‹ Léon SayChapitre 25 sur 83 · Voici lo · texte numérisé non relu

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aurait ainsi réalisé son rêve, qui est de reconstituer la majorité du 24 mai et d'appliquer ou de détruire avec elle l'œuvre du 25 février. Si, au contraire, vous n'engagez pas la question de cabinet et que le scrutin uninominal soit adopté, vous triomphez en commun et vous restez tous aux affaires, mais votre présence nous protège contre la réaction. Si le scrutin de liste l'emporte, M. Buffet s'en va; l'élément centre gauche que vous représentez devient l'élément dominant et le ministère se complète dans votre sens. Réfléchissez à cela, s'il en est temps encore, mon cher Say. » Ces arguments firent sur l'esprit de M. Léon Say une impression très vive; ils ne changèrent pas ses résolutions. Il était toujours décidé à se retirer. Toutefois il n'eut pas à prendre un parti immédiat, le scrutin d'arrondissement ayant été voté par 357 voix contre 326.

Le ministère triomphait, mais M. Léon Say ne se fit pas un instant illusion sur les résultats de cette victoire. Le 29 novembre il écrivait à son oncle :

« La politique est bien triste et je suis bien découragé. Le programme de M. Dufaure était de tout sacrifier à la dissolution ; la dissolution, nous la tenons, mais nous avons bien tout sacrifié.

» J'aspire avec impatience à ma liberté, que je prendrai, sauf incident plus favorable, au moment de la formation du cabinet qui se présentera devant les chambres nouvelles. Je persiste à penser que les choses auraient mieux marché si nous, c'est-à-dire

S$ LEON SA.Y, SA VIE, SES ŒUVRES. [. Dufaure et moi, nous étions retirés après le disours de Stors. Maia je suis bien obligé de boire le in qui est tiré.

■ A mon avis, le centre gauche a commis une grande lute en ne soutenant pas, dans son intérêt de parti, ; scrutin d'arrondissement; il s'est trop laissé dominer ar nos amis de la gauche, avec lesquels il aurait pu éanmoins, j'imagine, rester dans de bons termes, [ais lapasse est le passé, et les choses marchent avec ne terrible vitesse. La dissolution va avoir lieu, et Assemblée nationale a tout au plus vingt-cinq séances

tenir encore.

> Quelles seront les élections, et d'abord celles des ^nateurs nommés par r.\ssembléeî Je crois qu'on e fera pas ce qui s'appelle une liste d'entente, mais lie le groupe Lavei^ne fera imprimer et distribuer ne liste bien faite, qui aura beaucoup de chances de isser. Je pense que le premier tour de scrutin fera assortir uue majorité pour une trentaine de députés 1 centre gauche, après lesquels viendront en premier ing, mais sans le nombre voulu, les députés de k luchc. Après eux, seront quelques membres de la •oite. Les second, troisième et peut-être quatrième urs donneront chacun une dizaine de nominations, ins lesquelles la droite aura beaucoup d'élus : en fin '■ compte, la liste sera formée par moitié des deux linions, comme l'Assemblée elle-même.

« On se plaint de ce que les préfets de Buffet prétrent des listes bonapartistes. BufTet s'en défend très

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riTement, trop même, qiuuid il soutient que les préfets ne s^occupent pas des listes sénatoriales. On a beaucoop parlé des candidatures ofiBcielles de Buffet. On a tort Buffet n^aura pas de candidats officiels, il n'en aura peut-^tre pas assez; ce qui Ta caractériser le mouTement électoral ce sera Tanarchie, les préfets sans instructions, les sous-préfets et les maires faisant de la candidature administrative au profit de leurs opinions particulières.

9 L'Assemblée n*a plus aujourd'hui qu'une pensée, la dissolution, et je ne sais pas comment on pourra roter ce qui reste a voter. H y a des intrigues sans nombre pour se faire mettre sur la liste du Sénat, et les présidents et secrétaires des groupes ont reçu plus de trois cents demandes, à ce qu'on dit, pour les soixantequinze nominations à faire. Ce qui ajoute à l'anxiété, c'est que personne ne sait, tant que les soixante-quinze ne seront pas nommés, qui on aura pour concurrent dans sa circonscription pour la députation, ou dans la liste départementale pour le SénaL..

9 On parle toujours de l'achat des actions de Suez par l'Angleterre. Quoi qu'on dise et fasse, c'est un coup malheureux porté à l'alliance anglo-française, et, par le mécontentement qu'en a la Russie, c'est un resserrement, par contre-coup, de l'alliance angloprussienne. Notre attitude sera celle d'un ami aUristé; ce sera, je pense, la formule de notre cUtitude pour parler à la façon des diplomates. »

A ces difficultés politiques sans cesse renaissantes

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pas encore, aux yeux de son auteur, un type déflnitif qui pût donner complète satisfaction à iln ministre des finances. D ne réalisait pas le plan financier que M. Léon Say indiquait, dans son Exposé des motifs, comme l'idéal à poursuivre désormais : . Le budget n'atteint pas encore le but que nous poursuivons... D reste à résoudre, en effet, deux graves questions r la première est la réforme de ceux des impôts nouveaux qui font obstacle au développement de la richesse publique; la seconde est loi^anisation d'un amortbsementqui, régulièrement doté, puisse dégrever l'avenir d'une partie des charges dont un passé récent est responsable, et dont le présent doit supporter le poids le plus fort. >

M. Léon Say était vivement pénétré de la nécessité de l'amortissement. Son rêve était qu'on pût affecter, dans une mesure déterminée, une portion des revenus ordinaires à l'extinction progressive des engagements du Trésor. Il appelait de ses vœux une situation financière où le ministre pourrait envisager l'impôt, non plus comme un simple moyen d'existence pour l'équilibre budgétaire, comme une nécessité qu'on ne discute pas, mais aussi, comme un pourvoyeur du fonds d'amortissement qu'on est libre, à ce titre, de solliciter plus ou moins, suivant l'opportunité : c En posant, disait-il, la question des impôts nouveaux, non plus en face de l'équilibre du budget, mais en face des besoins de l'amortissement, on conserve une liberté d'appréciation qui permet d'arriver

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impôts, — expédient particulièrement fâcheux , — ou bien contracter un emprunt. On verra plus loin, à propos de la conversion des titres Morgan, quelles difficultés soulevait cette seconde mesure ; elle eût été, de plus, extrêmement onéreuse pour TEtat, qui n'aurait pas trouvé d'argent à moins de 3 p. iOO, tandis que les intérêts des avances faites par la Banque n'étaient que de i p. iOO. H. Léon Say se résolut donc à demander à la Banque certains accommodements. Ce fut l'objet du traité du 6 mai 4875, portant modification du traité du 3 juillet 4871, et pour lequel le ministre demanda, dans le budget de 4876, la ratification de l'Assemblée.

Tels étaient les traits principaux du budget de 4876; l'Assemblée le vota rapidement, au mois de juillet, avant d'entrer en vacances.

La conversion de l'emprunt Moi^an fut incontestablement l'œuvre financière la plus importante de ce ministère. L'opportunité de cette opération ne faisait doute pour personne. Contracté à Londres en un temps où, suivant le mot d'un haut fonctionnaire, € on était aux abois », cet emprunt avait dû être effectué au taux nominal de 6 p. 400, et même, si l'on tient compte de la différence entre le prix d'émission et le pair des obligations, de diverses bonifications concédées aux adjudicataires, des frais de change et autres, la charge annuelle du service des intérêts atteignait approximativement 8,45 p. 400.

Les besoins de la défense nationale, a la fin de

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querait le montant ao compte de liquidation; mais, comme les fonds rendus disponibles par cette opération ne seraient vraisemblablement pas suffisants, la nécessité d*un appel au crédit, sous forme d*un nouvel emprunt, paraissait inévitable et imminente. Des journaux financiers annonçaient que le gouvernement s*en préoccupait déjà malgré les démentis, et M. Léon Say sentait combien il serait r^rettable d*en venir à cette extrémité.

Il est mauvais, en effet, d'abuser des emprunts. Indépendamment de ce qu'ils accroissent le cbiffire de la dette publique, le crédit perd de son élasticité quand on y a trop fréquemment recours; rémission de nouveaux titres cause toujours sur le marché de la fièvre et de Tagitation. De plus, à supposer qu'on ne pût faire autrement, l'ascension progressive des cours et la prospérité croissante donnaient lieu de croire qu'en attendant un ou deux ans une création de rentes s'effectuerait dans de meilleures conditions. Enfin, une raison primait toutes les autres, raison qu'on ne pouvait alors donner qu'à mots couverts : les rapports avec l'Allemagne, offusquée de notre prompt relèvement, étaient assez tendus; un emprunt public pour notre réorganisation militaire n'eût pas manqué d'éveiller sa susceptibilité, et aurait peut-être entraîné des conflits dont nous aurions presque fatalement été victimes. M. Léon Say avait étudié toutes ces faces de la question, et l'habituelle lucidité de ses vues lui inspira un système très ingénieux, en vertu

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dxNjuel l>c:rnmî s»? trccrai: <« quelque sorte recoox^Mi «4 .V:>5<iï=,:> par ÎA cvar^râoii, — si Too p«it appeler * «^.Trnrî » cr zr^:y«i d'obtenir des fonds sac:!^ Avvr. r:r\f 1:^1 o?ctL=>e > sx^&Unt de la dette, satt5 «rrjjirtiT^f .V rrry< r?:cx^A^x, $a£5^rossirIa cliai^ <fcï $*fr*>rv .v^ iLZtr-:-:*^ si^» rîrs eiJeTcr enfin aa crv^;': ir *i îcc: r-ers?*? ;vTI î-f^nii aToirqisand Tienin:: V.r>:ir,: i* ** 5*. V«:;:rî- i r-rcTsar.

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laissés par la conversion avec soulte de M. Fould, en 1864, n*étaient-ils pas, d*autre part, de nature à compromettre le succès de cette mesure?

La conversion en 5 p. iOO échappait au contraire à ces critiques. Aussi des financiers de la droite, et des; économistes comme M. P. Leroy-Beaulieu en étaient-j ils partisans. Des rentes de cette nature eussent facilement trouvé preneur au pair, puisque les titres en circulation étaient cotés 403 francs; c'était « une mesure financière à la bonne franquette, sans subtilité et sans détour ^ ». Malheureusement elle soulevait d'autres objections qui arrêtèrent M. Léon Say. L'économie réalisée par ce moyen eût été annuellement d'un peu plus de 3 millions : c'était trop peu pour faire face aux besoins de nos finances, et l'emprunt devenait ainsi indispensable. En outre, < le remplacement pur et simple d'une dette amortissable dans un délai relativement court — trente et un ans — par une dette perpétuelle, présentait un inconvénient sérieux ; ce procédé faisait trop facilement bon marché de l'avenir, était empreint d'une préoccupation trop exclusive du présent, auquel il ne procurait cependant pas un avantage suffisant, peut-être, pour justifier ce qu'il pouvait avoir de défectueux au point de vue des principes '. » Aussi M. Léon Say, dans le projet qu'il déposa le 11 mai 1875, se détermina-t-il pour une

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