‹ Léon SayChapitre 35 sur 83 · OL lu •.•îRan 1. Il* vnyai: oac · texte numérisé non relu

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Le premier point était, comme le disait H. LéoB Say dans une de ses ootes à M. de Freycînet, ■ la clé de toat reDouveilement de traité >. Il s'^ssait d'oQTrîr à nos Tins de faible valenr le marcfaé de l'An- ^eteire, où ils n'avaient pu encore pénétrer. L'intérêt était considérable pour les viticulteurs français, mais les chances de succès étaient incertaines, et dans sa correspondance diplomatique H. Léon Say les appréciait avec sa perspicacité habituelle.

Sans doute, l'Angleterre avait lieu de nous ménager, à cause de la question d'Orient; sans doute aussi, les réclamations possibles des brasseurs, qui appartenaient en général àdes associations torystes, n'auraient qu'un effet atténué sur le nouveau ministère libéral; mais, d'autre part, M. Gladstone, ainsi qu'il le reconnaissait devant M. Say, appartenait à < une école éco- ' nomique peu favorable aux traités, à une école qui croit que les droits de douane nuisent pins aux pays qui importent les marchandises grevées de droits, qu'à ceux qui les exportent >. Les libéraux avaient aussi promis, dans leurs manifestes électoraux, l'équilibre budgétaire compromis par leurs adversaires, et la réduction des droits était de nature à faire mie brèche dans les recettes. EnGn les droits qui frappaient les vins étrangers en Angleterre n'étaient guère que des droits fiscaux , destinés k garantir la perception des taxes intérieures sur les boissons.

H. Léon Say se mit â l'œuvre pour résoodre tontes ces difficultés. Il proposait aux ministres anglais

d*établir, à la frontière britannique, le système qui fonctionnait en France, c*est-à-dire un droit très faible sur les vins à bon marché, puis un droit complémentaire qui augmentait avec le degré de force alcoolique. Tour à tour il s*adressait à M. Gladstone, qui ripostait en demandant des compensations pour le commerce anglais, et à sir Ch. Dilke. S'il ne pouvait espérer vaincre d*emblée toutes les objections il sut du moins profiter habilement des assurances que le cabinet anglais donnait de son esprit conciliant, pour lui faire reconnaître offlciellement comme principe de discussion du prochain traité le plan qu'il lui avait soumis. Dès le 28 mai, il indiquait à M. de Freycinet que Ton pourrait poser des préliminaires dans le sens que nous venons d'indiquer. Le ministère anglais hésitait encore, discutant les termes qui lui étaient soumis et proposant une rédaction nouvelle. Enfin, après une active correspondance télégraphique avec le quai d'Orsay, M. Léon Say eut le plaisir d'échanger avec lord Granville, au nom de leurs gouvernements Tespectifs, des lettres qui consacraient les points de vue qu'il s'était attaché à faire prendre en considération. Un mois avait suffi à notre ambassadeur pour obtenir ce résultat, qui lui faisait grand honneur. Peutêtre n'a-t-on pas, lors de l'interpellation protectionniste de M. Pouyer-Quertier au Sénat, — le 15 juin 1880, — apprécié assez haut les services qu'il avait rendus dans cette circonstance. Le mérite d'avoir réussi dans cette tâche ardue était très grand, et ses successeurs allaient

S en apercevoir aux difficultés avec lesquelles ils étaient appelés à se trouver aux prises à leur tour *.

Dans une lettre adressée de Londres à M. Gambetta, — 5 juin 1880, — M. Léon Say a résumé en ces termes les résultats de sa mission.

€ Je vais revenir à Paris dans deux jours, après une mission bien écourtée. Elle n*a pas été cependant sans produire ses fruits. Le cabinet Gladstone, après beaucoup d'hésitations, consent à accepter des bases pour un traité de commerce à négocier ultérieurement, et ces bases sont bonnes puisqu'elles contiennent le principe de l'abaissement du droit sur les vins, et du renouvellement du traité dans le sens d'un statu quo amélioré dans un sens libéral.

9 J'aurais beaucoup voulu, avant de partir d'ici, avoir reçu de mon gouvernement l'autorisation d'échanger une note écrite à ce sujet, mais on ne me répond pas et je crois qu'on laisse échapper une bonne occasion. Je crois que notre politique vis-à-vis du Sénat est de rapporter le plus tôt possible d'Angleterre non pas un traité, mais une déclaration que le traité est possible. Cela fera tomber du coup l'intrigue de ceux des pro* tectionnistes qui voudraient faire croire qu'on ne fera pas de traité du tout.

» C'est cela qui m'a donné l'idée d'un protocole à quatre points, qui servirait de base lorsqu'on croirait opportun de le négocier : 1° principe de l'abaissement

1. Les négociations durent être rompues iau printemps de 1882.

du droit des vins en Angleterre; 2^ maintien en dehors du traité des matières agricoles; 3"^ étude des meilleurs moyens à employer contre la fraude dans les déclarations — question de la conversion des droits ad valorem en droits spécifiques ; — 4* renouvellement de la base du statu quo amélioré dans un sens libéral. C'est aussi peu de chose que Ton veut, et en même temps c'est une porte ouverte pour tout entreprendre et par conséquent pour tout finir... »

Dans les premiers jours de juin, M. Léon Say quitta l'ambassade et vint prendre possession de la présidence du Sénat, à laquelle il avait été appelé par le suffrage de ses collègues.

Depuis longtemps déjà, M. Martel avait manifesté l'intention d'abandonner le fauteuil présidentiel pour raison de santé. Malgré les instances du Sénat, qui refusa sa démission, il la réitéra irrévocablement le 20 mai, et l'élection de son successeur fut fixée au mardi suivant. Cédant aux sollicitations de ses amis, M. Léon Say était venu de Londres à Paris et s'était mis à leur disposition. Une réunion des gauches eut lieu le 25. Le centre gauche soutenait M. Léon Say, tandis que la gauche républicaine présentait M. Le Royer. M. Say ayant obtenu la majorité des voix resta seul candidat des gauches. Malgré l'opposition des fractions hostiles qui prétextaient que l'Angleterre serait froissée de son départ, M. Léon Say fut nommé par 147 voix.

. Cette élection empruntait aux circonstances une

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signification particulière. La discussion au Sénat du projet de loi sur Tinstruction publique, et particulièrement de Tarticle 7, finalement rejeté, avait introduit dans les groupes républicains des germes de division qu'il importait d*étouffer. Certains de leurs membres avaient voté à cette occasion contre le gouvernement. M. Léon Say était alors le seul homme qui pût rendre à la gauche son homogénéité, la rallier tout entière et décourager les velléités des dissidents. Il était d^autant mieux désigné pour cela qu'il ne se présentait aux sufirages du Sénat sous aucun patronage.

Gomme le lui écrivait M. Paul de Rémusat, le ministère avait été sage en ne le soutenant pas, plus sage en ne le combattant pas. Le Journal des Débats^ par la plume de M. John Lemoinne, appréciait avec clairvoyance le vote du 25 mai dans les termes suivants : € Cette candidature n'a été soutenue par aucun journal; elle a fait son chemin toute seule. Elle n'est un triomphe pour personne, comme il arrive dans les œuvres de conciliation, et tout le monde peut se féliciter, même le gouvernement, qui n'a eu garde de s'y compromettre, mais qui y trouvera son compte. »

Les hautes fonctions que M. Léon Say allait occuper pendant près deux ans — mai 1880-janvier 1882 — lui donnaient un rôle, non pas certes plus effacé, mais moins actif que ceux qu'il avait remplis jusqu'alors. Est-il besoin d'ajouter qu'à la présidence du Sénat il sut conquérir l'estime et la sympathie de ses adversaires, qui ne pouvaient s'empêcher .de

rendre faoïnmage à la haute impartialité et à la dignité courtoise avec lesquelles il s'acquitta de sa mission, à € ces qualités exquises » dont M. Le Uoyer, en lui succédant à la présidence, faisait Téloge.

En sa qualité de président du Sénat, il accompagna à Cherbourg le Président de la République, de concert avec M. Gambetta, président de la Chambre des députés. Le 20 janvier 1881 il fut réélu président du Sénat par 170 voix sur 177 suffrages exprimés.

Cependant M. Léon Say ne se confinait pas dans ses fonctions présidentielles, et il suivait d'un œil attentif le mouvement politique qui se déroulait autour de lui. Dans des discours à la ferme d'Eprunes, le 29 juillet 1880, et à la réunion du centre gauche sénatorial; plus tard dans une brève intervention à la tribune, il montrait quelle place la question de Timpôt foncier, notamment, tenait dans sa pensée. Il s'inquiétait aussi de la progression des dépenses publiques qui menaçait le bon ordre de nos finances.

La trace de ces préoccupations diverses se retrouve

dans l'allocution qu'il prononça le 7 décembre 1881 à

la réunion plénière des électeurs sénatoriaux de Seine-

et-Oise, dont il sollicitait le renouvellement de son

' mandat parlementaire ^

Il y exposa tout un programme politique et fît connaître brièvement ses vues sur les principaux problèmes que pourrait faire nattre la revision de la

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