PATRU, LÉON
patru. Monsieur Léon, M“’ de Linières a désiré que j'acceptasse la mission de vous défendre ; parlez-moi donc avec confiance : nous autres gens du barreau nous avons besoin de tout savoir, car d'ordinaire, nous ne faisons qu'un avec nos cliens.
LÉON. Monsieur, je vous dois la vérité, et je suis prêt à vous la dire ; mais quelle que soit votre détermination, après m’avoir entendu , prometiez-moi de ne rien révéler à M“* de Linières, de ce que je vons aurai confié.
patru. Je vous le promets.
LÉON. Je lui dois tant, et j’ai si mal reconnu les bienfaits dont elle m’a comblé!
patru. M m * de Linières m’a toujours parlé de vous dans les meilleurs termes.
LÉON. Aussi, je l’honore, je la respecte, j’aurais donné mon sang pour elle ; mais, monsieur, pauvre, sans famille, je ne devais pas aimer M 11 ' de Courbon ; c’est cet amour qui m’a perdu... que disje?.. ah! quand Euphrasie n’eût été pour moi qu’une étrangère... j’aurais agi de même, je me serais placé entre elle et le misérable dont elle supportait avec bor-
LÉO*
reurla présence, j’aurais imposé silence à son insolent questionneur.
patru. Remettez-vous.
LÉO*. L'impudent!., mais s'il était là, je crois que je m'oublierais encore.
PATnu. C'est vousqui l'avez frappé?
LÉON. Ah! vous aussi vous l'eussiez fait comme moi, et peut-être, malgré votre âge et vos cheveux blancs , n’auriez-vous pas eu ma patience, mon courage... le lâche!
il m’insulte., et quand je lui en demande raison... il m^répond par une insulte nouvelle.
patru. Et vous avez eu le malheur de vous faire justice à vous-même.
LÉON. On m’apprend qu’il revient de Marly... je me place à l’entrée du bois...
je l'aperçois de loin. . . je vole à sa rencontre... je me jette à la tète de son cheval... je l’arrête... oh! je ne rougis pas de l’avouer. .. le misérable cherchait à me faire lâcher prise , à l’aide des éperons dout il était armé. Insensible à la douleur, je le saisis à bras le corps , je l'arrache de dessus son cheval, et une fois à terre, je le force à me suivre. . . oh ! nulle puissance au monde ne l’aurait arraché de mes mains. Et quand nous nous sommes trouvés face à face , qu’en tirant mon épée hors du fourreau, je lui ai crié de se défendre... que je l’ai prié , supplié de se mettre en garde , c’est par le refus le plus humiliant qu’il a répondu à ma prière... me battre contre tin bâtard !..
(Un cri etoafle bc fait entendre dans nn cabinet du côte de Pair U.)
patru, à pari. Ah ! elle nous écoute.
LÉON t qui n'a rien entendu. Le sang m'étouffait... il me sortait par les yeux, par les oreilles... et plus je m’efforçais de paraître calme , plus l’insolent prenait à tâche de me prodiguer les épithètes les plus viles, les injures les plus outrageantes... et comme je restais muet , immobile devant lui, stupéfait de tant d'audace et de lâcheté... l’infâme... il a profité du moment où je détournais mes regaids de lui pour me frapper du pommeau de son épée..... ah !
Dieu m’en est témoin! je n’ai pas été maître de moi...
patru, avec anxiété. Eh bien !
Léon. Je l’ai tué.
PATRU, altéré. Tué !
LÉON, très-froidement. Oui, je l'ai tué.
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