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Les élections eurent lieu le 8 janvier

Constitution, dont on s'entretenait beaucoup à cette époque. Partisan résolu du Sénat, il aurait voulu accroître son autorité en élargissant la base de son recrutement. Il eût été à souhaiter, d*après lui, que les deux Assemblées relevassent du suffrage universel, les députés étant élus au scrutin d'arrondissement, les sénateurs au scrutin de liste et dans des catégories d'éligibles. Mais comme le sentiment du pays, dont il fallait tenir compte, tendait alors à appliquer le scrutin de liste à la Chambre, il ne restait plus pour le Sénat € que la conception, qui ne manque pas de grandeur, d'une élection à deux degrés, dans laquelle l'intérêt communal paraissait devoir être prédominant, et était en effet, prédominant ». Du moins on pouvait augmenter le corps électoral» et éviter qu'une grande ville ne pût, ni plus ni moins qu'une petite commune, nommer plus d'un délégué. Il aurait également été utile de substituer à l'institution de sénateurs inamovibles désignés par le Sénat lui-même celle de membres élus par un grand collège national, comprenant le Parlement tout entier.

Pour éviter les conflits budgétaires entre les deux Chambres, la suppression de l'initiative parlementaire en matière de crédits s'imposait. En effet, dans ces conditions, si le gouvernement demandait au Sénat et obtenait de lui le rétablissement d'un crédit refusé par la Chambre, il faudrait bien retourner devant cette dernière, et elle aurait ainsi le dernier mot. Enfin, M. Léon Say insistait sur la nécessité de

faire bénéficier Tagricultare d*un dégrèvement de rimpôt foncier. Nous ne faisons que signaler, en le plaçant à sa date, l'économie générale de cet important discours, sur lequel nous aurons occasion de revenir.

Dans la même période, M. Léon Say, toujours attentif à la situation économique du pays, traçait toute une méthode financière dans un article célèbre publié le 15 décembre 1881 par le Journal des Économistes sur le Rachat des chemins de fer. Il devait s'inspirer des mêmes idées lorsqu'il reprit, deux mois après, pour la cinquième fois, la direction des finances françaises.

Il venait d'être élu une troisième fois à la présidence du Sénat, le 20 janvier 1882, quand M. de Freycinet lui demanda d'entrer dans le ministère qu'il était chargé de constituer. Obéissant à son premier mouvement, M. Léon Say avait refusé; tous ses amis le pressaient de persister dans sa résolution. Il était bien évident que, s'il n'avait écouté que son intérêt, il aurait dû maintenir sa détermination. Abandonner le second poste de l'Etat pour accepter, dans des conditions exceptionnellement difficiles, la tâche ingrate de réparer les fautes financières commises depuis deux ans, avec la certitude que personne ne lui tiendrait compte du sacrifice accompli, c'était renoncer volontairement à toutes les ambitions légitimement permises.

M. Léon Say ne l'ignorait pas, et quand, pour la

seconde fois, il fut mandé à TÉlysée, il était décidé à opposer un refus formel aux instances de M. Grévy. Mais le chef de TEtat fit appel dans les termes les plus pressants à son sentiment du devoir. Il lui représenta qu'il était seul capable de conjurer la catastrophe qui menaçait les finances nationales et la fortune publique, ébranlées par une crise de Bourse sans précédents. Enfin il le conjura de renoncer à ses préférences pour ne voir que l'intérêt public. M. Léon Say finit par céder, et en rentrant au Petit Luxembourg il annonça à ses amis étonnés et peines qu'il avait accepté le portefeuille des finances.

C'était presque un suicide politique, ou du moins un sacrifice absolu de sa personne; mais ce n'était pas une faute, ou du moins ce n'était pas la faute d'une âme vulgaire. Encore une fois, il venait de prouver que la politique n'était pas pour lui une carrière fructueuse ou brillante, mais une école d'abnégation. Il est bon que de temps en temps de pareils exemples soient donnés.

Mais avant de parler du ministère Freycinet, où M. Léon Say accepta le portefeuille des finances dans les conditions que nous venons de dire, il faut revenir un peu en arrière et faire mention du ministère Gambetta, sur lequel on avait fondé tant d'espérances et qui dura si peu de temps.

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