I. nevue des Deux Mondes, 1*^ octobre
ment des conseillers généraux, ses amis, et aussi sur le concours de la majorité des électeurs qui, pendant quatre ans, avaient été à même d'apprécier avec quel zèle éclairé il s'était occupé des intérêts de la région. On savait, entre autres choses, que c'était grâce à ses efforts persévérants et à sa grande autorité qu'avait été tranchée la délicate question des embellissements de Pau. Depuis longtemps, en effet, la municipalité, désireuse de ramener le courant des étrangers, se préoccupait d'assainir la ville et d'en faire la plus belle station hivernale du Sud-Ouest. Plusieurs combinaisons étaient en présence, mais on différait sur le choix définitif; les rivalités locales se donnaient libre carrière et le gouvernement, dont l'autorisation était indispensable, ne sachant auquel entendre, ajournait sans cesse sa décision. Il y avait aussi à régler les conditions Gnancières de l'emprunt à effectuer.
M. Léon Say prit en main cette affaire et, à la demande du conseil municipal, il pria M. Alphand de venir avec lui étudier sur place les diverses combinaisons proposées. M. Alphand accéda gracieusement à ce désir et vint passer quelques jours à Pau, en janvier 1894. A la suite de plusieurs conférences, M. Alphand et M. Léon Say, d'accord avec la municipalité, arrêtèrent un plan qui donnait satisfaction aux intérêts engagés. Ce premier point acquis, M. Léon Say s'occupa sans désemparer d'obtenir l'autorisation de l'emprunt, et il leva tous les obstacles suscités par le formalisme de l'État. Ses efforts furent
bientôt couronnés de succès. Il eut la satisfaction d^assister à Tinauguration des travaux qui ont transformé et embelli une partie de la ville de Pau, mais dont il ne devait pas voir le couronnement.
Hâtons-nous d* ajouter que la municipalité de Pau, dans un sentiment de reconnaissance qui Thonore, a, sur la proposition de M. Faisans, maire, donné le nom de M. Léon Say à l'avenue nouvelle qui relie la gare à la ville.
Néanmoins, au moment où s'ouvrit la lutte électorale de 1893, les choses n'étaient pas aussi avancées; TafTaire des embellissements de Pau n'était qu'en voie de préparation, et M. Léon Say répugnait à s'en faire un titre auprès de ses électeurs.
La lutte fut très vive : un moment on put craindre le succès de la coalition réactionnaire et radicale. Au premier tour de scrutin, cependant, M. Léon Say l'emporta à une faible majorité.
Dès le début de la session, il reprit sa place à la Chambre ; mais le nombre de ses amis politiques était encore plus restreint qu'à la précédente législature et, non sans mélancolie, il put compter les vides faits par la politique radicale triomphante dans les rangs du centre gauche réduit à une poignée d'hommes. Cependant il ne ' se découragea pas. Au contraire, comme nous le verrons tout à l'heure, il redoubla d'énei^ie et d'activité dans la lutte suprême qu'il engagea presque seul contre le socialisme, et qu'il devait poursuivre jusqu'à sa dernière heure.