‹ Léon Say, sa vie, ses œuvresChapitre 45 sur 73 · MM. de Chabaud-Lalour et Decazes · texte numérisé non relu

MM. de Chabaud-Lalour et Decazes

produire dans les esprits une lassitude dont les effets seraient très à craindre. Il se rappelle TAssemblée de 1848, qui était fort opposée à la dissolution et qui néanmoins a voté, six semaines après le jour où elle s'y était montrée contraire, la proposition de M. Râteau.

Dans ces circonstances, M. Buffet croit donc qu*il est absolument nécessaire de faire quelque chose. Il choisirait d'abord, bien entendu, ce qui lui paraîtrait le meilleur; s'il ne pouvait pas réussir, il ferait ce qui lui paraîtrait moins bon; il irait au besoin jusqu'à ce qui lui paraîtrait à certains égards mauvais, parce qu'il croit qu'une dissolution dans l'état actuel des choses serait le pire des dangers.

M. DE CUABAUD-LATOUR dit que la situation intérieure mérite qu'on s'y arrête. Les agents inférieurs des Ponts et Chaussées et des autres services sont très portés au radicalisme. Les préfets, les sous-préfets ne sont pas dans la main du ministre autant qu'il le faudrait, parce que ces agents sont troublés de ne pas voir arriver de solution. Dans les élections législatives, les partis républicains les plus avancés ont réuni 71 p. 100 des suffrages, tant avant que depuis le 24 mai. Il est donc urgent de faire quelque chose. Il est à sa connaissance qu'il y eu plusieurs complots contre la vie du Maréchal.

Le DUC DECAZES insiste sur les difficultés extérieures. Partout nous rencontrons M. de Bismarck. Le sentiment €l*animosité contre la France, qui existait l'année dernière à la cour et dans les états-majors, s'est étendu malheureusement à la population. Il y a là un levier clont M. de Bismarck pourrait se servir si nous avions des difficultés et des désordres intérieurs; une invasion serait à craindre.

M. BUFFET insiste sur la nécessité de créer une seconde

Chambre, et de donner au Président de la République le droit de dissolution.

Le MÂRÉcnAL dit que le droit de dissolution tout seul n'a pas une grande valeur. 11 rappelle qu'à la fin de la Restauration, la dissolution n'a abouti qu'au retour de la même Chambre. Il en serait de même aujourd'hui. S'il avait devant lui une Chambre radicale, la dissolution lui ramènerait une autre Chambre radicale. Il est vrai qu'il a l'armée, mais l'armée n'est pas et ne peut plus être une armée de dévouement. Elle a le sentiment de la légalité. Quant à lui il n'enverrait jamais de soldats contre la représentation nationale; cela est absolument contraire à son caractère et à ses sentiments.

M. DE KERDREL voterait la constitution d'un Sénat. M. UAMILLE ne veut pas dissimuler que, dans quelques groupes, on a accueilli le projet du Sénat avec une certaine défiance, comme paraissant donner des avantages à un parti sur les autres.

M. ciiESNELONG, tout en désirant qu'on trouve une solution, craint que la situation ne soit telle qu'il n*y ail pas de majorité possible, et, ayant cette crainte, il croit qu'il serait plus sage d'atermoyer.

Le DUC PASQUiER n'admet Ics atermoiements quc quand on peut espérer quelque chose du temps. Il est douloureux pour lui de se séparer d'amis avec lesquels il a marché d'accord jusqu'ici. Il a reculé depuis un an avant de le faire; cependant il faut enfin prendre un parti. Il s'honore d'avoir fait un essai pour restaurer la monarchie; mais la tentative n'ayant pas réussi, il ne croit pas pouvoir, après cet échec, refuser au pays d'organiser un gouvernement, quoique ce gouvernement ne puisse pas être celui qu'il aurait désiré. Il faut donner au pays la certitude que le gouvernement qui existe est assuré pour sept années; c'est la République pour six années encore. Il faut, au

cas où le Maréchal viendrait à être enlevé à la France, que la Présidence soit constituée pour durer jusqu*au 20 novembre 1880.

M. DE KBRDREL ne partage pas les idées de M. le duc Pasquier. Il ne peut pas renoncer à établir la monarchie, et il lui est impossible d'admettre qu'on ferme la porte au roi après le Maréchal. Ce qu'on a entendu faire par la loi du 20 novembre, ce n'est point une République, c'est le gouvernement personnel du Maréchal. Il tiendra toutes ses promesses, qui consistent à organiser le pouvoir du Maréchal; mais si le Maréchal vient à manquer à la France, le congrès des deux Chambres aura la plénitude de sa liberté, dans les mêmes conditions où ce même congrès se trouverait en 1880 si le système de M. le duc Pasquier prévalait.

Le DUC DE BROGLiE sc demande quelles sont les différences qui existent entre le système de M. de Kerdrel et celui de M. le duc Pasquier. Ces différences sont-elles de nature à empêcher un accord de se produire? S'il y a division dans l'Assemblée, il y aura une impuissance qui nous précipitera dans le vide : voilà sa terreur.

M. DEPEYRE insiste sur ce qui vient d'être dit par M. de Kerdrel, et précise le sens qu'a suivant lui la loi du 20 novembre.

Le DUC DE BROGLIE demande, après qu'on a entendu les opinions opposées de MM. Pasquier et de Kerdrel, si M. Dufaure ne pourrait pas donner la sienne.

M. DUF AURE dit que son programme est bien connu. Il se compose de quatre éléments : une seconde Chambre, une réglementation de la transmission des pouvoirs, un règlement du droit de dissolution, et une réserve en faveur d'une clause de revision. Il ajoute que le moment est venu de constituer un gouvernement. Il respecte les opinions monarchiques de ses collègues; lui-même a

défendu pendant longtemps les principes de la monar* chie. Mais la monarchie ne pouvant être faite, il faut faire la République. On ne peut pas se contenter de régler la transmission des pouvoirs, au cas où le fauteuil de la Présidence deviendrait vacant avant 1880. Il faut prévoir ce qui se passera au 20 novembre 1880. Nul ne sait quelle sera la situation de la France à cette époque; les relations extérieures peuvent avoir amené des difficultés. Qui sait même si on ne sera pas en guerre et si le Maréchal ne sera pas à la tête des armées? Si le congrès des Chambres décide alors qu'il n*y a point lieu à revision, il est clair qu'on ne fera pas la monarchie, et alors il faudra bien faire un président de la République. Si le congrès vote la revision, qui peut savoir le temps que la Constituante mettra à Topércr? Le gouvernement ne peut pas tomber tout d'un coup. Il ne veut certes pas recommander une idée qui a été mise en circulation récemment par M. de Girardin; mais enûn, cette Assemblée constituante de revision pourra siéger, et pendant longtemps, concurremment avec les deux Chambres législatives. Il faudra bien que le gouvernement de ces deux Chambres soit organisé pendant ce temps-là.

Le DUC PASQUiER demande à M. Dufaure comment il entend la clause de revision. Est-ce une revision qui pourra porter sur la forme même du gouvernement? 11 est bien clair qu'on ne peut pas laisser le gouvernement en l'air pendant le temps de la revision. On devra proroger les pouvoirs du Président, et si la revision n'a pas lieu, il faudra bien qu'on prenne un parti. Mais il demande qu'on ne force pas ses amis à mettre les points sur les i. C'est une dure nécessité pour lui que de faire ce qu'il fait; il ne faut pas rendre sa tâche impossible.

M. DUFAURE entend la clause de revision de la façon la plus générale. L'Assemblée constituante qui sera chargée

de faire celte revision, pourra faire la monarchie ou maintenir la République.

M. LÉON SAT, malgré les différences qui existent entre les opinions de M. Pasquier et celles de M. Dufaure, ne croit pourtant pas que les distances soient infranchissables. Quand on rédigera la loi, on sera bien obligé d*employer des mots précis et de mettre les points sur les t. Mais ce qui lui fait espérer qu'on peut s*entendre, c'est qu'un de ses amis, qu'il regrette de ne pas voir à cette réunion parce qu'il a une grande autorité dans le centre gauche, cherchant il y a quelques jours des formules de rédaction, arrivait à se servir de termes à peu près identiques à ceux qui viennent d'être employés par M. Pasquier.

Le DUC DE BROGLiE et M. BocuER reviennent à la question de l'ordre des discussions à introduire à l'Assemblée.

M. BOcnER ne comprendrait pas que la loi sur le Sénat fût disjointe de la loi sur la transmission des pouvoirs.

M. DUFAURE croit qu'il serait possible que la Commission des lois constitutionnelles déposât un projet d'articles additionnels qui établiraient la solidarité; car, pour lui, la question de priorité est secondaire; ce qui lui importe c'est que les lois soient solidaires les unes des autres .

L'heure étant avancée, on se sépare à une heure moins vingt, et le Maréchal demande qu'on reprenne la séance à trois heures.

La séance est reprise à trois heures.

Le MARÉcuAL donne lecture d'une rédaction qu'il a fait faire de l'cillocution prononcée par lui à la séance du matin. Cette rédaction provoque quelques observations, parce qu'on trouve qu'elle donne un caractère trop précis à la conférence.

M. DE KERDREL ajoute qu'il serait bon de se borner,

dans les communications à ses amis, à des termes généraux.

M. DUFAURE dit que M. le Maréchal lui a demandé d'exprimer son avis sur les questions pendantes, mais que les avis qu'il donne sont tout personnels.

M. LÉON SATdit qu'il n'a aucun mandat, qu'il ne fait même pas partie du bureau du centre gauche; mais il espère pouvoir donner des renseignements exacts sur les sentiments qui animent ses amis politiques.

Le DUC PASQUiER dit qu'il est venu dans cette réunion pour chercher une solution, et que la solution qu'il cherche doit avoir pour but de garantir les libertés publiques et de sauvegarder le gouvernement représentatif et parlementaire.

Le DUC DE BROGLiE demande à M. Dufaure de vouloir bien expliquer ce qu'il a voulu dire quand il a parlé d*une Constituante chargée de faire la revision.

M. DUFAURE croit que le congrès des deux Chambres ne devra être appelé qu'à déclarer s'il y aura revision ou non ; mais que la revision elle-même devra être faite par une Assemblée qui sortira immédialement des entrailles du pays, les Chambres existantes au moment où la déclaration de revision serait intervenue pouvant ne plus être d'accord avec l'opinion publique.

Le DUC DE BKOGLiE réplique que, si on trouve les Chambres bonnes pour exprimer un avis sur la revision, il ne comprendrait pas qu'elles ne le fussent pas pour la revision elle-même.

Comme M. Léon Say disait à voix basse qu'on pourrait peut-être trouver quelque arrangement, M. Bocher lui fait passer un petit papier pour lui demander s'il avait quelque chose en vue.

M. Léon Say répond sur le môme papier qu'on pourrait peut-être faire quelque chose d'analogue à ce qu'on avait

voulu faire à Torigine pour le congrès de nomination du Président : on adjoignait aux deux Chambres un certain nombre de délégués.

Revenant à la question de solidarité sur le Sénat et sur la transmission du pouvoir, M. Bocher insiste pour que Ton établisse cette solidarité; il se demande si on ne pourrait pas trouver une rédaction qui rétablit d'une façon très précise.

M. BUFFET ne voit rien dans le règlement qui s'y oppose.

Le DUC DECAZES croît qu*on peut trouver une solution analogue à celle qui est contenue dans la loi du 13 mars 1893. Cette loi déclare que l'Assemblée ne se séparera pas avant d'avoir voté les lois sur la transmission des pouvoirs, sur le Sénat et sur les élections. On pourrait dire par analogie : « La présente loi ne deviendra définitive qu'après qu'on aura statué sur la transmission des pouvoirs ».

M. DEPEYRE fait remarquer que le mot statué peut s'appliquera un rejet; si on rejetait la loi sur la transmission des pouvoirs, on aurait statué sur la transmission des pouvoirs; il croit qu'il serait plus précis de mettre pourvu au lieu de statué.

Tous les membres de la réunion sont d'avis qu'un article complémentaire, rédigé dans ces termes, suffirait pour qu'on pût espérer la mise à l'ordre du jour de la loi sur le Sénat.

Le MARÉCUAL pense qu'on peut alors passer aux détails de la loi sur le Sénat. Il demande l'opinion de M. Dufaure.

M. DUFAURE croit que le nombre de la moitié des sénateurs à la nomination du Président est trop élevé. La proportion d'un tiers lui paraîtrait encore trop forte.

M. LÉON SAY admet comme M. Dufaure le principe de

la nomination d'un certain nombre de sénateurs par le pouvoir exécutif, mais sous une réserve.

L'établissement d'une solidarité entre les lois peut amener à voter la mise à Tordre du jour de la loi, mais non pas la loi elle-même. Il faudrait qu*il y eût une cer> taine probabilité en faveur d'une loi de transmission, qui donnât satisfaction à ses amis. Cette probabilité résulterait, par exemple, du dépôt par le gouvernement du Maréchal d'un projet de loi acceptant les bases indi> quées ce matin par M. Dufaure.

On fait remarquer à M. Léon Say que la solidarité constitue une réserve suffisante, puisqu'on est libre de rejeter la loi sur l'ensemble si on n*a pas satisfaction dans la loi du Sénat et dans la loi de transmission des pouvoirs.

RÉCIT DES POURPARLERS ÉCHANGÉS ENTRE LE CENTRE GAUCHE ET LE CENTRE DROIT POUR LA RÉDACTION DES LOIS CONSTITUTIONNELLES ET LA NOMINATION DES SÉNATEURS.

Paris, dimanche 21 février 1875.

Mon cher oncle, je crois que nous allons aboutir et faire voter les lois constitutionnelles et le Sénat.

L'histoire de la négociation est assez curieuse.

Lors de Tadoption de Tamendement Pascal Duprat, c'est-à-dire le jeudi il février, nous avons fait nos efforts pour arrivera une entente avec le groupe Wallon, et, dès le soir du il, nous lui avons demandé un rendez-vous.

Le matin du vendredi, 12, nous nous sommes mis d'accord, Corne, Perier, Bardoux et moi avec Dufaure, et nous avons proposé aux délégués du centre gauche qui, en dehors de nous, comptaient Ricard, Bethmont, Schérer et Chadois, de nous mettre à la disposition du groupe Wallon, soit sur la base d'un Sénat à deux degrés, système Yautrain, soit d'un Sénat nommé par les conseils généraux et municipaux.

Avant la séance du 12, nous avons été introduits par Wallon dans un des bureaux de l'Assemblée, où il avait réuni ses quinze amis, c'est-à-dire : d'Haussonville, Ségur,

Voisin, Beau, Babin-Ghevaye, Luro, André, Drouin et autres. Nous les avons pressés de prendre une initiative, leur disant que nos amis étaient disposés à les suivre; ils ont refusé prétextant qu*il était trop tard.

Nous avons insisté en disant quels étaient les points sur lesquels nous serions prêts à céder : refus persistant de leur part. La séance s'ouvre dans ces conditions, et il en résulte le vote de rejet sur Tensemble.

Le samedi et le dimanche, les ministres, très découragés, insistent pour se retirer. Le duc de Broglie accepte de former un cabinet sur la base du 24 mai, c'est-à-dire de la coalition comprenant les bonapartistes. Decazes et Léon Renault refusent de le suivre sur ce terrain, et il abandonne la tâche de former un cabinet, en conseillant au Président de s appuyer sur Buffet. Buffet est convoqué pour le lendemain soir; mais, dans la journée, des personnages bonapartistes retournent Tesprit du Maréchal, qui reçoit très froidement Buffet et ne le presse pas de former un cabinet. Pendant ce temps, le complot militaire paratt se nouer de plus en plus. On dit que les généraux Abbatucci et d'Espeuilles, appuyés sur quatre colonels, tiennent en mains l'armée de Nancy et ont désigné le village par lequel ils feraient entrer Napoléon IV. Ces bruits, faux ou vrais, émeuvent beaucoup le centre droit. Lundi, Ségur et Buffet lui-môme disent dans des conversations que, si pour faire un accord il faut abandonner la nomination des sénateurs par le Maréchal, il ne serait pas impossible d'y amener leurs amis. Les conversations particulières continuent sur ce thème le lundi et le mardi. Casimir-Perier offre toujours des conférences au parti Wallon.

Les choses en étaient là, lorsque le mardi 16, à sept heures du soir, Casimir-Perier reçoit de son beau-frère, le duc Pasquier, l'avis que les délégués du groupe Wallon et

du centre droit se réuniront chez lui, et qu'ils nous invitent à conférer avec eux.

Immédiatement, Perier télégraphie à Corne, Ricard, Bardoux, Bethmont, Christophle, Schérer et moi. Il nous demande de venir chez lui soit tout de suite, soit le lendemain à neuf heures. Il télégraphie à Dufaure de venir nous retrouver après la conférence, car il faut savoir que Dufaure ne vient pas à nos réunions : il communique avec notre groupe par nous autres, et ne fait pas partie des conférences. Christophle et moi, qui étions chez nous, arrivons à dix heures mardi soir chez Perier; les autres qui étaient, soit à Versailles, soit hors de chez eux, ne reçoivent Tavis qu'à onze heures ou minuit. Chez Perier nous trouvons Ségur, qui nous dit ce qu'on doit nous proposer, c'est-à-dire le Sénat nommé par le collège des conseillers généraux et darrondissement, avec des délégués des communes au nombre de 172 à raison de 2 par département, 3 pour l'Algérie et les colonies et 75 par le Président : en tout 250 sénateurs.

Nous lui demandons si nous pourrons obtenir que les 75 sénateurs soient nommés par TAssemblée au lieu et place du Président. Il nous répond que quelques-uns de ses amis n'y attachent plus autant d'importance qu'auparavant.

Le lendemain, mercredi, à neuf heures, nous revenons chez Perier; tous les délégués sont là. Nous leur disons ce qu'on va nous proposer, et nous arrêtons que nous insisterons : 1® pour qu'on augmente de 50 le nombre des sénateurs, en répartissant ces 50 sénateurs sur les départements les plus peuplés; 2° pour demander la nomination des 75 par l'Assemblée; 3° pour demander qu'on donne plus de délégués aux conseils municipaux des communes plus peuplées. Nous traversons la cour comme un enterrement, car les deux beaux-frères Casimir-

S3ft APPBNDIGBS.

Perier et le duc Pasqnier, qui sont chefs de deux corps d*armée différents, habitent aux Champs-Elysées ces deux grands pavillons Fontenilliat, qui sont dans une seule et même vaste cour.

Chez le duc Pasquier nous trouvons Bocher et Collet, qui sont des centres droits purs, ainsi que Buisson, le député caricaturiste, et les amis de Wallon, c*e8t-àrdire d*HaussonviUe, Ségur et Target.

On nous faitToflire; nous la discutons; on nous cède sur les 50 sénateurs supplémentaires, on nous refuse les délégués en plus grand nombre par les conseils municipaux; enfin, sur la nomination par le Président ou par TAssemblée, on nous dit qu*on ne peut nous donner de réponse immédiaie. Nous disons que nous avons convoqué le centre gauche pour quatre heures, que nous croyons très imprudent de nous séparer sans avoir arrêté un accord définitif, et nous obtenons qu'ils se mettent en rapport avec les ministres pour savoir si les ministres et le Maréchal abandonnent la nomination des 75 par le Président.

Nous autres, nous rentrons chez Perier; nous y trouvons Dufaure. Nous déjeunons parce que la nature ne perd pas ses droits. Nous mettons Dufaure au courant; il accepte raccord, qui sera considéré comme complet si nous avons une réponse favorable pour la nomination par r Assemblée. Dufaure nous quitte pour aller à la commission des Trente à Versailles, où il ne doit parier de rien jusqu'à ce qu'une dépêche lui apprenne Taccord...

A une heure Pasquier revient, et dit que Decazes et Chabaud-Latour ont consenti à faire la proposition au conseil des ministres qui se réunit à une heure, et qu'ils doivent, au cas de la concession faite, en prévenir la commission des Trente à Versailles. Le conseil, par bonheur, se tenait à Paris.

Wallon vient alors nous retrouver pour rédiger avec

Ricard l'accord en forme de projet. A trois heures, Perier va au ministère de Tintérieur rejoindre Pasquier qui Tattendait. Il y voit Chabaud-Latour et Decazes, qui disent que le Maréchal a accepté la proposition, après une petite discussion dans laquelle deux ministres seulement se sont prononcés contre. Chabaud-Latour ajoute qu'il se rend immédiatement à Versailles pour communiquer l'affaire à la Commission, à laquelle il a télégraphié de ne pas se séparer avant son arrivée.

A quatre heures nous allons salle Nadar, rue d* Anjou, où nous avions convoqué le centre gauche, qui s'y trouvait au grand complet. Ricard lit le projet. Il y a des mécontentements assez vifs, surtout au sujet de l'inamovibilité des 75 sénateurs nommés par l'Assemblée et de l'égalité de délégation des communes, — Valenciennes ne nommant qu'un électeur comme les plus petites bourgades de sa banlieue. Néanmoins à l'unanimité on accepte. Wallon part pour Versailles faire imprimer le projet, afin qu'il soit distribué le lendemain, vendredi, 19. Il va chez Buffet et chez le Président. Toute la droite s'y était donné rendez-vous; le Maréchal était fort triste et tout le monde l'accusait.

Le lendemain vendredi, grande émotion ; la droite est en fureur, elle dit que Mac-Mahon est un nouveau Louis XVI, qu'il est sur la route de Varennes et qu'il montera sur Téchafaud. Nous nous étions réunis le matin chez Dufaure, qui nous avait dit que nous devions tenir fermement à notre accord.

Toute la journée de vendredi, quoiqu'il y eût séance, s'est passée en réunion dans les bureaux. Partout le connubio est attaqué avec violence, mais partout il est défendu avec énergie, du moins dans la gauche et le centre droit. Chose curieuse, l'extrême gauche l'accepte plus facilement que la gauche. Enfin toutes les réunions

se séparent et s'iyoarnent au lendemain, samedi, après qa*une nouvelle réunion des délégués aura essayé de lever les difficultés.

Donc samedi, 20, c'est-à-dire hier, les délégués qui s'étaient réunis une première fois chez Pasquier, se réunissent chez Cocher. On se communique les impressions contradictoires, et on reconnaît que si on remanie Taccord dans un sens, il se défera par un autre côté. On nous communique de nouveaux sujets de craindre. Un général aurait dit que si nous ne faisions pas un gouvernement dans la semaine, Tarmée en ferait un. Le Maréchal nous est représenté comme très hésitant; il faut en finir et vite, ou tout s'écroule.

Nous convenons de maintenir l'accord; nous avons pleins pouvoirs du centre gauche et nous envoyons Corne, Ricard et Bethmont à la gauche, qui est réunie boulevard des Capucines. A quatre heures nos délégués y arrivent, et ils obtiennent un vote favorable à l'unanimité moins cinq voix.

La chose est faite. En même temps, la commission décidait qu'elle maintenait son projet, et chargeait Pon-

ialis de faire son rapport. Ce rapport sera lu lundi, imprimé au Journal officiel mardi, et la discussion s'ouvrira mardi môme. Perier, Pasquier et Ricard ont été chargés de s'entendre avec Buffet sur la procédure. On demandera l'urgence. Tous les adversaires de l'accord voteront contre l'urgence ; ce sera la première bataille, je t'en enverrai le résultat. Nous aurons de 60 à 100 voix de majorité, si rien ne se défait...

FORMATION DU MINISTÈRE BUFFET -DUPA URE : 10 MARS 1875. •> ÉCHEC DES POURPARLERS AVEC LE DUC PASQUIER.

Extrait d'une note manuscrite de M. Léon Say.

La note dite : « Des trois hypothèses » avait été remise par moi, au nom de M. Dufaure et au mien, à M. Buffet, le dimanche 7 mars, et M. Buffet avait fait faire des propositions à M. le duc Pasquier pour le ministère de Tintérieur. Le lundi matin, 8 mars, le duc Pasquier avait eu une entrevue avec le Maréchal, et le Maréchal lui avait proposé le ministère de Tintérieur dans des termes peu obligeants, en lui disant qu'il espérait que son nom n'amènerait pas de désorganisation dans l'administration française. Ce à quoi M. Pasquier avait répondu que son oncle d'Audiffret avait réorganisé la comptabilité publique, que son grand-oncle avait réorganisé l'administration des tabacs, et que son père adoptif M. Pasquier lui avait donné un nom qui n'était pas synonyme de désorganisation. En somme, Pasquier avait refusé.

Ce même matin, M. Buffet en a averti M. Dufaure, qui me Ta fait connaître vers midi. En même temps M. Buffet remettait au Maréchal les pouvoirs qui lui avaient été donnés de former un cabinet. Je demandai à M. Dufaure si nous pouvions nous considérer comme libres; mais

M. Dufaure n'avait pas reçu avis que M. Buffet eût remis ses pouvoirs. Ce que M. Buffet lui avait notifié, c'était l'échec de la combinaison Pasquier et de la combinaison Bocher. Or, le subsidiaire de la combinaison Bocher portait : M. Bocher, ou toute autre personne sur le choix de laquelle on se mettrait d'accord. Dans ces circonstances j'allai trouver M. Buffet, pour lui dire combien il nous importait de savoir si réellement nous avions notre liberté, et je lui fis part du scrupule de M. Dufaure.

M. Buffet me dit qu'il ne s'était pas arrêté au subsidiaire de la troisième hypothèse, parce qu'il lui était impossible d'offrir le ministère de l'intérieur, après le refus de M. Pasquier, à une personne à laquelle on imposerait des conditions plus dures. M. Buffet concluait en disant que nous avions tous recouvré notre liberté, et qu'il n'y avait plus de combinaison dont il fût chargé.

En revenant, je trouvai dans les couloirs une très vive agitation. Un grand nombre de députés avaient entouré le duc Pasquier et lui avaient reproché amèrement de mettre obstacle à la formation du cabinet. Ces observations faisaient beaucoup d'effet sur le duc, qui me dit à moimême : «Je ne veux pas être un obstacle à une entente. »

En même temps, des députés intervenaient pour tâcher de renouer la combinaison, et faisaient demander à M. Buffet, à M. Dufaure et à moi si, quoique ayant repris notre liberté, nous ne maintiendrions pas notre acceptation dans le cas où la combinaison serait reprise dans la soirée.

Je consultai M. Dufaure et je répondis que nous accepterions. Toute la fin de la journée fut employée à ces négociations, et je rentrai à Paris avec l'idée que tout pourrait bien être terminé dans la soirée. En effet, le duc Pasquier accepta, et, quoique on ne m'eiU rien fait dire, il est certain que le cabinet était fait le lundi soir à minuit.

Le mardi matin, 9 mars, à neuf heures, je n'avais reçu aucun avis, d'où je tirai cette conclusion que tout était défait de nouveau. A neuf heures et demie, je reçus à Paris une dépêche du Maréchal me demandant de venir le trouver le plus tôt possible à Versailles. Je partis immédiatement, et, aussitôt arrivé à Thôtel de la PrésidencCy je fus introduit dans le cabinet du Maréchal.

Le Maréchal me dit qu'il n'avait pas besoin de me rappeler l'histoire des jours passés, que je connaissais. Il était dans une grande inquiétude de ce qui pouvait arriver si une entente ne s'établissait pas. Il me dit qu'il allait me montrer une combinaison à laquelle il ne manquait absolument que mon acceptation. Il tira de dessous son buvard un papier qu'il me tendit. Ce papier contenait une liste ministérielle qui n'était pas celle dont on était convenu la veille. Au lieu d'être président du conseil sans portefeuille, M. Buffet avait l'intérieur. Au lieu de rintérieur, le duc Pasquier avait l'instruction publique. Je fis remarquer au Président combien l'élimination de M. Wallon dans les circonstances actuelles devait paraître insolite, à cause du grand rôle qu'il avait joué dans le vote des lois constitutionnelles.

Le Maréchal insista sur ce que mon adhésion pouvait terminer tout. Il ajouta que, si cette combinaison ne réussissait pas, il lui serait impossible de trouver des députés, et qu'il serait alors obligé de chercher à former un ministère extra-parlementaire. Je dis alors que, dans ces conditions, j'acceptais.

Immédiatement et comme poussé par un ressort, le Maréchal se leva; ses yeux se mouillèrent de larmes; il me prit les mains et me dit : « Je vous remercie beaucoup; vous ne savez pas la vie intolérable que je mène. Mes anciens amis me tournent le dos. Je n'ai pas besoin de vous donner ma parole que je ne suis pas un bona*

54S APPKNDIGKb.

partiale. Je auia d^nne famille légiUmiate, et lorsque k légitimité a été sur le point de retenir j^aoraia pu l'aidor puissamment : c'est moi qui leur ai dit qu^on ne pontait pas abandonner le drapeau trieolore. Eh bien! ce que je n*ai pas fait pour la légitimité, est-ce que vous croyex que je serais capable de le faire pour TEmpireTEt cependant, si après avoir perdu mes anciens amis, je n*en retrouve pas de nouveaux dans ceux pour lesquels je les ai abandonnés, que voulez-vous que je fttsse? Si on veut me faire partir, je m*en irai; mais alors je sais quel sera le b... qui fera le coup, et il sera suivi par six corps d'-armée. »

Après m*avoir dit ces choses, il voulait aller lui-même chez M. Dufaure. Je lui fis observer qu*il valait mieux qu'il renvoyât chercher, et il< fit partir M. Emmanuel d'Harcourt. M. E. d*Harcourt mit M. Dufaure au courant et lui communiqua la liste.

Pendant ce temps-là, j'étais resté dans un des salons voisins du cabinet du Président. Au bout d'un instant, le Maréchal vint me rejoindre et me remit lui-même une lettre. C'était une lettre de M. Dufaure qui, au lien de venir, m'écrivait. Dans cette lettre il me disait que M. Buffet lui avait déclaré souvent, pendant leurs pourparlers, qu'il ne voulait pas prendre le ministère de l'intérieur : la combinaison lui paraissait fort hasardée. Quant à M. Wallon, il lui paraissait impossible qu'on pût admettre son exclusion.

Là-dessus, je demandai au Maréchal s'il était bien sûr de racceptation de M. Buffet et de M. Pasquier. Le Maréchal me répondit qu'il était sûr de M. Buffet et qu'il se portait fort pour M. Pasquier, qui s'était mis à sa disposition. Puis j'allai chez M. Dufaure, après avoir promis au Maréchal de revenir tout de suite.

M. Dufaure me dit qu'il trouvait la situation très grave, et qu'il demandait le temps de consulter le petit

conseil que nous avions formé depuis quelques jours : il se composait de MM. Casimir-Perier, Ricard, Poihuau et Bardoux. Je savais que Perier et Pothuau devaient arriver par le train d'une heure. Je retournai donc chez le Maréchal pour lui demander d'attendre notre réponse jusqu'à deux heures.

Le Maréchal accueillit très mal cette demande d'ajournement, et dit que tout était perdu, que Tamiral Pothuau était l'homme de M. Thiers et qu'il empêcherait qu'on se mît d'accord. Je fîs remarquer au Maréchal que, dans tous les cas, il valait mieux attendre une heure que de rompre tout de suite.

J'allai immédiatement chercher en voiture MM. Ricard et Bardoux, et j'envoyai le iils de M. Lepetit à la gare en le chargeant de guetter MM. Perier et Pothuau et de les amener tout de suite chez M. Dufaure. Vingt minutes après nous étions réunis. La délibération fut courte, mais elle aboutit au refus d'accepter la combinaison.

Je fus chargé d'aller transmettre cette réponse au Maréchal. Le Maréchal fut extrêmement irrité. Il me dit : « Dites à M. Dufaure que c'est lui qui est responsable de tout; c'est lui qui aura fait l'Empire. » Je ne pouvais plus discuter, je me retirai.

Quand je franchis la porte de la cour du Maroc, le flot des députés arrivait. Tout le monde croyait que le ministère était fait. Personne ne se doutait de la substitution qui avait eu lieu dans la nuit, et avait fait passer le duc Pasquier de l'intérieur à l'instruction publique, en éliminant Wallon. Pasquier, que je rencontrai un des premiers, fut très surpris de ce que je lui racontai. Il me dit qu'il n'avait point accepté cette substitution, et qu'il ne l'accepterait pas.

» Vous êtes venu me trouver hier au soir, el vous m'avei dit de la part de M. Cambelta, qu'il pensait que nous pOurrioDs nous mettre d'accord sur les ({ucstioiis que DouB avons Iraitées dans notre entrevue, si j'acceptais l'idée du rachat par l'Ëtat de la compagnie d'Orléans. H. Gambetta me laissait le maître de chercher les garanties & donner aux autres compagnies pour clore la question, garanties qui pourraient consister dans une suspension de la faculté de rachat pour un temps plus ou moins long.

Vous m'avez demandé ma réponse pour ce matin, afin de ne pas arrêter plus longtemps les négociations que H. Gambetta a besoin de poursuivre avec ses autres amis.

Je ne puis entrer dans les vues que vous m'avez indiquées; le rachat d'une entreprise aussi vaste que celle de la compagnie d'Orléans, ne me permettrait pas de poursuivre les opérations que je crois nécessaires, et de

prendre des mesures qui me paraissent indispensables pour établir le crédit sur des bases inébranlables, et pour mettre la France à Tabri de toutes les éventualités. Vous voudrez bien dire à M. Gambetta que, placé en dehors de son cabinet, je n'en ferai pas moins tous mes efforts pour le seconder, car tous les bons citoyens sont intéressés au succès de sa politique et à rétablissement d'une autorité gouvernementale incontestée... »

LBTTRB AD DIRECTBDR DU • TBHPS • POOR VÀIBB CBS8BR D1VBR8 HALBNTBNDUS AU 3UJEÏ DC MBBSAOB DU U DËCBHBRB IBIT.

H décembra lS8t.

MoD cher Hébttrd,

J'ai été fort unnble ao nptoàte qui m'a été fait, dau le Tempi du 11 décembre courant, d'avoir fait I1iistoire du message du 14 décembre 1877 sans rendre A H. Dufaure tout ce qui lui était d6.

C'eat que je n'ai parlé que d'un incident et que je ne croyais pas qu'il fût nécessaire de rappeler ce que personne ne pouvait ignorer.

C'est M. Dufaure qui avait formé le cabinet du 14 décembre; c'est lui qui en avait conçu le programme, qui nous dirigeait, qui nous inspirait. Il était notre chef, de nom et de faîl-

Les arrangements ministériels avaient été terminées à Versailles, par H. Dufaure, daasla journée du 13 décembre. Nous avions résolu de lire le lendemain aux Chambres un message pour annoncer la formation du cabinet et affirmer notre politique, et il avait été convenu que ce

message serait soumis à M. le Maréchal de Mac-Mahon, dans la soirée du même jour à Paris.

Il était près de cinq heures du soir; nous étions encore à Versailles; nous devions nous réunir à huit heures et demie chez M. Dufaure, boulevard Haussmann, à Paris, et nous rendre ensuite à neuf heures et demie à TËlysée.

Il fut entendu que M. de Marcère et moi écririons un projet pour servir de base à notre rédaction définitive.

Je me hâtai de gagner la gare de la rive droite pour prendre le train. Je croyais que M. de Marcère me suivait. Je ne Taperçus ni à la gare de départ à Versailles, ni à la gare d'arrivée à Paris. Je rentrai chez moi, où je lattendis. Il ne vint pas. Craignant qu*il n'eût pas eu le temps de préparer de son côté le projet que nous avions été chargés de formuler, je récrivis et je me rendis, avec le papier auquel j'ai fait allusion dans mon discours de THùtel Continental, chez M. Dufaure à huit heures et demie précises.

Tout le cabinet y fut bientôt réuni, et comme H. de Marcère n'avait eu le loisir de rien écrire, je donnai connaissance de ce que j'avais proposé.

M. Dufaure et mes collègues approuvèrent le sens et la forme; des observations furent faites, et M. de Freycinet tint la plume pour introduire certaines modifications sur lesquelles on tomba d'accord. Aussitôt que la rédaction eut été arrêtée entre nous, nous allâmes tous à l'Elysée; il était près de dix heures du soir, car le temps avait marché avec rapidité.

M. le Maréchal ne voulut pas même entendre la lecture du document; il l'accepta de confiance en M. Dufaure. En sortant de TÉlysée, j'accompagnai M. de Marcère chez lui, où il me dit que nous rencontrerions quelques-uns de nos amis politiques. En effet nous vtmes là presque tous

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les députés qai formaient ce comité qu'on avait appelé le comité des Dix-huit.

Je fus frappé de Tair un peu contraint de ces messieurs, et je rattribuai à ce que M. Dufaure avait eu soin de ne mêler en quoi que ce soit le comité des Dix-huit à ses négociations. Cétait lui et non pas le comité qui devait former le cabinet; c'était lui et non pas le comité qui devait prendre la responsabilité; c'était lui, en un mot, et non pas le comité qui devait être le gouvernement.

Nous annonçâmes que nous avions obtenu l'adhésion de M. le Maréchal à un message dont la lecture serait faite le lendemain, et nous répondîmes à diverses questions qui nous furent adressées à ce sujet.

Mais l'attitude était toiiyoïus froide; on semblait nous reprocher d'être satisfaits parce que nous étions disposés Il nous satisfaire à peu de frais.

Impatienté, M. de Marcère tira de sa poche le message et en lut quelques passages. Je n'ai jamais vu de changement si soudain se produire sur des physionomies. La vérité éclatait. La victoire des 363 était affirmée par nous dans un document qui la consacrait sans Tamoindrir. C'est là-dessus que nous nous séparâmes, car la nuit avançait; il était près de deux heures du matin.

Le lendemain, je reçus de bonne heure une dépêche télégraphique de M. Dufaure par laquelle il m*appelait chez lui.

Je me rendis immédiatement boulevard Haussmann. Tous les ministres y arrivèrent successivement, à l'exception de M. Teisserenc de Bort. M.Teisserenc de Bort était en efiet déjà sorti de chez lui quand la dépêche avait été remise â son domicile.

N'ayant rien reçu, il se rendit directement au train de la rive droite, par lequel nous étions convenus de partir pour Versailles.

La séance devait être ouverte à deux heures. M. Dufaure nous avait convoqués pour nous dire que M. le Maréchal, ayant pris connaissance du message, demandait qu'il y fût fait des changements très importants.

Ces changements ne pouvaient nous convenir. Nous reconnûmes pourtant que, sur un point, il pouvait être nécessaire de modifier quelques expressions, afin de ne pas paraître condamner d'une manière générale le droit de dissolution qui est écrit dans la constitution.

Nous nous rendîmes à TËlysée et, après une courte discussion, nous fîmes accepter le message par M. le Maréchal.

Mais le temps s'était écoulé et le train était parti; nous ne pûmes prendre que le train suivant.

On avait été étonné à Versailles de ne pas nous voir à deux heures, et déjà le bruit de la dislocation du cabinet commençait à se répandre, lorsque M. Teisserenc de Bort, arrivant sans rien savoir de l'incident de Paris, rassura nos amis par son attitude pleine de confiance. Le retard ne pouvait être mis que sur le compte d'un événement fort ordinaire.

Telles sont les circonstances dans lesquelles le message du 14 décembre a été rédigé et enûn porté aux Chambres.

C'est M. Dufaure qui dans celte circonstance a tout inspiré; je n'ai joué que le rôle d'un rapporteur, dont le rapport a été approuvé presque sans changement. Je n'ai pas dit autre chose à l'Hôtel Continental.

Il y a beaucoup de témoins de cette journée; mais on oublie si vite I Un journal a bien considéré comme une révélation tardive le récit de ma conversation avec un membre du centre droit, lorsque mes amis et moi avions refusé de nous associer à ce que nous considérions comme une revanche de 89. Le soir du jour où cette conversa-

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non ayait ea lien, tous les Jonrnaiix de Paris Tont reprodaite; mais il faat dire qu'il y a près de huit ans de cela.

Croyez, mon cher Hébrard, à mes sentiments les plos aflTeetaenx.

LÉ02I Sat.

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