CHAPITRE II
Les premiers travaux de M. Léon Say. — Ses débuis au chemin de fer du Bourbonnais. — Il entre à Tadministration du chemin de fer du Nord. — Sa collaboration au Journal des Débat», — Ses polémiques avec M. Haussmann. — Sa participation au mouvement coopératif ouvrier. — Fondation de la Caisse d'escompte populaire. — Ses premières conférences. — Élections de 1869. — Il est nommé conseiller général de Seine-et-Oise. — Le plébiscite. — Son premier acte politique.
A sa sortie du collège Bourbon, où il s*était fait remarquer par sa rare facilité de travail *, M. Léon Sav eut un moment l'idée d'entrer à TÉcole centrale, et pendant trois ans il s'adonna aux sciences exactes, principalement à la chimie, dans le laboratoire de Pelouze, tout en menant de front ses études de Droit. La révolution de 1848, les journées de Juin auxquelles il prit une part active *, deux voyages en Angleterre
1. • Si on le dit, et tu connais cet on : • Léon va trop au bal, il ne doit pas faire grand'chose -, tu pourras répondre que, rentrant à six heures de chez madame Erard, à sept heures je vais au collège, je compose et je suis premier, et que, huit jours après, retournant à un autre bal, je me vois forcé d'être encore, en dissertation française, le premier; ce que je ne sais à quoi attribuer. J'irai demander à M. Dupin si c'est quoique ou parce que... • — Lettre à sa cousine, mademoiselle LouUe CheuvreuXy 4 mars 1845.
'2. - Léon Say ne quitte plus son fusil. Au premier coup de tam-
OÙ il étudia de près les institutions sociales et politiques, Tintérêt qu'il prit aux luttes parlementaires dont il suivait les péripéties avec une curiosité passionnée, tous ces événements le détournèrent de son projet et orientèrent son esprit du côté de la politique, des finances, et de l'économie politique.
Il commença par étudier à fond l'histoire financière de la France, et, dès 1848, il publiait dans les annales de l'Académie de Reims une étude sur l'histoire de la Caisse d'escompte de 1776 à 1793. Cette étude très fouillée — elle comprend 53 pages — paraît être un chapitre détaché d'un vaste ensemble. Il est assez curieux de découvrir en germe dans cette œuvre de débutant, destinée à une publicité discrète, les mêmes qualités d'ordre, de clarté et de méthode que nous retrouverons dans les œuvres de la maturité. Un peu d'emphase, ou tout au moins un peu de rhétorique n'aurait pas surpris chez un jeune homme de vingt et un ans, appelé à l'honneur de collaborer aux travaux d'une académie de province. Ici rien de pareil. M. Léon Say entre immédiatement dans le vif de son sujet, en expliquant en quelques mots précis la diffë-
bour, marchant à la suite d'un groupe de gardes nationaux, il déclare que cette vie des camps en plein Paris, les nuits passées au bivouac, ces alertes, ces surprises de tout genre, font une existence bien autrement amusante que celle dont on Jouit ordinairement. Son père, M. Horace Say, n'est pas de cet avis. 11 frotte ses genoux endoloris, et nous assure, avec un malin sourire, que, si les vainqueurs n'estiment les gens que d'après leurs capacités physiques, ils ne paieront pas cher ses rhumatismes. - — Extraits des Souvenirs inédits de madame Cheuvreux,
rence qui existe entre le billet de confiance et le papier-monnaie, et en démontrant que la confusion de ces deux choses distinctes a été trop souvent la source de graves erreurs, commises par les gouvernements et les particuliers. Puis, avec beaucoup de clarté, il expose les phases diverses de la longue expérience financière tentée sous le ministère Turgot et ses successeurs, par les financiers Panchaud et Glonard, les fondateurs de la Caisse d'escompte. Cette caisse escomptait les lettres de change, elle faisait le commerce des matières d'or et d'argent, ouvrait des comptes aux particuliers, avançait de l'argent à l'État et enfîn émettait des billets sans être tenue à l'obligation d'une réserve métallique. M. Léon Say analyse les vices de cette organisation défectueuse, résultant surtout de la trop grande latitude laissée aux organisateurs d'émettre des billets, et de l'abus que devait faire un gouvernement aux abois de sa faculté d'emprunter à une caisse qui n'avait pas les moyens de se défendre.
La péroraison de cette étude est aussi sommaire que l'exorde, ou plutôt, il n'y a ni exonle ni péroraison, dans le sens littéraire du mot. L'auteur dit sans phrases ce qu'il veut dire, trouvant sans doute que les faits qu'il a énumérés et les chiffres qu'il a groupés sont plus éloquents que tous les agréments qu'il pourrait y ajouter.
M. Léon Say consacra deux années de sa vie à compléter son instruction générale et à apprendre la pra-
tique des affaires de banque dans la maison d'Eichial. En même temps il s'occupait très activement de la création de la Société des forges et chantiers de la Méditerranée.
En 1852, son père le fît entrer dans les bureaux de la Compagnie du chemin de fer de Lyon. Immédiatement il s'intéressa aux questions de chemins de fer, et comprit la grande importance qu'elles devaient avoir sur le développement de la civilisation. Mais, dans la sphère très modeste où ses occupations le confînaient, il ne prévoyait guère qu'il trouverait l'occasion d'appliquer ses idées; aussi, tout en conservant ses fonctions de commis, « il cherchait activement ailleurs » *. En 1855 il fut nommé secrétaire général de la ligne du Bourbonnais, qui venait de se fonder.
En 1857 une occasion favorable se présenta: M. le baron Alphonse de Rothschild, son camarade de collège, lui olTrit d'entrer au Comité de direction de la Compagnie du chemin de fer du Nord. Il accepta avec empressement et on peut dire que cette nomination lui causa une joie particulière. Trente ans après, il en parlait encore avec une reconnaissance émue et la considérait comme le premier pas fait dans la carrière qu'il devait parcourir avec tant d'éclat.
Mais ses nouvelles fonctions, si intéressantes qu'elles lui parussent, surtout à une époque où les chemins