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Lettre à madame Guillemin, 13 mai

de fer avaient à vaincre tant de préjugés et de difficultés de toutes sortes, ne Tabsorbaient pas uniquement. Autant que les affaires, la politique et Téconomie politique l'attiraient. Entré au Journal des Débats à la suite de son mariage avec mademoiselle Geneviève Bertin — 1855 — , il ne tarda pas à s'y faire remarquer. Du journaliste de race, il avait à un rare degré la facilité, le tour aisé, le don d'exposer clairement les questions ardues, le style alerte et aussi l'ironie tempérée par une indulgence souriante. De plain-pied, il prit rang à côté des plus brillants polémistes de cette vieille et glorieuse maison des Débats, quoiqu'il se cantonnât presque exclusivement dans la spécialité un peu ingrate de la politique financière.

Enfant de Paris, très sensible au fond à tout ce qui pouvait contribuer ou nuire à la prospérité et à la splendeur d'une ville qu'il aimait, il s'attacha, dès son début dans la presse, à suivre de près les questions municipales, principalement au point de vue financier. Un des premiers dans la presse, il osa s'élever contre le système d'expropriations à outrance et de dépenses excessives, inauguré par M. Ilaussmann. Esprit trop pratique pour ne pas reconnaître que la révolution opérée dans les mœurs par les chemins de fer devait nécessairement provoquer une transformation dans les villes populeuses, M. Léon Say ne blâme pas en principe la transformation de Paris. Ce qu'il critique, c'est, d'une part, l'abus des expropriations.

dont beaucoup sont inutiles et mal conçues, et, d'autre part, le défaut absolu de contrôle des opérations financières et l'aggravation démesurée des charges publiques.

Sa polémique avec le préfet de la Seine est restée célèbre. Ce devait être, en elTet, un spectacle curieux que ce dialogue échangé entre un journal et l'omnipotent fonctionnaire qui, abusant de son droit de réponse, inondait le Journal des Débats de comwmniqués multipliés. L'avantagée dans cette lutte, courtoise de la part du journaliste, ne resta pas à l'autorité. L'opinion publique, si longtemps distraite ou indifférente, finit par s'émouvoir ; elle réclama un peu d'ordre et de lumière dans les finances municipales, pour lesquelles les règles de la comptabilité publique ne semblaient point faites. Si décidé qu'il fût à la résistance à outrance, le préfet dut céder, et, sans apporter toute la lumière dans les comptes de la Ville, force lui fut de renoncer aux pratiques de la comptabilité occulte qu'il avait érigées en système. La campagne du Journal des Débats avait porté ses fruits. M. Léon Say avait quelque droit de revendiquer sa part dans la victoire.

€ Songe, écrivait-il à son oncle, qu'il y a trois ou quatre ans j'étais presque seul contre Haussmann; nous sommes maintenant une meute entière, et je ne suis pas étranger à la formation de ladite meute, dans laquelle il entre tous les jours de nouveaux et solides lévriers. Cela me fait plaisir à voir, cette

boule de neige ; que le public le sache ou non, je sais bien, moi, que j'en suis le noyau *. »

Cette campagne d'opposition entreprise, non contre les hommes du régime impérial, mais contre des institutions contraires à la liberté et aux finances publiques, M. Léon Say la continuait avec un succès non moins grand par des conférences. Un groupe d'hommes distingués, appartenant avec des nuances diverses au grand parti libéral, avait eu l'idée d'organiser une série de conférences publiques. La loi ne permettait pas le moindre empiétement sur le domaine de la politique, mais elle ne défendait pas l'économie politique et tolérait l'histoire, à condition qu'elle ne fût pas contemporaine. Sollicité de prêter son concours à l'œuvre commencée, M. Léon Say accepta avec d'autant plus d'empressement que, dans la conférence, il voyait l'occasion de se former à la parole et de propager ses idées. Le 27 novembre 1866, il fît à la salle de rAthénéc une conférence sur les sociétés coopératives, sur laquelle nous aurons occasion de revenir en détaiP. Tout se passa sans encombre; mais Tannée suivante il devait se heurter à des difficultés inattendues. Qu'on en juge par la lettre suivante :

« Ma chère tante, écrit-il le 13 novembre 1867,

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