DOMINIQUE, M-* DE LINIÈRES
DOMINIQUE. M 11 ' Euphrasie m’a dit que madame désirait me parler.
M" ,r de linières. Oui... oui... asseyezvous , Dominique.
Dominique. Moi !.. m’asseoir devant vous... Ah! madame!..
M”* DE unières. Asseyez-vous, je vous én prie.
DOMINIQUE, s’asseyant sur U boni du fauteuil. Ce que j’en fais , c'est pour vous obéir.
M'"' DE UNIÈRES. Ah! mon pauvre Dominique, je suis bien malheureuse !..
Dominique. Ah ! oui, madame! ..je comprends bien . . .
M** DE UNIÈRES. Et cependant on dit que tu veux me rendre plus malheureuse encore.
DbMlNlQUE. Vous Taire delà peine?..
Dieu me garde d’une aussi mauvaise pensée !
M"' DE linières. Tu ne le voudrais psint, n’est-ce pas?
Dominique. Non, certainement que je ne le voudrais pas, et bien du contraire., si je pouvais vous être utile en quelque chose... après tout ce que vous avez fait pour moi, pour mes enfans.
M”' de linières J'étais bien sûre que l’on m’avait trompée.
DOMINIQUE. Mais il faudrait donc que
J ’e n’eusse pas d'entrailles... qtle je fusse e plus ingrat des hommes... moi! mais s*tt ftttsit tnoh sang, ma vie pour Vous...
M m ' DE UNIÈRES , vivement . Tu les donnerais!..
DOMINIQUE, avec amc. Ah! de grand .
cœur !...
M“* de UNIÈRES, doucement. Alors tu ne me refuseras pas le service que je viens te demander... Ecoute, Dominique: le commissaire an Châtelet qui vient d'arriver dans l’hôtel , a mission d’interroger tous les gens de ma maison; il est maintenant atec une partie de tes camarades...
ton tour viendra bientôt.
Dominique. Eh! mon Dieu! oui....
comme les autres.
M“ e DE LINIÈRES , avec embarras. Que lui diras- m ?
DOMINIQUE , simplement. Moi !... la té* ri té!
M” DE LINIÈRES, effrayée. La vérité...
malheureux!... ah! ti tu avais l’impru-
dence de répéter devant le juge les paroles que tu as confiées à Euphrasie , nous serions perdus.
DOMINIQUE. Pourtant, madame.... a’it me demande ce que je sais... ce que j'ai vu?...
M'”’ de linières. Tu ne sais rien j tu n’as rien vu , rien entendu , tu n’as pas bougé d'ici.
Dominique. Le 'suisse, devant qui j’ai
passé pour sortir.
M** de linières. II ne t’a pas vu!
Dominique. Et les gens de ma connaissance, qui ont pu me Voir dehors.
M“* de linières. Personne n'a fait attention à toi.
Dominique. Et ceux qui m’ont pari?...
là-bas qui in’ont dit qu’ils recon-
naîtraient...
M“* de linières. Ceux-là se sont trompés... tu ressembles à l'homme auquel ils ont parlé, comme l’homme qu’ils ont vu fuir ressemblait'à Léon... Mais ce n’est ni toi, ni lui... ils se trompent eu croyant vous reconnaître tous les deux... Eli!
mon Dieu! il y a dans Paris tant de gens qui se ressemblent... moi-méine , je tne suis méprise cent fois... j’ai cru reconnaître , de loin, des personnes avec lesquelles j’étais intimement liée, et de près l'illusion cessait... je me trompais.
Dominique Après tout, qûe feraient mes paroles, si M. Léon n'est pas coupable ?
M“* de linières. Eli! non, saiis doute..
il ne l'est pas, il a été provoqué., insulté., il s’est battu... il a fait ce qVi'à xa place tout homme d'honneur aurait fait... mais les lois sur le duel sont si atroces... Le roi est, comme feu son père, sans pitié. ..
sans miséricorde... les gentilshommes des meilleures maisons ont payé de leur vie le malheur d'avoir triomphé dans ces sortes de combats.
DOMINIQUE. Témoin ce pauvre M. de Montmorency et le comte des Chapelles.
m 1 "* de linières. Tu peux sauver ou perdre Léon.
DOMINIQUE. Moi?
M“« de unières. Une parole de toi le perd... ton silence le sauve.
DOMINIQUE, Use Uve. Oh! jeme tâirài !..
tant que je pourrai, car enfin, s’il tne pressait de questions.
xr“ nfe linières. Eh bien?
Dominique. Ah ! je voudrais roui servir et ne pas trahir mes' dèvoirs d’honnPtê homme, de chrétien.
m“ de linières. Tes devoirs de chrétien ! mais ne sont-ils pas d’aimer et de
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secourir Ion semblable, même au péril de ta vie.. Dominique, toutes les preuves sont anéanties .... ton témoignage est , jusqu’à
Î irésent le seul qui puisse apporter quelque umière dans cette malheureuse affaire...
et tu sais avec quelle avidité cruelle les juges accueillent le plus léger indice qui peut conduire un homme à l’échaffaud...
que par suite de tes paroles, le duel soit
prouvé , Léon sera déclaré coupable il
sera condamné.
Dominique. Condamné... lui!., ce bon M. Léon.
M“' de linières. Dis-moi, sa mort rendra-t-elle à la vie le malheureux qui a succombé? changera-t-elle rien à ce qui existe? non ; mais au lieu d’une famille en deuil, il y en aura deux frappées du meme coup... que dis-je?., ah ! moi, je n'y survivrais pas... non , ce n’est pas seulement lui... c’est .moi, moi dont lu causerais la mort.
DOMINIQUE, se rasseyant. Vous! vous!»
ah ! mon Dieu ! mon Dieu !
M~* DE LIN1ÈRES. Dominique, tu as des enfans, tu les aimes... eli bien ! moi aussi, j’aime Léon comme un fils... si Dieu voulait ma vie en échange de la sienne... je lui dirais, prenez-la... et je me croirais heureuse de conserver son existence à ce ce prix... tu es père , tu me comprends, n’est-ce pas, Dominique?., eh bien! je te demande la vie de Léon, je te la demande à genoux.
Dominique. Au nom du ciel, madame, relevez-vous.
(La porte s'ouvre avec violent*; l'exempt paraît.)
l’exempt, d’une voix ferme. Dominique! (A ce mot, M de Liniires se lève dans la plus vive agitution.) Il ne reste plus que vous à interroger.
(Dominique ae lève tont tremblant ; il parait limiter... il lève Ira yeux au ciel. Les regarda de M”** de Linières sont snpplians : elle craint autant qu'elle espère. La toile tombe.)