CHAPITRE III
Le bonsingot entre daris les affaires politiques.
Comme son chapeau est usé, et que le père n'a envoyé que peu d'argent, le Bousingot achète un chapeau de cuir et devient républicain ; il se pose ennemi des lois et du pouvoir ; il vend son couteau pour acheter un poignard, et ses flambeaux pour un buste de Robespierre ; il met un gilet à la Marat, et, pour faire pièce au gouvernement, il porte la ganse du chapeau plus large d'un bon tiers que la ganse des chapeaux ordinaires.
11 crie alors contre la force armée ; il médit de la police, et jure par la guillotine ; il veut la liberté, mais la liberté absolue, la liberté sans entraves, la liberté de faire du tapage la nuit et d'empêcher tout le monde de dormir, la liberté d'enfreindre les lois, la
liberté de casser les vitres, la liberté de faire des conspirations d'après l'antique ; et s'il advient que la garde municipale s'oppose à ces libertés, il crie : Est-ce pour courber mon front d'homme sous le despotisme que je me suis fait massacrer et couper en morceaux par les Suisses? Est-ce pour être esclave que j'ai jonché la ville de mon cadavre au mois de juillet.
Il fait des tables de proscription, et il inscrit :
1» Le chef de l'Etat;
2» Mon tailleur qui me demande 288 fr.;
3° Tous les ministres ;
4° Tous les partisans du pouvoir, sans en excepter les surnuméraires des administrations;
5° Un restaurant qui ne veut plus me faire crédit ;
6° Et tous les tièdes et les modérés.
Il a le ton tranchant, parle de tout, et jette de temps à autre, dans le discours, le mot liberté en manière de point et de virgule; comme ce curé qui, ayant un missel déchiré, lisait, chaque fois qu'il manquait un mot : Je'swA', sous prétexte qu'il en vaut bien un autre.
Il parle de feu et de sang, de rigueurs salutaires et de guillotine ; mais ne vous effrayez pas, vous lui verriez des larmes dans les yeux si vous vous coupiez le doigt avec son poignard.