éteindre un nom illustré pnr une longue suite d'aïeux!..

M"" DE LlMÈnES, tristement. Oli ! oui ; il est cruel de perdie toutes ses illusious !.. cela fait bien souffrir !..

le comte. J'ai la parole du roi, car cette adoption a été eu pallie le but de mon voyage. Mou iutenliou est de marier, le plus tôt possible, mon ueveu , afin d’avoir l’assurance que mon nom ne mourra point avec moi. Dans ma position, je pourrais lui choisir une femme parmi ies maisons princières de France, d’Allemagne, d'Italie... ce serait en quelque sorte un devoir... mais je vous l'avouerai, madame, j’ai jeté les yeux sur votre pupille.

M m> DE limères. Sur Euplirasie?. mais, monsieur ..

LE COMTE, sowiant avec orgueil. Oh ! je sais tout ce qu’il y a de distance entre la famille de Courbou et la mienne... mais quand je l'oublie... personne n'aura le droit de s’en souvenir... M 1 '* de Courbon ne peut manquer d’élre bien élevée , d’avoir des sentimens conformes à son rang.

M”' de limères. Je reçois avec beaucoup de reconnaissance l'offre que vous voulez bien me faire ; ma pupille est di-

E ne, par sa naissance, par scs qualités , du aut rang où vous désirez la placer. Elle sera l'ornement de la famille qui aura le bonheur de la posséder ; mais , monsieur

le comte, consentir au nom de ma pupille à ce mariage, ne serait-ce pas abuser de mes droits sur elle?., lie serait-ce point renier lus siens à l'héritage que vous lui couleslez... et reconnaître la justice de vos prétentions sur des biens qui u’out pas eucore cessé de lui appartenir ?

LE COMTE , avec un orgueil aimable.

Pardon , madame , c'est moi qui , par ce mariage, abandonne mes droits au profit de ceux de M 11 " de Courbon... C'est un sacrifice que je m'impose... sacrifice bien doux , qui contribuera au bonheur de mon ueveu ainsi qu'à la fortune de votre pupille,

M"" de limères. Monsieur le comte, quand deux personnes plaident l'une contre l'autre, chacune croit son droit fondé, et c’est la position dans laquelle nous nous trouvons tous les deux.

LE comte , avec humeur. Un homme comme moi n'élève que des prétentions justes, incontestables.

M”' DE LlMÈnES. Un homme comme vous, monsieur le comte, peut aisément s'aveugler!., personne ici-bas u'est infaillible. Çrleec amertume. ) Nous nous abusons si étrangement dans les choses qui nous intéressent... il nous arrive si souvent de nous tromper dans les jiigcmens que nous portons des choses et des hommes!.. J'ai ici mon avocat, permettez que je l’appelle, que je le consulte devant vous... J’ai besoin d’être éclairée moi-meme sur l'étendue ou la limite de mes droits de tutrice.

le comte. Appelez, consultez votre avocat, madame...

M me DE LIMÈRES, sonne un domestique ; le dame s tique parait. Priez M. Palru de venir me parler.

LE COMTE. Je suis fàclié de n'avoir pas aussi le mien.

M"' DE LIMÈRES. Celui-ci est un honnête homme .. sa réputation est tellement établie... qu'une cause esta moitié gagnée quand il la plaide. Le voici.

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