‹ Léon Say, sa vie, ses œuvresChapitre 44 sur 73 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

CONFÉRENCES DE L'ELYSÉE : DÉCEMBRE 1874 ET JANVIER 1875. —CES CONFÉRENCES N'ABOUTIRENT PAS IMMÉDIATEMENT, MAIS ELLES PRÉPARÈRENT LA FORMATION DU CABINET BUFFET-DUFAURE DU 10 MARS 1875.

Le récit qui va suivre a été dicté par Léon Say le jour môme où avait lieu la première réunion.

Hier, 29 décembre 1871, M. Emmanuel d'Harcourt est venu me trouver pour me demander si je voulais accepter de me rendre à une conférence chez le Maréchal, où je rencontrerais M. Dufaure, M. Buffet, M. de Broglie, M. Bocher, M. Pasquier, M. Decazes, M. de Kerdrel et M. Depeyre. Il a ajouté, sur ma demande, qu'il allait passer chez M. Gasimir-Perier.

Le mercredi, 30, je me suis rendu à TËlysée où j*ai

trouvé M. Dufaure. Le Maréchal nous a fait introduire

tous les deux dans son cabinet, et nous a dit qu'il nous

remerciait d'avoir répondu à l'appel qu'il avait fait à

notre patriotisme. Il nous a conduits dans une salle où

liaient déjà plusieurs des personnes désignées plus

haut. Sont arrivés ensuite M. de Chabaud-Latour dont

la présence ne m'avait pas été annoncée à l'avance;

puis M. Hamille et M. Chesnelong. En voyant entrer

M. Hamille, j*ai demandé à H, Pasquier s'il avait été pré- Tenu de sa conTOcaiion; M. Pasquier m'a dit que non, et qu*il était très contrarié de le Toir.

On s'est assis autour d'une table : le Maréchal au milieu, ayant à sa droite le général de Chabaud-Latour, et à sa gauche le duc Decazes; en face dé lui était assis M. Buffet, qui avait à sa droite le duc de Broglie et à sa gauche M. Dufaure.

Le MARÉCHAL ouvre la séance par une petite allocution. Il dit qu'il a fait appel à notre patriotisme pour essayer d'établir un accord entre les divers groupes du parti conservateur dans l'Assemblée; il nous considère comme étant les représentants de ces hommes de bonne volonté auxquels il a fait allusion dans un récent discours.

La dissolution, si elle devenait nécessaire par suite de l'impuissance à faire les lois constitutionnelles, serait un danger à l'intérieur et à l'extérieur. Ses deux ministres pourraient nous donner des renseignements précis à cet égard *.

Il nous demande de vouloir bien lui dire notre opinion et prie M. Buffet de prendre la parole.

M. BUFFET considère la dissolution, si elle se produisait en ce moment, comme pouvant amener les consé* quences les plus funestes. Des élections faites aujourd'hui risqueraient d'avoir pour effet de désorganiser le pays et de nous livrer à l'étranger. Le premier besoin est de constituer une seconde Chambre afin de ne pas laisser, lorsque les élections seront nécessaires, le Maréchal seul face à face avec une Assemblée nouvelle. Il est certain qu'il n'y a pas, actuellement, de majorité pour la dissolution; mais si on échouait sur la loi du Sénat, il pourrait se

Page 1